Après
le choc révolutionnaire de 1789, l'histoire politique de la
nation française exprime son indécision, pour ne
pas dire son
incapacité, à choisir un régime
politique qui lui convienne,
semblant sans cesse osciller entre monarchie et
république. Les historiens expliquent ce
phénomène
par le très fort attachement du peuple français
à la notion
de souveraineté
nationale, indivisible et inaliénable. Incarnée
d'abord par le
roi, monarque absolu qui, depuis François Ier, n'eut de
cesse de
briser la puissance de la noblesse pour ne partager le pouvoir
avec quiconque, la souveraineté fut, à partir de
1789,
transmise au peuple-nation, et devint une figure abstraite, un tout
différent de la somme de tous les individus qui la
composent,
une effigie vénérée comme une
déesse (Marianne ou la Liberté
guidant le peuple) si présente dans l'imagerie
révolutionnaire. Le vieux Sieyès le rappelle
magistralement dans son
discours du 2 thermidor de l'an III (août 1795) devant la
Convention,
lorsqu'il défendit son projet de Constitution: "Ce
mot [la souveraineté du peuple] ne s'est présenté si colossal devant
l'imagination que parce que l'esprit des français , encore plein des
superstitions royales, , s'est fait un devoir de la doter de tout
l'héritage de pompeux attributs et de pouvoir absolu, qui ont fait
briller les souverainetés oubliées; nous avons même vu l'esprit public,
dans ses largesses immenses, s'irriter encore de ne pas lui donner
davantage; on semblait se dire avec une sorte de fierté patriotique que
si la souveraineté des grands rois est si puissante, si terrible, la
souveraineté d'un grand peuple devrait être bien autre chose encore. Et
moi je dis qu' à mesure qu'on s'éclairera, qu'on s'éloignera des temps
où l'on a cru savoir, quand on ne faisait que vouloir, la notion de
souveraineté rentrera dans ses justes limites, car encore une fois, la
souveraineté du peuple n'est point illimitée et bien des systèmes
prônés, honorés, , y compris celui auquel on se persuade encore d'avoir
les plus grandes obligations, ne paraîtront plus que des conceptions
monacales, de mauvais plans de Ré-totale, plutôt que de Ré-publique,
également funestes à la liberté et ruineux de la chose publique, comme
de la chose privée."
La souveraineté,
devenue une notion abstraite, soulevait ainsi deux types de problèmes:
Celui de la gouvernance et celui, comme le souligne Siéyès, de la
délimitation entre "chose publique et chose privée", autrement dit de
la contradiction entre souveraineté de tous et liberté de chacun, . -- Si
tous les citoyens ne peuvent gouverner ensemble, alors qui doit
gouverner ? Une république sans roi se rapprochera t-elle de la
démocratie directe ou d'un parlementarisme de type britanique ?
Rappelons
que
Rousseau, grand
inspirateur des penseurs
révolutionnaires, fut un
farouche adversaire de la démocratie
représentative, qui
aliénait à ses yeux l'exercice plein et entier de
la
souveraineté populaire. Et le mouvement sans-culotte
entendit
bien faire respecter ce droit inscrit dans le marbre de la
Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.
C'est
en son nom qu'il se souleva le 20 août 1792 pour imposer
l'abolition de la royauté, puis exerça une
pression constante
sur la Convention, par sa présence physique permanente et
l'usage de la pétition votée dans les
assemblées
sectionnaires. C'est sur cette base populaire que les
députés jacobins
s'appuyèrent pour le meilleur et le pire. Le meilleur fut par exemple
l'assistance aux pauvres et la fixation des prix maximums pour les
produits de première nécessité, ou encore l'inscription,
dans la nouvelle Déclaration des droits de l'homme de 1793, du
droit au travail, à l'instruction et à la
pétition. Mais ils ne surent ou ne purent
empêcher le pire, sous la pression des extrémistes sans-culottes,
réclamant toujours plus
d'intransigeance et de fermeté contre tous les
prétendus
"ennemis de la nation".
Ils
acceptèrent la mise en place des Tribunaux
révolutionnaires et
l'instauration de la Terreur, avec son cortège de victimes
dont ils
furent les dernières. Cet épisode d'une
démocratie directe
incontrôlée et incontrôlable fut lourde
de conséquences pour
l'avenir. On se
méfia désormais du peuple,
devenu "classe
dangereuse", pour revenir à l'incarnation de la
souveraineté dans un empereur ou un monarque. C'est pourquoi
le
peuple se souleva régulièrement (1830, 1848,
1871) pour
rappeler son existence.
-- Quant à l'opposition natuon-individu, le problème n'a cessé
de se poser jusqu'à notre époque, qui tend à faire de la liberté la
valeur suprême,. revendiquée par par les libéraux ou les
communautaristes. Comme le rappelle Mona Ozouf: "Comment
penser la chose politique à partir des individus libres et égaux?
Auquel de ces principes faut il donner la priorité ? A la nation une et
indivisible ou aux individus qui la composent ? Au principe des droits
collectifs ou aux droits individuels ? Ces principes n'ont cessé de
dessiner deux voies possibles. La république comme expérience pure,
sans enracinement historique ou social, a eu beau faire figure de
modele idéal, elle n'a pu le faire qu'au prix de silences et
d'exclusions qui ont vite trouvé leurs censeurs. Les intérêts
particuliers n(ont cessé de réclamer leur dû, de contraindre les
républicains à tempérer leur modèle normatif. Celui-ci, théoriquement
ennemi de tout particularisme, n'a pu fonctionner qu'en prenant appui
sur les différences" [1]:
CCinq
républiques, entrecoupées d'une
double restauration monarchique
et de deux régimes despotiques (1er et Second Empire) se sont
succédés
depuis 1791, et surtout seize constitutions ! Rien
de surprenant, compte tenu de cette méfiance tenace du peuple
français envers ses représentants, et si l’on
considère qu’une constitution est une "véritable
déclaration de la souveraineté" (Ledru-Rollin,
1849) et "
la garantie prise par le peuple contre ceux qui font ses
affaires pour qu’ils n’abusent pas contre lui du mandat qui leur a été
confié "(
Lefebvre de Laboulaye, député,1872).
Notre 5ème
république,
créée sur mesure pour le
général De Gaulle, nouvel homme
providentiel, porte encore la marque de cette hésitation sur
l'attribution de la souveraineté. Elle fut un habile
compromis
entre présidentialisme et parlementarisme, mais on
voit
bien aujourd'hui que
la
balance est attirée davantage vers la monarchie que vers le
parlementarisme.
[1] De Révolution en République, Quarto Gallimard, 2015, Les dilemmes de l'idée démocratique, p. 1040
Sites à
consulter :
Réfléxions universitaires autour de la
révolution française
: http://revolution-francaise.net/ Institut
d'Histoire de la révolution française :
http://ihrf.univ-paris1.fr/
Annales historiques de la révolution française : http://ahrf.revues.org/
Notes et archives 1789-1794 : http://www.royet.org/ (payant)
14
juillet 1790 : la révolution semble terminée
Fête
de la Fédération sur l'esplanade du champs de
Mars à Paris, le 14
juillet
1790
Dans
les tribunes, sur les côtés de l'esplanade, sont
rassemblés 260.000 Parisiens et une centaine de milliers de
fédérés, rangés sous les
bannières
de leur département. La tribune royale est située
au fond
du Champ-de-Mars, sous une haute tente. Un arc de triomphe a
été construit à l'entrée.
Au centre de
l'esplanade est édifié un autel
de la patrieoù
Talleyrand
célèbrera la messe,
entouré de prêtres en surplis de
cérémonie.
Le
14 juillet 1790, la grande fête de la
Fédération organisée à
Paris, ainsi que
dans toutes les villes de France, veut clore l'agitation
révolutionnaire
en
offrant le spectacle d'une unanimité de façade
sur le principe
de la monarchie parlementaire instaurée par la nouvelle
constitution et la réorganisation administrative et
judiciaire
de la France. Partout l'enthousiame est général,
comme en
témoigne ce récit d'un
délégué de
l'Ariège : "Au
matin
du 14 juillet, dès cinq heures, les
fédérés,
délégués de 4 millions de soldats
citoyens, rangés
par départements sous 83 bannières, se
réunissent
sur les boulevards. Leur cortège part de la place de la
Bastille
pour se rendre au Champ de Mars. Sous de lourdes averses, de
continuelles
rafales, malgré l'eau, malgré la faim, ils
chantent; ils
vont par les rues Saint-Martin et Saint-Honoré; des
fenêtres
on leur descend des pains, des jambons. Ils arrivent, passent la Seine
sur un pont de bois en face de Chaillot, défilent sous un
vaste
arc de triomphe élevé à
l'entrée du Champ de
Mars; au milieu du cirque qu'on venait de créer
était l'autel
de la patrie; du côté de l'Ecole militaire, des
gradins réservés
à Louis
XVI
et à l'Assemblée.
Les fédérés se rangent dans ce lac de
boue, sans songer
à s'abriter de la pluie; pour passer le temps ils se mettent
à
danser, formant de joyeuses farandoles. L'Assemblée
nationale arrive,
précédée des
vétérans, suivie des jeunes
élèves. Le roi s'assied, la reine à
côté
de lui, leur famille, les ambassadeurs, dominant toute la foule.
Lafayette
sur son cheval blanc arrive au pied du trône; le commandant
des gardes
nationales parisiennes vient prendre les ordres du roi. A l'autel,
entouré
de deux cents prêtres parés de ceintures
tricolores, Talleyrand,
l'évêque d'Autun, officie; il bénit les
drapeaux. Lafayette,
à la tête de
l'état-major, monte à
l'autel; il jure d'être fidèle à la
nation, à
la loi, au roi. Les bannières s'agitent, les sabres nus et
croisés
étincellent : fédérés,
soldats, marins, s'unissent
à ce serment; le président de
l'Assemblée nationale
le répète : les députés y
répondent;
le peuple entier s'écrie: « Je le jure !
» Le roi se
lève alors : « Moi, roi des Français,
dit-il, je jure
d'employer le pouvoir que m'a délégué
l'acte constitutionnel
de l'Etat à maintenir la constitution
décrétée
par l'Assemblée nationale et acceptée par moi.
» «
Voilà mon fils », ajoute la reine, en
élevant le dauphin
dans ses bras, « il partage avec moi les mêmes
sentiments!
» Aussitôt les cris de Vive le roi! vive la reine!
vive le
dauphin! font retentir les airs. Les
acclamations du
peuple, le bruit des tambours, un orchestre de 200 musiciens et de 40
pièces
d'artillerie annoncent à Paris
les promesses échangées entre le peuple libre et
le roi citoyen.
La joie est unanime; ceux même qui ne sont pas venus au moins
jusqu'aux
collines de Chaillot et de Passy, hommes, femmes, enfants,
lèvent
les mains avec transport et s'écrient : Oui, je le jure.
[...]
L'enthousiasme est général. Après la
cérémonie, les
fédérés se rendent à
un banquet de 23.000 couverts offert par la Commune de Paris aux 14.000
délégués venus des
départements. Les journées
suivantes continuent la fête; on danse
sur l'emplacement de la Bastille ;
Paris déploie tous les moyens de séduction,
illuminations,
revues, joutes, ascensions aérostatiques, feux
d'artifice, bals,
etc..."
Mais
Louis XVI,
qui refusa de prêter serment sur l'autel, devant Dieu,
n'était pas du
tout disposé à accepter cet état de
fait. Il saisira la première
occasion pour tenter de remonter sur son trône de
monarque
absolu.
La formation des groupes
politiques
La
pensée
politique avait déjà
été largement élaborée
pendant tout
le 18ème siècle par les
philosophes français, dont
Montesquieu et Rousseau, par les théoriciens
libéraux anglais,
dont Hobbes et Locke, mais aussi à l'intérieur
des sociétés
secrètes comme la Franc-Maçonnerie (au point que
certains
historiens en firent la véritable instigatrice de la
révolution
française). Tous les grands leaders de
l’époque
révolutionnaire en étaient
imprégnés. Mais tout
restait à faire en ce qui concerne la pratique politique, qui
ne
put s'élaborer qu'à l'épreuve des faits.
La coupure entre monarchistes constitutionnels et
républicains divisa rapidement l'Assemblée
Constituante dès
1791, au moment de la fuite du roi. Le club des Cordeliers réclamait la
République,
alors que La
Fayette et Mirabeau voulaient maintenir la royauté.
L'Assemblée
Législative élue en 1791 refléta
cette division entre
monarchistes siégeant à droite de la
tribune et ceux qui
siègaient à sa gauche, comprenant Jacobins et
Brissotins, pour la
plupart républicains. Quant au centre de
l'Assemblée, il était
formé par les modérés, souvent
méprisés et oubliés par l'histoire (leur groupe
fut qualifié sous la Convention de marais)
mais
ils étaient pourtant les plus nombreux. Leur rôle fut important, car
ils pouvaient,
selon qu'ils basculaient d'un côté ou de l'autre, faire ou défaire les
majorités. La quasi
disparition des monarchistes
dans la
nouvelle Assemblée élue en
septembre 1792 (Convention),
entraîna un
nouveau clivage entre droite, appelée
"girondine" (car menée par
plusieurs
députés de
Bordeaux) et gauche "montagnarde"
(car occupant les
tribunes les plus élevées) dominée
surtout par les jacobins. La rivalité entre les deux groupes,
peu
marquée au départ, s'exaspéra rapidement à
propos des questions de la conception de l'Etat et de la
société. Sous la
pression des sans-culottes, les Girondins,
considérés comme des "ennemis du peuple", furent mis en
arrestation le 2 juin 1793.
Mais, à côté des groupes de la Convention, vont se
développer des mouvements plus radicaux que les jacobins, que l'on
qualifierait aujourd'hui d'extrême-gauche. Il s'agit surtout des
hébertistes, souvent qualifiés d'Exagérés, issus du Club des Cordeliers avec Hébert, Chaumette, Momoro, Vincent, Ronsin. Ils
furent les plus farouches partisansde
l’application de la loi du maximum, de la Terreur et de la
déchristianisation. Un autre mouvement, plus radical encore, fut celui
des Enragés, représenté par le prêtre
rouge
Jacques Roux, Théophile Leclerc, Jean Varlet, ainsi que les
Républicaines
Révolutionnaires comme Claire Lacombe et Pauline Léon.
Très proches des
sans-culottes, ils étaient favorables à un contrôle
sévère des
représentants de la Nation, préfèrant la
démocratie directe. Jacques Roux écrira ainsi : « Peuple !
Sous le règne de la liberté, tu dois avoir sans cesse les yeux fixés
sur tes magistrats ». Et Varlet: « Point
de députés sans pouvoirs, sans mandats. Ce principe nous garantit de la
Tyrannie législative. » Voir le Manifeste des Enragés
On
voit bien que, pour la France, la révolution de 1789-94 fut l'acte de
naissance des clivages politiques et idéologiques existant encore
actuellement, la Droite et la Gauche se positionnant encore par rapport
a elle. Toutes les grandes questions y furent posées : la nature du
régime politique, la définition de la liberté et des droits de l'homme,
la revendication de l'égalité, le problème de la répartition de la
propriété, la question religieuse et celle de l'enseignement.
Le
club des jacobins
En octobre 1789 le club breton, formé par des députés de Bretagne aux
Etats généraux qui voulaient se concerter avant les réunions, se transporta de Versailles à Paris. Il
loua des locaux rue Saint-Honoré, à proximité de l’Assemblée qui
siègeait à la salle du Manège, et s’installa dans le couvent des
jacobins et prit alors le nom de Société
des amis de la Constitution,
se vouant principalement à la
préparation et la rédaction de la Constitution.
Mirabeau, Sièyes, Duport, Barnave, les frères Lameth, Robespierre et
Laclos,
responsable du journal, en étaient les membres principaux. Le club
compte 200 députés à la Constituante. Les tenants de la monarchie
constitutionnelle font sécession en 1791 pour fonder le Club des
feuillants, dans un ancien couvent à proximité.
Le club est réorganisé en 1793 et fonctionne comme un véritable
parti politique actuel (recrutement par cooptation, paiement de
cotisations, réseau hiérachise dans tous les départements, séances
publiques) Il est alors totalement contrôlé par Robespierre et ses
amis, qui vont l'utiliser comme l'instrument de la dictature du Comité
de Salut public. On recense près de 6000 sociétés jacobines en 1794,
accueillant des centaines de milliers de personnes.
Le
club des Cordeliers
De son vrai nom, Société des Amis des
droits de l'homme et du citoyen, le
club des Cordeliers (qui n'a siégé qu'un temps au couvent
des Cordeliers) n'était pas à l'origine une
société de
pensée comme le club desJacobins,
mais une société populaire. Elle tirait ses orignes
de l'assemblée électorale du district des Cordeliers, créée en1789
pour élire ses représentants à la Commune de Paris et qui, refusant de se dissoudre
après les élections, se transforma en club. Celui-ci était donc l'oeil du peuple
(qui devint son blason) entendant bien faire respecter la souveraineté
populaire et les
droits du citoyen, et exercer son rôle de contrôle des représentants du
peuple, en
usant de son droit de pétition et, si nécessaire,
d'insurrection.
Comme leprécise cet article du Moniteur du 5 mai 1790
:
" Le but principal de ce club étant de dénoncer au tribunal de l'opinon
publique les différents pouvoirs et toutes espèces d'atteintes aux
droits de l'homme, il a délibéré à lui faire connaître toutes les
diverses oppressions ou injustices dont il aurait à se plaindre ou dont
il serait informé, et à y joindre les preuves sur lesquelles ces
preuves seraient fondées.'
C'est le roi et la royauté qui
seront, dès sa fondation, la
cible principale du club des
Cordeliers,
qui va devenir le porte-parole des idées républicaines.
C'est lui qui fut à l'origine de la pétition du 17 juillet 1791, faisant suite à la
tentative de fuite du roi, proclamant
que "la France
n'est plus une monarchie, elle est une république!".
Danton fut alors mandaté par le club auprès de L'Assemblée constituante
pour demander la déchéance du roi. Mais la fusillade des pétitionnaires
au Champs de Mars
et la répression qui s'en suivit faillirent faire disparaître le club.
(Danton s'exila en Angleterre et Desmoulin dut se cacher)
Mais le club des Cordeliers se reconstitua autour de nouvelles figures
plus extrémistes comme Hébert, Momoro et Jacques Roux (Marat, qui n'était pas membre du club, y fut
souvent invité) et se rapprocha un temps du club des Jacobins (beaucoup
de citoyens fréquentaient simultanément les deux clubs) Le
club prendra une part acive dans les évènemnts de
l'èté 93 aboutissant à l'arrestation des
Girondins, mais s'opposera farouchement à
Robespierre et la dictature du
Comité de Salut public. Il décida par exemple de mettre un voile de
crèpe sur la
Déclaration des droits, acte qui servira de pretexte à l'arrestation
d'Hébert et de ses
amis, le 29 mars 1794, pour être guillotinés.
Le
Cercle
social, moins connu que
les précédents, créé
en octobre 1789 par Nicolas de Bonneville, fut une société de
pensée très influente dans les milieux populaires, au point que
certains ont voulu y voir la matrice du courant extrémiste des Enragés
et même du socialisme. Le Cercle social, tenait en effet ses réunions
au cirque d'hiver du Palais Royal, l'un des lieux le plus populaire du
Paris révolutionnaire, et servit de tribune à l'abbé Fauchet, aussi
populaire que Jacques Roux, l'autre curé
rouge
représentant des Enragés. L'abbé
Fauchet s'était fait connaître dés le
14 juillet 1789, menant le cortège qui assiégea la Bastille, puis pour
avoir prononcé l'oraison funèbre des citoyens morts au siège de la
Bastille à Notre-Dame, à la suite de laquelle il fut porté en triomphe
par le peuple, selon Michelet. Son éloquence était en effet légendaire
: "Le
grand club du Palais Royal ou Cercle social va tous les vendredis. Il
s'y rend quatre ou cinq mille personnes les jours de séance."
écrit le marquis de Ferrières.
Les articles de l'abbé Fauchet écrits
dans le journal du Cercle, La bouche
de fer, étaient au moins aussi célèbres que ceux d'Hebert dans
son Père Duchesne. Elu
à l'assemblée du Conseil de la Commune de Paris, puis élu président, il
en devint l'un des orateurs les plus remarqué, au point que les
Jacobins s'en prirent vertement à lui pour le déconsidérer : "Cet
orateur, abusant de ses talents, tantôt propose la loi agraire, tantôt
tonne contre la royauté et toujours souffle la discorde en prèchant la
réforme", fut-il écrit dans le n° 3 du Journal de Clubs en 1790. Ou
encore : "Depuis
quelques semaines, ce Cercle de la vérité a encore changé de formeLe
jour où l'on y prèche pas le partage ou la communauté des
propriétés, on y mange, on y boit, on ydanse,
on y joue : chacun paye son écot, exceptées les demoiselles du Palis
Royal", pouvait-on lire dans le
Journal des Amis de la Constitution,
le 15 février 1791. (Il faut préciser que les femmes ne payaient pas
pour assister aux séances du Cercle) Les idées les plus développées
dans les discussions du Cercle tournaient autour de le fraternite
universelle et du retour à un communisme primitif proche des idées
prônées par Jésus Christ. Mais des mesures concrètes furent lancées,
telles
le partage des terres et la redistribution des richesses. "Les plus
riches seront imposés par des lois, de manière à suppléer les moyens
des plus pauvres. " (La Bouche de fer, n°20, 19 fev 91)
En matière politique, s leaders du Cercle social, très attachés à la
notion rousseauiste de souveraineté du peuple, sont partisans d'une
démocratie semi-directe, dans l'esprit de Condorcet.
La
liberté de la presse, grande conquête de la
révolution française
Le
journal (gazette) existait depuis bien bien longtemps, mais sa
soumission au pouvoir et à la censure officielle le
déconsidérait.
Voltaire dira de lui :"
Un écrit dont le sort, après avoir
brillé le matin sur la toilette, est
de mourir le soir dans la garde-robe". Mais grâce
à la
liberté de la presse accordée en 1789, les
journaux politiques se multiplièrent. Dès cette époque, la presse fut
considérée comme l'outil principal de la propagande pollitique et de
l'expression de l'opinon, et aussi comme un contre-pouvoir garant de la
souveraineté populaire. L'expression de quatrième
pouvoir date de cette
époque, inventé par un journaliste de La Bouche de fer :"Le pouvoir de surveillance et
d'opinion (quatrième pouvoir"censorial
dont on ne parle point), en ce qu'il appartient également à tous les
individus, en ce que tous les individus peuvent l'exercer par
eux-mêmes, sans représentation, et sans danger pour le corps politique,
constitue essentielle ment le liberté nationale."(La Bouche de fer, n° 1 , oct 90).
Tous les clubs, tous les mouvements de pensée eurent leur journal,
dans lesquel les leaders politiques, souvent eux-mêmes journalistes,
s'exprimaient. Ainsi
Brissot dirigeait le Patriote français, Desmoulins, Le
vieux Cordelier
, Fréron, L'Orateur du peuple, Carra et Mercier, Les
Annales
patriotiques, Collot
d'Herbois, l'Almanach du père
Gérard, Loustalot,
les
Révolutions de Paris, Marat, l'Ami du peuple,
Hébert, le
Père
Duchesne. Ces deux derniers journalistes,
porte-parole des
sans-culottes, comptaient parmi les plus virulents. Le Père Duchesne, très lu dans les
milieux populaires, tirait
à 10 000 exemplaires, chiffre énorme pour
l'époque. On comptera
près de 1500
périodiques nés en France entre 1789 et 1799,
beaucoup ayant disparu
après quelques numéros.
10
août 1792 : le peuple exige la déposition du roi
Prise
du Château des Tuileries le 10 août1792 (gravure d'époque)
L'illusion
qu'une monarchie constitutionnelle pouvait convenir à la
France fut de courte durée. Elle fut remise en cause par la tentative de fuite de
Louis XVI le 21 juin
1791. Cet
évènement provoqua un vif débat à l'Assemblée entre les députés
républicains, parmi lesquels Brissot, Condorcet et Desmoulin, et
une majorité de députés, menée par
Siéyès et Barnave. Les premiers, très
minoritaires, voulaient
saisir cette opportunité pour proclamer immédiatement la République,
mais restaient divisés sur la conception du pouvoir exécutif et même de
la démocratie représentative en générale. Les seconds avançaient,
non sans raisons, que la majorité des français
tenait encore à son roi, que la république, qu'ils concevaient comme la
démocratie antique, était inapplicable dans un grand Etat moderne et
qu'elle serait source de divisions et de conflits. Bref, le débat sur
la conception de la démocratie française et de sa constitution , qui allait
durer jusquà nos jours, ne faisait que commencer. [1]
Louis XVI fut rétabli dans ses
fonctions, mais n'avait pas renoncé à saborder la
révolution. Il usa et
abusa du pouvoir démesuré que la Constitution
lui avait laissé, tel le
droit de veto, et donna son appui au camp des
partisans de la guerre contre l'Autriche et la Prusse, qui fut
déclarée
le
20 avril 1792. Sa duplicité était
évidente et Robespierre fut l'un des seuls (avec Barnave)
à la dénoncer.
Le roi espérait la victoire de l'ennemi qui l'aiderait
à remonter sur
son trône. "Les
imbécilles ! ils ne voient pas que c'est nous servir"
aurait déclaré Marie-Antoinette. Et en effet, la guerre commença mal
pour la France, ce qui amena les députés de la Législative à déclarer
la "Patrie en danger" et demander la mobilisation de 20 000
soldats (les fédérés) pour protéger Paris. Mais le roi y opposa son véto. Le 20
juin, la foule en colère envahit la cour du palais des Tuilerie au cri
de : "A bas "Veto" et le roi fut hué et menacé. La crise était imminente.
L’étincelle
qui provoqua l'explosion fut le manifeste du duc de Brunswick
prononcée à Coblentz le 25 juillet 1792. Cette
déclaration menaçait, au nom de la coalition
austro-prussienne, la ville de Paris« d'une exécution
militaire et
d'une subversion totale, s'il était fait la moindre
violence, le moindre
outrage a LL.MM. le Roi et la Reine et à la famille royale
». Le 3
août, par la voix de Pétion, quarante-sept
sections sur
quarante-huit réclamèrent alors devant
l'Assemblée Législative la
déchéance du roi,"Premier
anneau de la chaîne contre-révolutionnaire.. Son
nom lutte
désormais contre celui de la Nation...Tant que nous aurons
un
roi semblable, la liberté ne peut s'affermir et nous voulons
demeurer libres...", avait déclaré Pétion.
Les insurgés demandaient l'élection d'une
nouvelle Assemblée nationale dotée de pouvoirs constituants et élue au suffrage universel. Mais, face
aux
tergiversations de l'Assemblée, le
peuple parisien décida de passer à l'action. Les
délégués des sections
se
réunirent à l'Hôtel de Ville et
votèrent, dans la nuit du 9 au 10 août, l'instauration d'une Commune insurrectionnelle, reconnue comme
seule dépositaire de la souveraineté du peuple. A
l'aube, le tocsin
sonna et le peuple commença à sortir dans la rue
pour se diriger vers
le palais des Tuileries, accompagné des
fédérés
marseillais et bretons. Le roi et sa famille se
réfugièrent dans la
salle de l'Assemblée, mais celle-ci, sous la pression
populaire, fut
forcée de voter la suspension du roi qui fut conduit
à la prison du
temple. La fin de la royauté avait
sonné.
[1] Voir à ce sujet le
drenier ouvrage de Mona Ozouf : De Révoluiton en République, les
chemins de la France, Quarto Gallimard, 2015, p 784 et ss
On
doit à la loi municipale du 27 juin 1790 la
création de
48 sections parisiennes qui assuraient la représentation des
différents quartiers de Paris. Chaque section
était
dirigée par un comité de seize membres
élus
par les
citoyens du
quartier, etcomprenait
des juges de paix, des membres
délégués à la Commune
(Conseil municipal) de Paris, des
commissaires de police et des gardes nationaux. Chargées
à
l'origine des seules fonctions administratives et de police, les
sections prirent, à partir de 1792, un rôle
politique de plus
en plus important: leurs assemblées
générales devinrent
permanentes et, à partir de 1793, elles
désignèrent des
comités révolutionnaires
de surveillance chargés de dresser la liste de
"suspects". On
donna le nom de "sans-culottes" aux sectionnaires
militants ("patriotes") portant le pantalon tricolore
(pour signifier leur hostilité aux aristocrates portant la
culotte de soie) et coiffés du bonnet rouge, porte-parole du
petit peuple des artisans, ouvriers et boutiquiers.
Parallèlement aux sections, furent formées des
sociétés
populaires, telle la société de Belleville dont
le but
proclamé était : "la
surveillance de ceux qui
nous
gouvernent, l'instruction publique, la propagation des mœurs
et du patriotisme"
Les
sans-culottes participaient aussi aux
clubs, principalement celui des Jacobins ou des Cordeliers. Leurs
idées
politiques étaient sommaires, souhaitant pour la plupart une
société égalitaire et revendiquant le
droit à une existence
digne. Mais, par enclin naturel et aiguillonnés par des
agitateurs comme Marat, rédacteur du journal "l'Ami du peuple",
Hébert, éditorialiste de la gazette "Le
Père Duchesne",
ou
Jacques Roux, le prêtre vengeur des "Enragés",
les sans-culottes
voyaient partout le complot et désigiaient à leur
vindicte les
aristocrates, les curés réfractaires, les
riches engénéral et surtout les'"accapareurs"
(les grands
marchands accusés de faire monter le prix du blé)
et les
"agioteurs" (usuriers, banquiers et spéculateurs).
Tout
bon citoyen "patriote" avait le devoir de participer aux
assemblées de sa section, mais aussi d'assister, dans les
galeries qui lui étaient réservé, aux
débats de la Commune ou de la Convention Nationale, et de se
tenir toujours vigilant et mobilisé pour descendre dans la
rue
ou prendre la pique à l'appel du tocsin. Cette chanson
populaire
exprime bien leur état d'esprit:
Il faut raccourcir les
géants,
Et rendre les petits plus grands ; Tout
à la même hauteur,Voila
le vrai bonheur...
L'historien
Michelet a présenté Condorcet comme "le dernier
des
philosophes du XVIIIe siècle, authentique esprit des
Lumières". Il est vrai qu'il avait tout de l'homme complet :
mathématicien, économiste, philosophe et homme
politique, membre de l'Académie des
Sciences et de l'Académie française,
il a collaboré à l'Encyclopédie,
défendu
les droits de l'homme et de la femme et s'est opposé
à
l'esclavagisme. En 1789, il publie une "Vie de Voltaire", dans laquelle
il se montre tout aussi hostile à l'Eglise que son mentor.
Elu
député à l"Assemblée
Législative, dont il
sera élu
Président le 5 février 1792.
puis à la Convention où il rejoint la groupe des
Girondins, et deviendra membre du Comité de Salut public en
1793.
Toute sa vie, il a défendu des positions
trés progressistes,
comme la création d'une école publique,
laïque et
gratuite * ou le vote des femmes. En 1794, il écrit :
"Nos espérances sur l'état à venir de l'espèce humaine peuvent se
réduire à ces trois points importants : Laa destruction de l'inégalité
entre les nations, les progrès de l'égalité dans un même peuple; enfin
le perfectionnement réel de l'homme." (Esquisse d'un taleau
historique du progrès de l'esprit humain)
Il est aussi l'auteur d'une constitution
qu'il proposera à la Convention. Il s'y fait
l'apôtre du
respect la souveraineté populaire, défendant
anisi son
projet :
« Nous montrerons pourquoi les principes, sur
lesquels la
Constitution et les lois de la France ont été
combinés, sont plus purs, plus précis, plus
profonds que
ceux qui ont dirigé les américains ; pourquoi ils
ont
échappé bien plus complètement
à
l’influence de toutes les espèces de
préjugés ; comment
l’égalité des
droits n’y a nulle part été
remplacée par
cette identité d’intérêts qui
n’en est
que le faible et hypocrite supplément ; comment on y a
substitué les limites des pouvoirs à ce vain
équilibre si longtemps admiré ; comment, dans une
grande
nation, nécessairement dispersée et
partagée en un
grand nombre d’assemblées isolées et
partielles, on
a osé, pour la première fois, conserver au peuple
son
droit de souveraineté, celui de n’obéir
qu’à des lois dont le mode de formation,
s’il est
confié à des représentants, ait
été
légitimé par son approbation immédiate
; dont, si
elles blessent ses droits et ses intérêts, il
puisse
obtenir la réforme, par un acte régulier de sa
volonté souveraine [Le
référendum, NDLR]
Le
système politique présenté dans son
projet de constitution avait pour base les Assemblées
primaires, véritables
détentrices de la souveraineté
populaire. Ouvertes à tous les citoyens, et comprenant entre
400
et 900 membres, leur rôle était d'élire
les
représentants du peuple (depuis le maire jusqu'au
députe
et au ministre) mais aussi de " délibérer
sur des objets
qui concernent l'intérêt
général de la République,
dans les cas suivants :
1°
Lorsque il s'agit d'accepter ou de refuser un projet de Constitution
ou un changement quelconque à la Constitution
acceptée ;
2° Lorsqu'on
propose la convocation d'une Convention nationale
;
3° Lorsque le
Corps législatif provoque sur une question
qui intéresse la République entière,
l'émission
du voeu de tous les Citoyens ;
4°
Enfin, lorsqu'il s'agit, soit de requérir le Corps
législatif
à prendre un objet en considération, soit
d'exercer sur les
actes de la représentation nationale, la censure du Peuple,
suivant
le mode et d'après les règles fixées
par la Constitution.
(Art.2)
Le processus électoral
commence par une
séance "préparatoire" où chaque
citoyen marque un
nom pour chaque place à pourvoir, puis se poursuit 15 jours
plus
tard par une séance de vote portant sur la liste
des
candidats qui ont obtenu le plus de suffrages,
en nombre triple des places à remplir (après
acceptation
ou refus des candidatures par les personnes proposées)
Le scrutin est toujours public puisque le nom du votant est
marqué sur sa feuille de vote. La
Chambre des députés (un
député pour 50 000 habitants) n'est
élue que pour
un an et ses décisions peuvent être remises en
question
par un référendum demandé par au moins
deux
départements.
L'exécutif est constitué d'un conseil de huit
membres. La
présidence du conseil passe d'un ministre à
l'autre tous
les quinze jours. Le conseil est renouvelé par
moitié
tous les ans et ses membres sont élus pour deux ans. Chaque
membre du conseil est élu par un scrutin
séparé. Le corps législatif
peut mettre en
jugement les membres du conseil. La
constitution est modifiée par la convention nationale,
convoquée par le corps législatif tous les vingt
ans. La convention peut aussi être proposée par
tout citoyen ou le corps législatif si la
majorité des citoyens le juge nécessaire et
l'approuve par un vote en assemblée primaire. Les membres de
la législature ne peuvent être élus
à la convention et celle-ci ne peut siéger plus
d'un an. Le projet de constitution doit être
accepté par le peuple.
(Pour le détail, voir : http://mjp.univ-perp.fr/france/co1793pr.htm
)
Ce
projet, très ambitieux, allait très loin dans la
mise en place d''une
véritable
démocratie semi-directe, sous contrôle populaire
permanent, conforme à l'idéal antique des Grecs
et
à l'esprit révolutionnaire. Mais le parti
jacobin, en guerre contre les
Girondins, rejeta ce projet,
sous pretexte que le recours au référendum
permanent
paralyserait l'efficacité politique, "construisant
au peuple souverain non un temple, mais un tombeau"
selon Saint-Just. Mais ce fut surtout par peur de voir des
élus locaux devenir trop influents et menacer le centralisme
cher aux jacobins, créant "Un
patriciat de
renommées"
(toujours selon Saint-Just.)
Malgré tout, le principe de la souveraineté des
assemblées primaires fut retenu dans la constitution de 1793: ART. 58 :Les
projets de loi de l'Assemblée nationale sont
envoyés
à toutes les communes de la République, sous ce
titre : loi
proposée. ART.
59
: Quarante
jours après l'envoi de la loi proposée, si, dans
la moitié des
départements, plus un, le dixième des
Assemblées primaires de chacun
d'eux, régulièrement formées, n'a pas
réclamé, le projet est accepté et
devient loi. Malheureusement,
la
Constitution de 1793 ne sera jamais appliquée ! (Pour
la constituion de
1793, voir sur
le site du Conseil Constitutionnel)
Comme
il avait
osé crtiquer le contre-projet
constitutionnel proposé par ls jacobins, Condorcet
fut
condamné pour trahison et la Convention vota un
décret d'arrestation contre lui.
Il prit la fuite et resta caché 3 mois avant
d'être
arrêté. Emprisonné, on le
retrouva mort dans
sa cellule pour des raisons "inconnues" le 29 mars 1794. Jaurès
dira de son projet constitutionnel : «
Ce n’est donc pas la démocratie fausse et
rétrécie, la démocratie oligarchique,
c’est
la démocratie entière que Condorcet promulgue au
nom de
la Révolution. La démocratie est la grande loi de
l’avenir, non seulement parce que seule elle
réalise le
droit de l’homme, de tous les hommes, mais parce
qu’elle
tend à procurer le bien des hommes, de tous les hommes.
C’est toute la masse humaine, si pesante jusqu’ici
et si
obscure, qu’elle veut hausser à la
lumière et au
bien-être. »
*
Voir aussi son : "Rapport
et projet de
décret relatifs à l'organisation
générale de l'instruction publique
présenté à l'Assemblée
législative
les 20 et 21 avril 1792" sur : http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/7ed.asp
L'Abbé Grégoire, "prêtre citoyen"
Portrait de l"Abbé Grégoire,
Musée Lorrain, Nancy - G. Mangin
Musée Lorrain, Nancy - G. Mangin
Issu d'une famille de modestes artisans
ruraux, Henri-Baptiste Grégoire étudia au collège
des jésuites de Nancy et au grand séminaire de Metz.
Nommé en 1782 curé d’Emberménil,en Lorraine,
il se fait remarquer eninstallant dans la cure une bibliothèque avec de nombreux ouvrages traitants non seulement de
religion, mais surtout d’art mécanique,
d’hygiène, de soins aux malades, d’art vétérinaire, de sciences, de
géométrie, d’arithmétique, de botanique,
d’apiculture, de droit et d’agronomie. Très cultivé et parlant plusieurs langues, il
est membre de la Société des philanthropes de Strasbourg, dans laquelle il rencontre de nombreux intellectuels éclairés et prend
position dans des débats sur l’éducation, l’égalité des races et la tolérance. En 1788, il écrit son premier ouvrage: Essai sur la régénération physique, morale et politique des juifs, couronné par la Société royale des sciences et des arts de Metz, écrivant:"Tant que les hommes seront altérés de sang, ou plutôt, tant que la
plupart des gouvernements n’auront pas de morale, que la politique sera
l’art de fourber, que les peuples, méconnaissant leurs vrais intérêts,
attacheront une sotte importance au métier de spadassin, et se
laisseront conduire aveuglément à la boucherie avec une résignation
moutonnière, presque toujours pour servir de piédestal à la vanité,
presque jamais pour venger les droits de l’humanité, et faire un pas
vers le bonheur et la vertu, la nation la plus florissante sera celle
qui aura plus de facilité pour égorger les autres. "
En 1789, il s’engage
pleinement dans la Révolution française en devenant
député aux états généraux. Il fut le premier membre du clergé à rejoindre le tiers état.À
l'Assemblée constituante, l'abbé Grégoire réclama l'abolition totale
des privilèges, proposa le premier la motion formelle d'abolir le droit d’aînesse, et exigea l'instauration du suffrage universel. On lui doit l’Article Premier de la Déclaration des
Droits de l’Homme et du Citoyen.Il contribua à la rédaction de la Constitution civile du clergé
et parvint à entraîner un grand
nombre d’ecclésiastiques hésitants, et fut ainsi considéré comme le chef
de l'Église constitutionnelle de France. En début 1790 il prend la présidence de la Société des amis des
Noirs qui
militait pour la suppression de l’esclavage dans les colonies. C'est
sous son impulsion que, après d'ardents débats sur les colonies,
l'Assemblée vota le 15 mai 1791 un décret reconnaissant les droits
politiques des gens de couleur nés de père et de mère libres. Il
contribua enfin au vote le 4 février 1794 aboutissant à la première
abolition de l'esclavage.
Nommé
évêque constitutionnel de Blois en 1791, il (an III de la République) il publia le Discours sur la liberté des cultes et se fit un ardent défenseur de la réintégration des protestants et de l'accès à la citoyenneté des juifs. Il obtint en 1795
que soit proclamée la liberté des cultes. En 1796 L’abbé Grégoire contribua aussi à la fondation du Conservatoire des Arts et
Métiers et de l’Institut de France. Il réorganisa
l’instruction publique (Il serait le premier à prononcer le mot
"Instituteur" dans le sens qu’il a aujourd'hui’hui de "maître d’école")."Il faut éclairer l’ignorance qui ne connait pas et la pauvreté qui n’a pas les moyens de connaitre." aurait-il déclaré.Il fit
supprimer les académies "gangrenées d’une incurable aristocratie", selon ses termes, et notamment l’Académie française.Persuadé
que l’idéal égalitaire de la
République rejoignait l’Evangile, l’abbé
Grégoire resta toute sa vie fidèle aux idéaux de
la Révolution. IlHenri
Grégoire fut exclu de l’Institut de France en 1816 lors de
la Restauration monarchique à laquelle il s'opposa,
déclarant: "Les rois sont dans l’ordre moral ce que les monstres sont dans l’ordre naturel. "Élu
député de l’Isère en 1819, il ne put siéger en raison de l’opposition
des ultras. Peu de temps avant sa mort en 1803, il déclara:
"j’ai consacré ma vie à la propagation des
idées libérales et à la défense des
opprimés ; j’ai rencontré de grandes
résistances qui m’ont valu de nombreuses
persécutions. me conviendroit-il à moi qui suis
resté sur la brèche, de donner au déclin de mes
jours et en face de la Nation l’exemple de la
lâcheté ?" Mais le Clergé lui refusa l'extrême onction le jour de sa mort le 28 mai 1831 !
René Cassin, auteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme proclamée par l’ONU en 1948 dira de lui : "L’Histoire elle-même l’a affirmé, la figure de l’Abbé Grégoire émerge
et grandit au fur et à mesure que les Institutions dont il fut
l’initiateur se développent et que les idées soutenues par lui pénètrent
dans le Droit des Gens. Grégoire est de plus en plus vivant pour
l’Humanité dont il fut l’un des bienfaiteurs". En 1989, à l'occasion du bicentenaire de la Révolution française, les cendres de l'abbé Grégoire ont été transférées au Panthéon.
Club
patriotique de femmes, par Le Sueur, musée Carnavalet
Les
tricoteuses jacobines, par
Lesueur
On
connaît le rôle joué par les parisiennes dans les journées
révolutionnaires, particulièrement lors du 5 octobre 1789 où elles
organisèrent le cortège vers Versailles pour réclamer du travail et du
pain. On connaît aussi les célèbres "tricoteuses" qui venaient assister
aux séances de la Convention pour "surveiller" les députés. Mais on
sait moins que, dans tout le pays, les femmes éxigèrent de participer
aux clubs ou sociétés populaires, formant de 15 à 25 % des effectifs
des 5500 sociétés recensées dans toute la France. Elles créèrent aussi
leurs propres sociétés avec des effectifs souvent très nombreux (400
membres à Dijon par exemple). les femmes y venaient discuter,
commenter les informations et les opinions exprimées dans les journaux
(comme ici sur la gravure) et défendre leurs intérêts, exigeant le
droit de voter et d'être élues et même de s'engager dans l'armée pour
défendre la patrie. On en vit même protester contre leurs conditions de
travail, comme ces ouvrières de filatures qui présentèrent cette
pétition en février 1794 :"
L'oppression
est au dernier degré et nos réclamations faites
à l'administration en
différentes fois sont devenues illusoires (...) Point de
réclamations,
tout cela devenait inutile, point de réplique, sans quoi la
porte, il
fallait nous taire. Voilà, citoyens, les hommes qu'on a mis
pour
gouverner les pauvres infortunées. Vous ne devez pas douter
que ces
messieurs sont fort indifférents pour le sort des femmes de
sans
culottes. Point d'honnêteté et encore moins de
pitié. Vous êtes justes,
républicains, nous espérons tout de vous, que
vous ferez tout pour
adoucir notre sort. » (AN,
W 351 d. 717, Neuve
Eglise)
A
Besançon
fut fondé en 1792
un club féminin des
"Amies de la
Liberté et de l'Egalité"
où se
côtoyaient modistes, bouchères, institutrices,
sages-femmes,
infirmières et même des prostituées.
Elles jouèrent un rôle
actif auprès de la municipalité jacobine,
réussissant par
exemple à faire voter une mesure contre les accapareurs,
à
faire renvoyer les religieuses de l'hôpital parce qu'elles leur
prenaient
leur travail, ou à obtenir la création d'une
école. Elles
s'exprimèrent à plusieurs reprises dans un
journal local pour
le vote des femmes."Elevées
à la
hauteur de la
révolution, nous préférons la
liberté et l'égalité à
toutes les fadeurs de l'amour…Propager la
liberté, en
fortifier les principes, éclairer les faibles en combattant
le
fanatisme qui les égare, voilà le but que nous
nous nous sommes
proposé. Sacrifiant nos plaisirs, ou plutôt nous
formant des
goûts plus conformes aus mœurs
républicaines, nous voulons
combattre tous les préjugés qui pourraient
entraver la marche
de l'esprit public."Ainsi
s'exprime la citoyenne
Maugras, animatrice du club des femmes. (lettre citée par
l'historienne Henriette Perrin dans un mémoire
écrit en 1917
sur le club des femme de Besançon.)
Si la plupart de ces femmes sont restées
méconues, les livres d'histoire en ont retenu quelques-unes dont Claire Lacombequi participa
avecPauline Léon à la
fondation du club des Citoyennes
Républicaines Révolutionnaires. Injustement accusée, Claire
Lacombe vint défendre sa cause le 7
octobre 1793 à la barre de la Convention en
déclarant : "Depuis
quatre ans nous sommes trahies, assassinées par les monstres sans
nombre qu’a produit le sexe masculin. Nos droits sont ceux du peuple,
et si on nous opprime, nous saurons opposer la résistance à
l’oppression. » Citons
aussi la sulfureuse Anne-Josèphe
Théroigne de Méricourt,
plus connue sous le nom de la Belle
Liégeoise, l'Amazone rouge,
ou encore la Furie de la Gironde.
Après avoir participé à la prise de la Bastille, elle mena le cortège
des femmes
vers Versailles, le 5 octobre 1789. Elle présenta les
revendications du
peuple à Marie-Antoinette, qu'elle dévisagea avec mépris. Habillée en «
amazone d'écarlate et de panache de geai », portant une paire
de
pistolets et le sabre qui lui fut offert après la prise de la
Bastille. Elle créa le club des
Amis de la Loi, puis rejoignit plus tard le
Club des Jacobins.
L'hostilité masculine, mais aussi la jalousie féminine,
finira par faire taire toutes ces femmes courageuses. Claire Lacombe et
Anne-Joseph Théroigne seront ridiculisées par des
jacobines de la Halle qui, pour d'obscures raisons, mais surtout parce
qu'elles n'étaient pas du même milieu social qu'elles,
leur administreront une "fessée
publique". Cet
évènement servit de prétexte au gouvernement qui interdira tous les
clubs féminins.
Portrait
d'Olympe de Gouges (Pastel
d’Alexandre
Kucharski
)
Mais
c'est
surtout
Olympe de Gouges (de son vrai
nom Marie Gouze, épouse Aubry) qui reste la
figure
la plus illustre du combat des femmes pour l'émancipation et
l'égalité. Veuve à 18 ans, elle refusa de se remarier et décida de se
vouer à la cause des femmes, mais aussi de tous les déshérités. Elle réussit à fonder une troupe
de théâtre à
Paris et écrivit une trentaine de pièces, dont la première, Zamore et Mirza, écrite en 1785,
dénonçait l'esclavage des
noirs. Cette pièce provoqua un tel scandale
qu'elle fut interdite de réprésentation.Elle n'attendit pas la révolution pour
s'engager en politique puisque, en 1788, elle publiait, dans le Journal général de la France, deux
pamplets (lettre au peuple et
Remarques patriotiques) adressés au
roi. Dans le premier, Olympe réclamait la création d'un
impôt volontaire destiné à lutter
contre la pauvreté, et dans le second, elle proposait l'institution
d'une assistance sociale,
de centres de soins et
d'ateliers d'Etat pour donner du travail aux chômeurs ! Elle
sera très active pendant la période
révolutionnaire, fondant
plusieurs sociétés patriotiques
de femmes. Elle rédigerades brochures politiques,
des articles de journaux et des affiches, dont celle intitulééPacte Nationalen
juillet 1790, dénonçant la lutte des factions à
l'Assemblée et appelant à une réconciliation
autour de la constitution.
Mais elle se
rendit surtout
célèbre en
publiant, en 1791, une Déclaration
des Droits
de la Femme et de la Citoyenne,qu'elle lut
à la tribune de la Convention, affirmant :« La
femme a
le droit de monter sur l’échafaud ; elle
doit avoir également celui de monter à la
Tribune. » Tant d'arrogance
lui valut la
fureur des virils patriotes. Mais c'est une affiche signée Polyme, anagramme de son nom,
fustigeant violemment Robespierre, qui lui sera fatale. Le texte de
l'affiche commençait ainsi: "Tu
te dis l'unique auteur de la révolution, Robespierre ! Tu n'en fus, tu
n'en est, tu n'en sers éternellement que l'opprobre et
l'exécration...Chacun de tes cheveux porte un crime..." Elle fut
accusée d'avoir rédigé des "écrits
tendant
à l’établissement d’un
pouvoir attentatoire à la souveraineté du peuple"
et guillotinée le 2
novembre 1793.
Avant son procès, elle laissa un long
testament,
s'adressant ainsi à ses accusateurs : "
Vous êtes presque tous de
mauvaise foi. Vous ne voulez ni la liberté ni la parfaite
égalité.
L’ambition vous dévore... " Elle prit
elle-même sa défense devant le
Tribunal révolutionnaire, dans un long et
émouvant plaidoyer dans
lequel elle invoque, par exemple, la liberté d'expression:"
À l’article 7 de la Constitution, la liberté des
opinions et de la presse n’est-elle pas consacrée comme le
plus précieux patrimoine de l’homme ? Ces droits, ce
patrimoine, la Constitution même, ne seraient-ils que des phrases
vagues, et ne présenteraient-ils que des sens illusoires ?
hélas ! j’en fais la triste expérience." (Voir
les pièces du procès sur le site
: http://ledroitcriminel.free.fr/le_phenomene_criminel/crimes_et_proces_celebres/gouges_proces.htm)
Il faut dire
qu'à
l'époque, les
femmes
sont encore considérées comme mineures sur le
plan juridique.
Elles
doivent se contenter d'une activité domestique et sont
considérées comme des mères ou
ménagères, loin des fonctions sociales que
certaines désirent. C'est sous la pression des femmes que l'Assemblée
législative leur accorda le droit de citoyenneté (mais pas le droit de
vote ni l'égalité juridique) mais la Convention abolira ce décret le 30
octobre 1793, pour empêcher les femmes de "politiquer".
Ainsi Chaumette, Procureur de la
Commune de Paris, écrivit dans LeMoniteur, le lendemain de
l'exécution d'Olympe :"
Rappelez-vous l'impudente Olympe de Gouges qui la première
institua des sociétés de femmes et abandonna les
soins du ménage pour se mêler de la
République et dont la tête est tombée
sous le fer vengeur des lois... "
Le seul homme politique à s'indigner de ce refus
d'égalité entre les deux sexes fut Condorcet,
député à l'Assemblée
Législative,
puis à la Convention dans le groupe des Girondins. Il avait
plaidé pour le vote des femmes dès 1789 dans un
article
du Journal
de la Société, puis à nouveau en
1790
dans une brochure intituléeDe
l'admission des femmes au droit de cité.Il dit par exemple
: "
Ce
n'est pas la nature, c'est l'éducation, c'est l'existence
sociale qui cause cette différence [...] il est donc injuste
d'alléguer, pour continuer de refuser aux femmes la
jouissance de leurs droits naturels, des motifs qui n'ont une sorte de
réalité que parce qu'elles ne jouissent pas de
ces droits ".
1793
: Démocratie directe contre démocratie
représentative
Encerclement
du Château des Tuileries
le 2 juin 1793
"Le
principe de toute souveraineté réside
essentiellement dans la
Nation. Nul corps, nul individu
ne peut exercer d'autorité
qui
n'en émane expressément"
La
déclaration des droits de
l'homme et du citoyen de 1789 était affichée
dans toutes les
sections parisiennes et les sans-culottes entendaient bien
exercer à la lettre ce droit exprimé par son
article 3. Car, si
l'égalité et la liberté
n'étaient encore que des droits
théoriques, la souveraineté était
à leur portée ; c'était
leur bien le plus cher et souvent leur seul bien. Au point qu'ils
parlaient parfois du "souverain"
pour désigner le
peuple."Pendant
le danger de la patrie, le souverain
doit être à son poste, à la
tête de ses armées, à la tête
de ses affaires, il doit être partout",
déclara la
section du Théâtre français le 30
juillet 1792. Et leur
méfiance
était grande vis à vis de leurs
représentants, soupçonnés de
vouloir détourner la souveraineté à
leur profit. La section des Piques l'exprima en ces termes le 2
novembre 1792 : "La
souveraineté étant inaliénable, nous
devons seuls dicter nos
lois, l'unique besogne des représentants est de nous en
proposer". C'est encore ce
que proposait Leclerc, porte-parole des Enragés de la
Révolution dans L’Ami du Peuple
du 21 août 1793 : « Souverain,
mets-toi à ta place ; préposés du
souverain, descendez des gradins, ils appartiennent au peuple ;
occupez la
plaine de l’amphithéâtre. Là, à ses pieds et sous ses yeux, ses regards
surveillants se promèneront sur vous et son bras sera rémunérateur ou
vengeur
suivant que vous aurez fixé par vos actions son opinion sur votre
conduite. »
Notons
qu'il sera
tenu compte de cette revendication des sans-culottes dans la
Constitution de 1793 et surtout le projet de Déclaration
des droits de l'Homme proposé par Robespierre le 21 avril 1793
au club des Jacobins, texte qui sera fréquemment
réédité et interprété pendant tout
le premier XIXè siècle :
Art.
14 : Le peuple est le souverain ; le gouvernement est son ouvrage
et sa propriété ; les fonctionnaires publics sont ses
commis. Le peuple peut, quand il lui plaît, changer son
gouvernement et révoquer ses mandataires. Art.
19 : Dans tout état libre, la loi doit surtout
défendre la liberté publique et individuelle contre
l’autorité de ceux qui gouvernent. Toute institution qui
ne suppose pas le peuple bon et le magistrat corruptible est
vicieuse.
C'est
ainsi que le peuple parisien utilisa à plusieurs reprises
son droit à l'insurrection qu'il jugeait légitime, car découlant
directement de sa souveraineté inaliénable. Comme il l'avait fait le 20 août
92 pour exiger la déchéance du roi, il pointa ses
canons sur la Conventionle 2 juin 1793, pour obtenir l'arrestation de 29
députés girondins accusés de trahison. Puis la Convention fut une nouvelle
fois envahie le 5 septembre 1793, pour
exiger
que la "Terreur soit
mise à l'ordre
du jour": "Appliquonsles
décrets éternels de la volonté du
peuple
(…) Plus de quartier, plus de miséricorde aux
traîtres", s'exclama
Chaumette,
leur
porte-parole.Le 20 mai
1795, le octobre s
sans-culottes
envahirent encore une fois la Convention en proclamant:"Allez-vous
en tous; nous allons former la Convention nous-mêmes."Mais ce fut la dernière fois qu'ils purent s'exprimer, car tous
leurs
porte-parole avaient été éliminés et le
gouvernement thermidorien fit appel à l'armée. Les sans-culottes
résistèrent quelques heures en dressant des barricades, inaugurant un
type d'action qui sera largement utilisé au siécle suivant, mais
l'armée fut la plus forte et le Faubourg Saint-Antoine fut
définitivement désarmé. La sans-culotterie avait vécue.
La
révolution ternie par la terreur
Exécution
de
Robespierre (BNF)
La
révolution française reste à jamais
associée à l'image de la guillotine, introduite
par la loi du 6 octobre
1791 et utilisée pour la première fois le 24
avril 1792, pour
l'exécution capitale d'un homme accusé de vol
avec agression. Puis,
après le 10 août 1792, ce fut le tour des
condamnés politiques dont le
plus illustre fut le roi de France lui-même,
décapité le 21
janvier 1793. Mais c'est surtout entre septembre1793 et juillet1794, période
dite de la Terreur, que
les
éxécutions capitales à
caractère politique furent les plus nombreuses.Tout le
monde connaît les victimes célèbres de
l'échafaud, de la reine Marie-Antoinette à
Danton,
Robespierre et Madame Rolland, qui déclara avant de mourir :"Ô
Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! »
Il
est difficile de
comprendre
aujourd'hui ce qui a pu provoquer une
telle "folie
sanguinaire" (terme de Robespierre lui-même) et
de tenter de
l'expliquer sans
être accusé de vouloir la
justifier,
ou inversement de la surestimer.
Le bilan des victimes est
déjà une
source d'empoignades.
De nombreux historiens s'accordent pour ne retenir que la Terreur
"légale" limitée aux condamnés
à mort par
les tribunaux révolutionnaires, dont on estime le bilan
à
12000 guillotinés entre avril 1793 et juin 1794. Bilan
auquel on
peut ajouter les victimes des des représailles ordonnées par les
repésentants en mission tel Carrier, responsable de la mort
de
2000 victimes par noyade à Nantes, Fouché
à Nevers
et à Lyon, qui ordonna de passer par les armes 200 meneurs du mouvement
fédéraliste, Lebon dans le Nord,
Fréron et Barras
dans le Midi, respondables également d'atrocités.
Mais
vouloir par exemple inclure dans la Terreur les 170 000 victimes de la
guerre de Vendée (sans parler des 70 000 du
côté
républicain) et de parler du "génocide
vendéen"
rélève de la fantaisie, car il s'agit de victimes
d'actes
de guerre. Quant aux actes criminels
des
représentants en mission, ils ont été
pour la
plupart dénoncés par le Comité de Salut public (Carrier, par exemple,
fut
condamné à mort et guillotiné). Mais
arrêtons là ce décompte
macabre,
toujours sujet à controverses.
Le
terme même de Terreur prête à confusion,
car il
n'avait pas la même connotation qu'aujourd''hui. Les
révolutionnaires
de 1793
l'utilisaient dans son sens premier de terrifiant, c'est-à dire qui
effraie (et non pas forcément qui tue). C'est
bien dans ce sens que l'utilise Robespierre, dans son fameux discours
à
la Convention du 12 août 1793 :« Que
le glaive de la loi plane avec une rapidité terrible sur la
tête des
conspirateurs, frappe de terreur
leurs complices, inspire la terreur à tous les ennemis dee
la patrie. »Cette phrase est citée généralement
pour désigner Robespierre comme le principal
responsable de la Terreur [1] mais Danton avait aussi déclaré :"
Soyons terribles pour éviter au peuple de l'être."
C'est en fait un ensemble de décrets qui on permis le
déclenchement de la dite Terreur,
sous la pression des sections sans-culottes en armes qui avaient
encerclé la Convention le 5 septembre
1793, faisant suite à la grande journée de mobilisation populaire de la
veille, qui portait sur des revendications alimentaires et économiques.
[2 ]
La Terreur fut "mise à l'ordre du
jour" de la Convention, c'est à dire en débat, mais non pas
décrétée, comme on le dit souvent [3], et comme voulurent le faire croire
les extrémistes des sections sans-culottes
hébertistes ou Enragés, assoiffés de vengeance
et
poussant constamment à la surenchère dans la
répression. "
O vous... qui allez
vous enrôler sous les drapeaux du Sans-culottisme et former de
nouvelles
légions... Prouvez
par des faits que ce n'est plus la terreur qui est à l'ordre
du jour,
mais le glaive vengeur des lois et la Guillotine consacrée
par la
justice céleste", pouvait-on
lire dans le journal Le Révolutionnaire du 8 novembre 1793. Saint-Just, dans son discours à la Convention du 16 octobre
1793, met en garde contre
ces excès :
« Citoyens,
vous avez mis l'épouvante à l'ordre du
jour : elle ne devait y
être que pour les méchants. Mais par un plan
très bien suivi de
neutraliser les mesures en les outrant, la terreur, qui
n'était faite
que pour les ennemis du peuple, on a tout fait pour la
répandre sur le
peuple même, afin que fatigué de l'heureuse
effervescence qui seule a
maintenu la liberté jusqu'au aujourd'hui, il fît
à la fin cause commune
avec ses ennemis (...) » Déchaînement
des passions et des pulsions
de mort d'un côté, débordement des dirigeants politiques ne
pouvant plus
rien contrôler, mais obligés de
conserver le soutien populaire, de l'autre. Tout cela ne put se
régler
que
par l'élimination des uns et des autres.
La responsabilité de Robespierre est par contre beaucoup plus
engagée en ce qui concerne le déclenchement de la "Grande Terreur" qui a suivi la funeste loi du
22 prairial de l'An II (10 juin 1794). Car c'est bien lui qui
proposa, avec Couthon,
cette loi que Jaurès, dans son histoire socialiste de la révolution
française, qualifie d'"instrument de meurtre".
La loi de prairial créait en effet de nouveaux "crimes"
difficilement caractérisables [Ainsi, si un individu "inspire le découragement", cherche
à "dépraver les mœurs" et "altérer la pureté et l'énergie des
principes révolutionnaires" ou s'il est tout simplement un "ennemi de la République"]
La loi dispensait aussi l'accusation de presque toutes preuves et
retirait à l'accusé tout moyen de défense. Cette loi infâme entraîna
1360 exécutions
capitales à Paris dans les 47 jours qui suivirent. Voulue au départ
comme une mesure de "salut public" à caractère exceptionnel dans des
circonstances exceptionnelles, la Terreur était devenue une arme
idéologique, Car, "en
identifiant les ennemis de l'extérieur et les ennemis de l'intérieur,
elle instaure la croyance en un guerre généralisée (...) elle
devient consubstantielle à l'évènement révolutionnaire dont elle
n'est qu'un des aspects et qu'il faut consentir à l'une si l'on a
accepté l'autre.", précise Mona Ozouf dans son dernier oiuvrage [4]
Massacre
dans les prisons de Lyon le 24 avril 1795 (reproduction
photograpphique d'une peinture d'époque)
Une
autre terreur, moins connue que la précédente car peu relatée par
les livres
d'histoire, mais qui fit pourtant à
peu près autant de
victimes que
la terreur jacobine, fut celle perpétrée par les
royalistes ou
contre-révolutionnaires dans la période qui
suivit l'éxécution de
Robespierre en juillet 94. On
l'a appellé Terreur
blanche
[1]
Après
l'élimination de Robespierre et la fin de l'état
d'exception dit de "Salut public", la Convention thermidorienne puis le
Directoire voulurent maintenir la république, mais en
modérant
ses "excès", autrement dit en mettant fin à
l'aspiration
des sans-culottes à la démocratie directe et en
évacuant la
question
sociale. Pour la premiere, ce fut la répression de l'ultime
insurrection populaire du 20 mai 1795; pour la seconde, l'arrestation
des meneurs de la "Conspiration des Egaux" le
10 mais 1796 et
l'éxécution de leur chef
Gracchus Babeuf.
Mais la vraie menace vint d'ailleurs. Le
mouvement
royaliste reprit de la vigueur, soutenu par l'Eglise, les
nouveaux riches qui avaient su tirer profit de la
révolution, et
souvent par la paysannerie moyenne qui avait
bénéficié du partage
des biens nationaux et
restait très attachée
à la religion
catholique, mise à mal par la déchristanisation.
Les actes de vengeance contre les anciens acteurs de la
révolution se multiplièrent. A Paris, les
"Muscadins" et "Collets
noirs" agressaient à coup de bâton tout ce qui
ressemblait à un
sans-culotte. En province, des bandes royalistes
fanatisées, telles que
les Compagnons de Jehu ou du
Soleil multiplièrent
les exactions et même les massacres. La révolte
reprit
en Vendée et en Bretagne (chouannerie) et une tentative de
débarquement
d'immigrés royalistes eut lieu à Quiberon le 23
juin 1795, avec la
complicité anglaise. Elle fut heureusement
repoussée, mais ces buts
étaient clairs : rétablir la monarchie. Parmi les
crimes imputés à la
terreur royaliste, les plus spectaculaires furent la série
de massacres
commis en prison dans les Bouches-du-Rhône du 11 mai au 18
juillet 1795
dans les communes d'Aix, Tarascon et Marseille. De nombreux
prisonniers, en majorité anciens « terroristes
» ou sympathisants, y
furent massacrés. La nouvelle de ces crimes, qui rappelaient
les
massacres de septembre 1792 à Paris, connut un grand
retentissement
dans toute la France.
Le
général Bonaparte au pont d'Arcole, peint par
Louis Jean Gros
(Ce
tableau de propagande, peint sur les instructions de Joséphine, fut le
point de départ de la légende napoléonienne visant à embellir les
actions militaires du futur empereur. Il présente le jeune Bonaparte
comme un héros, alors que la vérité fut tout autre. Voir la
mise au point sur la bataille d'Arcole :
http://www.histoire-en-questions.fr/reportage/mensonges/mensonges-arcole.html
)
Malgré les efforts
remarquables de Sieyès pour
élaborer une nouvelle
constitution qui "fasse
rentrer la souveraineté dans ses justes limites",
le résultat de la Constitution de l"An III, qui accoucha du
Directoire,
ne fut pas à la hauteur. Le projet de Sieyès fut
en partie tronqué et
les constituants, issus de l'ancienne convention
déconsidérée,
voulurent garder les commandes par le décret dit "des deux
tiers". Ce
refus du renouvellement de la classe politique fut fatal à
ceux que
l'on baptisa dorénavant de "Perpétuels".
Les royalistes et contre-révolutionnaires de tout poil
s'enfoncèrent
dans la brèche pour dénoncer la mascarade. La
situation
économique et financiére
désastreuse de la France fera le reste.
Aux élections de mars 1997, presque tous les
départements basculèrent à droite et
les royalistes
obtinrent la
majorité dans les deux Conseils législatifs. Pour
sauver la
République, le Directoire n'eut plus que la solution de
faire
appel à l'armée, dernier bastion populaire et
révolutionnaire.
Le 18 fructidor an V (1797) l'état d'exception (Salut public
et
terreur) fut rétabli et les élections
annulées. 53
députés et 2 Directeurs (ministres) furent
arrêtés et
déportés en Guyane.
L'armée
était désormais maître du jeu et
le tapis rouge déroulé pour le
général
corse qui ne cachait pas ses
ambitions : "Je
ne suis qu'au début de la
carrière que je
dois parcourir…Une république de trente millions
d'hommes !
Avec nos mœurs, nos vices ! Où en est la
possibilité ? C'est une chimère dont les
Français sont
engoués, mais qui
passera comme tant d'autres. Il leur faut de la gloire, les
satisfactions de la vanité. Mais la liberté, ils
n'y entendent
rien…" Cette confidence
faite en 1796 à
Montebello,
où il s'était proclamé roi d'Italie,
annonçait bien ce qu'il
avait en tête dès le début :
établir un despotisme, seul
système politique valable à ses yeux pour ces
"français" chamailleurs et indisciplinés. Et leur
apporter des victoires militaires pour satisfaire leur
vanité
nationaliste et asseoir sa gloire. Et les français le
suivront,
l'idolâtreront parfois même, jusqu'à
perdre leur liberté pour
qu'au final, la monarchie soit restaurée.
Jugement
sévère ? Il est certes facile, deux
siècles plus tard, de voir où le
bonapartisme a conduit. Mais des contemporains avaient
dèjà compris,
dès le lendemain du coup d'Etat du 18 brumaire,
que l'arrivée de
Bonaparte signifiait la mort de la République, tel Benjamin
Constant
dans une lettre à Sieyès écrite le 19
brumaire: "
(...) Ses proclamations, où il ne parle que de lui,
où il dit que son
retour a fait espérer qu'il mettrait un terme aux maux de la
France,
m'ont convaincu plus que jamais que dans tout ce qu'il fait, il ne voit
que son élévation... " Et comme le résume
l'historien François
Furet dans son Histoire de la Révolution :
"L'opinon profonde du pays, repue depuis tant d'années de
discours
révolutionnaire, ne prend plus
d'intérêt à la liberté
politique. Le
pouvoir de Bonaparte est fondé en France sur un consentement
fatigué à
la servitude, échangée contre le retour
à l'ordre."
Le Consulat sera une
phase de
despotisme éclairé, suivi, avec l'Empire, d'un
despotisme tout court.
La révolution et
l'Europe
Les
idées démocratiques qui furent à
l'origine de la
révolution françaises
n'étaient pas propres
à la France, la pensée des Lumières
s'était propagée dans toute l'Europe du
17ème
siècle (mouvement de l' Aufklarung en Allemagne
ou pensée libérale
anglo-américaine) mais
l'action révolutionnaire radicale et victorieuse resta un
phénomène
presque exclusivement français, soit que d'autres pays
firentt
le choix d'une
voie plus modérée (comme l'Angleterre) soit que
les
mouvements
révolutionnaires ne purent aboutir ( comme à
Genève où une république
démocratique, proclamée en
1781, fut vite abolie aprés l'intervention de la France
et des autres cantons suisses ) La volonté des
révolutionnaires
français et de Napoléon d'imposer leurs
idées par
la guerre et
l'occupation furent la plupart du temps contre-productives.,
même
si celles-ci purent favoriser des mouvements
libéraux et
nationaux comme en Espagne, au Portugal ou en Italie.
Constitution
de Cadiz, adoptée le 11 mars 1812 (Frontispice
contemporain)
C'est dans le contexte de
l'occupation française par
Napoléon, qui a imposé son frère
Joseph comme roi
d'Espagne, qu'est votée la première constitution
"libérale" (dans
le sens du 18ème siécle, à
peu près équivalent à
démocratique). Cette constitution fut
élaborée par les Cortès
(Assemblée) convoqués par le Conseil de
Régence formé
des représentants de la
résistance espagnole à l'occupation
française.
Ces nouveaux Cortès, composés en
majorité de
représentants de la bourgeoisie ouverte aux idées
libérales, se proclamèrent cour
souveraine, sous l'influence d'hommes de talent comme Toreno,
Arguellès et Qintana. Des réformes
révolutionnaires furent votées : supression de
l'Inquisition, abolition du régime seigneurial et des
corporations. Le principe de la souveraineté nationale
était
affirmé et la constitution prévoyait un
régime de
monarchie parlementaire. Refusant la critique qui leur était
faite de
vouloir immiter la France révolutionnaire, les
auteurs de
la constitution, tel Quintana, invoquèrent la
tradition
démocratique de l'Espagne d'avant les Bourbons,
principalemùent le mouvement comunero
de 1520-21 (voir
plus haut)
Le
retour de Ferdinand VII,
après la défaite de Napoléon
à Waterloo,
signifia la mort annoncée du régime
constitutionnel.
Faisant d'abord mine d'accepter la constitution, le roi finit par faire
appel, en 1823, à son cousin Louis XVIII, revenu sur le
trône, pour l'aider à venir à bout des
libéraux et rétablir la monarchie absolue
(expédition dite des "cent mille
fils de Saint Louis")
S'ensuivit ce que les Espagnols
appellent la décennie abominable
(1824-33)
marquée par une terrible répression des
libéraux, dans un climat de haine attisée par le
camps des Apostoliques, représentant
les ultra-royalistes et l'Eglise. La
période qui suivit la mort de Ferdinand VII (1833-67) fut
tout
aussi agitée, marquée par les guerres carlistes
(mouvement réactionnaire mené par les partisans
de Don
Carlos, frère de Ferdinand) et des coups d'Etat militaires
(pronunciamentos) faisant alterner des épisodes
constitutionnels
et monarchistes. A partir de 1868
s'ouvre une période révolutionnaire
appellée sexeno
democratico. La
Constitution de 1869 s'inspire de l'esprit de la constitution de Cadiz.
Elle réaffirme la souveraineté nationale,
représentée par les Cortès,
établit le
suffrage universel,
la liberté de la presse, d'association et de
réunion, et enfin la liberté
d'enseignement et de culte. La crise de
succession
monarchique de 1873 força les
Cortès, sous la
pression populaire, à roclamèr la Républiquele
11
février 1873.
Écu
du Canton fédéral. de
Valence de 1873
Etrange
expérience politique que cette Première
République
espagnole qui ne survivra qu'une année. Elle sera
baptisée République
fédérale ou cantonnale,
comme l'avait voulu son fondateur Francisco Pi y Margall,ancien employé de banque et
écrivain, converti au idées de Prouhon dont il avait traduit l'une des
oeuvres.Son
programme de décentralisation était fondé sur la
théorie fédéraliste de Proudhon: une Constitution
devait établir une
Fédération de
15 États, correspondant
aux grandes provinces devenues autonomes.
Les communes libres seraient réunies en cantons autonomes, liés par des
contrats commerciaux et financiers. Son programme établissait également
la séparatiuon de l'Eglise et de l'Etat, l'abolition de la
conscription, l'enseignement gratuite et obligatoire, la journée de
travail de huit heures, la collectivisation des terres en friche et la
création de banques agricoles. L'exemple de la Commune
de Paris de 1871 avait
aussi traversé les frontières. Mais
Pi y Margall fut débordé par le mouvement anarchiste
naissant,
déja puissant en Catalogne, dans le Levant et en
Andalousie, qui lui reprochait de ne pas aller assez loin dans les
réformes économiques. De plus, les carlistes reprirent leur guerre. Les
tensions
sociales montèrent, se traduisant sous la forme de
grèves ouvrières et d'occupation de terres par
les
paysans. Pi y Margall, dépassé par les
évènements, préféra
démissionner.
Remplacé par Salmerón à la
présidence de la
république, le régime prit alors un tournant
conservateur.
C'est alors qus se déclencha la révolution
cantonnale : De nombreuses villes se
déclarèrent
république ou canton indépendant
(Castellón, Valence, Alcoy,
Alicante, Torrevieja, Almansa, Carthagène, Grenade,
Málaga, Bailén, Andújar,
Jaén,
Séville, Cadix, Tarifa, Algésiras et Salamanque) Ces
insurrections
regroupaient des artisans, des commerçants et des
salariés. C'est
à Alcoy et Carthagène que le mouvement
fut le plus
dur et durable. Carthagène résista
jusqu'au 12 janvier 1874, car c'était une forteresse
militaire
et une base navale, et les équipages des meilleurs navires
de la
marine avaient adhéré à la
rébellion. La majorité des
cantons supprimèrent les monopoles, reconnurent le
droit au
travail, la
journée de huit heures et supprimèrent les
impôts
sur
la consommation. Tous les cantons libérés furent
repris
par l'armée qui prit le pouvoir le 2 janvier 1874.
Le
problème de l'égalité sociale, revendiquée comme l'indispensable
complément de l'égalité politique, et comme condition de la démocratie,
avait déjà fait l'objet de débats animés à la Convention, sous la
pression des sans-culottes et de leurs porte-parole comme Hébert ou
Jacques Roux. Mais il était resté cantonné à des revendications
économiques ou fiscales telles que la fixation de prix maximum, la
taxation des riches ou, au plus, la limitation de la propriété. La
Constitution de 1793, jamais appliquée, affirma le droit au travail, à
l'assistance et à l'instruction, mais elle réaffirma aussi le
droit imprescriptible et inaliénable de propriété. Il
faut rappeler que les ouvriers d'usine étaient encore peu nombreux et
que le mouvement populaire était mené principalement par des artisans
ou des boutiquiers. Mais le développement économique lié à la
révolution industrielle naissante, entraînant un accroissement rapide
d'une population ouvrière misérable, va mettre au premier plan la
"question sociale".
L'idéal communiste deGracchus
Babeuf
Le
Tribun du
peuple (
Journal crée
par
François-Noël
Babeuf, dit Gracchus (1760-1797)
Babeuf,
qui se fit appeler Gracchus en souvenir
des Gracques était
davantage un
héritier de la tradition
radicale
sans-culotte dans la lignée de Marat et d'Hébert,
que le théoricien
d'une nouvelle idéologie politique. Ce fut d'ailleurs l'un
de ses
compagnons, Philippe Buonarroti,
qui
fera connaître la pensée des Egaux
dans un ouvrage intitulé : Histoire de la
Conspiration pour
l'Égalité dite de Babeuf, paru
en 1828. Nous
sommes encore bien loin de la théorie collectiviste de Karl
Marx,
fondée sur une doctrine économique et une
philosophie de l'histoire. Il
s'agit plutôt d'un communismeagraire,
proposant le
partage des terres et la répartition égalitaire
des récoltes.
Le Manifeste
des Egaux, qui fut placardé dans
les rues de Paris en
1796, rédigé par l'écrivain
Sylvain Maréchal, compagnon de Babeuf, apparait
plutôt comme un appel à
la réalisation de l'égalité, telle que
la souhaitaient déjà les sans
culottes, les Enragés
ou les Exagérés
: "
Pendant
quinze siècle tu as vécu esclave, et par
conséquent malheureux. Depuis
six années tu respires à peine, dans l'attente de
l'indépendance, du
bonheur et de l'égalité. L'Egalité
! premier vœu de la nature, premier besoin de l'homme, et
principal
nœud de toute association légitime ! Peuple de
France ! tu n'as pas été
plus favorisé que les autres nations qui
végètent sur ce globe
infortuné !... Toujours et partout la pauvre
espèce humaine livrée à
des anthropophages plus ou moins adroits, servit de jouet à
toutes les
ambitions, de pâture à toutes les tyrannies.
Toujours et partout, on
berça les hommes de belles paroles : jamais et nulle part
ils n'ont
obtenu la chose avec le mot. De temps immémorial on nous
répète avec
hypocrisie, les hommes sont égaux, et de temps
immémorial la plus
avilissante comme la plus monstrueuse inégalité
pèse insolemment sur le
genre humain. Depuis qu'il y a des sociétés
civiles, le plus bel
apanage de l'homme est sans contradiction reconnu, mais n'a pu encore
se réaliser une seule fois : l'égalité
ne fut autre chose qu'une belle
et stérile fiction de la loi. Aujourd'hui qu'elle est
réclamée d'une
voix plus forte, on nous répond : Taisez-vous
misérables ! l'égalité de
fait n'est qu'une chimère ; contentez-vous de
l'égalité conditionnelle
; vous êtes tous égaux devant la loi. Canaille que
te faut-il de plus ?
Ce qu'il nous faut de plus? Législateurs, gouvernants,
riches
propriétaires, écoutez à votre
tour...."Lire la suite sur : http://1libertaire.free.fr/ManifestedesEgaux.html
Quant
à la stratégie politique utilisée, ce
fut celle de la
conspiration
putschiste qui aurait été suivie, en cas de
victoire, d'une dictature
de type "salut
public", chargée d'appliquer la
Constitution de 1793 et d'imposer
l'égalité "réelle", à la
fois politique et économique. Le
27 mars fut créé un
"Directoire secret de salut public" de sept membres, dont Babeuf et
Buonarrotti. Les conspirateurs espéraient profiter du
mécontentement provoqué
par une
situation économique désastreuse, à
laquelle s'ajouta le terrible hiver
de 1796, pour
mobiliser
des partisans
parmi les attroupements de miséreux qui se multipliaient
dans
Paris en ce début de 1796. Babeuf
mit en place
ses
agents dans chaque arrondissement et dans chaque corps de troupe pour
le jour du soulèvement. Les mesures qui devaient suivre
étaient prêtes
: réquisitions de boulangers,
distribution de pain gratuit, restitution des objets engagés
au mont-de-piété, logement des pauvres chez les
ennemis
du peuple, etc...Mais sans véritable base populaire
organisée et
capable de provoquer une insurrection (Le
mouvement sans-culotte ayant été
décimé pendant la Terreur, puis par le
Directoire en 1795) la conspiration était vouée
à l'echec. Le
21 Floréal (10 mai 1796), les conjurés furent
cueillis
par la police,
le Directoire ayant été mis au courant du complot.
Après un long
procès, Babeuf sera condamné et
éxécuté en mai 1797, à
Vendôme.
La
révolte des canuts lyonnaisen 1831 et 1834
Les
conflits sur la question du travail ne datent pas du 19ème
siècle. Déjà au 18éme, ils
étaient
monnaie courante, concernant les salaires, l'emploi, les conditions de
travail ou la resistance aux entrepreneurs. Ils prenaient la forme
d'arrêts ou de refus de travail (45 jours de grève
des
ouvriers tondeurs à Sedan en 1750) de rassemblements, de
rixes
contre les forces de l'ordre et même parfois de
véritables
émeutes.
C'est précisément àLyon en
1744
qu'éclate
l'une des plus importantes "cabales" ouvrières du
siècle.
Elle concerne déjà la question des prix d'achat
("tarifs") que veulent imposer les employeurs-négociants aux
ouvriers de la soie (canuts) travaillant à domicile sur leur
métier à tisser. Les employeurs obtiennent, en
juin 1744,
le droit de fixer librement
ces tarifs qui auparavant
étaient
négociés entre les deux parties.
Aussitôt la
grève est décidée et des milliers
d'ouvriers
descendent dans la rue, bravant les interdits. Le 6 août, au
moins 10 000 personnes, tous métiers confondus, campent sur
les
places et les rues du centre-ville. Pour calmer le peuple, les
autorités locales
abrogent l'arrêté de
1744, mais
Versailles le rétablit quelques mois plus tard et fait
occuper
la ville par la troupe. Deux prétendus meneurs sont
pendus
et plusieurs sont envoyés aux galéres. Idem en
1786, lors
des évènements appelés "guerre
des 2 sous"
(l'augmentation de 2 sous revendiquée par les ouvriers est
refusée par les négociants). Le 8 août,
des
milliers d'ouvriers envahissent les quartiers du centre.
L'armée
intervient et trois ouvriers snt condamnés à mort
et
pendus.
Les
évènements qui ont lieu en novembre
1831
relèvent
du même scénario : les tisserands lyonnais de la
Croix
Rousse, frappés par la baisse des prix, demandent au
préfet du Rhône la tenue d'une commission de
patrons et
d'ouvriers pour obtenir l'établissement d'un tarif. La
commission se met d'accord sur un tarif, mais une majorité
de
négociants refuse de l'appliquer, ce qui provoque le
soulèvement des ouvriers. Le 21 novembre 1831, ils
arrêtent le travail, dressent des barricades et commencent
à marcher sur Lyon, drapeau noir en tête. Le 22
novembre,
ils occupent la caserne du Bon Pasteur et en prennent les armes.
Plusieurs corps de garde de l'armée ou de la Garde nationale
sont attaqués et incendiés. L'armée
est
impuissante, tandis que la Garde nationale, dont nombre de membres se
recrutent parmi les canuts, passe du côté des
émeutiers. Au terme d'une rude bataille qui cause plus d'une
centaine de morts, les émeutiers se rendent
maîtres de la
ville et occupent l'Hôtel de Ville. Un comité
insurrectionnel est formé sous l'impulsion de quelques
républicains, mais ne reçoit pas
l'adhésion des
canuts qui refusent de voir leur mouvement
récupéré à des fins
politiques. La reprise
en main est ordonnée le 28 novembre par le roi
Louis-Philippe. Le tarif est annulé, le
préfet
destitué, la Garde nationale dissoute, une importante
garnison
placée dans la ville. Le gouvernement décide la
construction d'un fort, pour séparer la Croix-Rousse de la
ville
de Lyon. 90 ouvriers sont arrêtés, dont 11 seront
poursuivis.
Mais
l'insurrection reprend de plus belle le 9 avril 1834, faisant
suite
à un procès intenté contre des
ouvriers
grévistes. L'armée occupe la ville et rapidement
des
fusillades éclatent avec la troupe, qui tire sur la foule
désarmée. Aussitôt, les rues se
couvrent de
barricades et la ville est à nouveau entre les mains des
insurgés. Adolphe Thiers, ministre de
l'Intérieur, va
alors appliquer une tactique qu'il rééditera en
1871 pour
écraser la Commune de Paris : se retirer de la ville,
l'abandonner aux insurgés, l'encercler, puis la reprendre.
Le 11
avril, le quartier de la Croix Rousse est bombardé. Le 12
avril,
la troupe attaque et prend le quartier insurgé de la
Guillotière, après avoir détruit de
nombreuses
maisons avec l'artillerie. Le 14 avril, l'armée reconquiert
progressivement la ville et attaque pour la troisième fois
le
quartier de la Croix-Rousse, massacrant de nombreux ouvriers. Le 15
avril marque la fin de la "Sanglante
semaine"
à Lyon, qui fit plus de 600 victimes. 10 000
insurgés
faits prisonniers seront jugés à Paris en avril
1835, et
seront condamnés à la déportation ou
à de
lourdes peines de prison. Cette terrible répression marque
le
début d'une méthode dure qui ne cessera
d'être
appliquée contre les insurrections, comme en juin 1848 et en
1871 contre les communards. Cela aura une répercussion sur
l'évolution du mouvement ouvrier français,
caractérisé par un lutte féroce entre
patronnat et
classe ouvrière, qualifiée de "dangereuse". C'est
ainsi
que dans le Journal des Débats, le 8 décembre
1831, Saint
Marc Girardin, conseiller d'État, écrivait ceci :
"Les
barbares qui menacent la société ne sont point au
Caucase
; ils sont dans les faubourgs de nos villes
manufacturières" Et
Casimir
Perier, président du conseil, déclara
à la Chambre des députés en
1831 :
"Il
faut que les
ouvriers sachent qu'il n'y a de remède pour eux que la
patience et la résignation." Sur le
drapeau noir (synonyme de deuil) on pouvait lire : "Vivre
en travaillant ou mourir en combattant"
Débuts
du mouvement ouvrier : le chartisme anglais
Feargus O'Connor (1794-1855)
En 1837, il
fonda le journal
radical Northern Star, qui allait devenir un des forums clé
pour
les débats tactiques et stratégiques des
chartistes.
Vendu de main à la main, lu à haute voix lors des
réunions, le journal était le fil à
plomb d'une
bonne partie du mouvement chartiste. Il fut un des chefs de file du
Chartisme. En 1845, alors que les signes avant coureurs du Chartisme se
manifestaient, il fonda la Chartist Land Company, organisation qui
avait pour but d'acquérir de grosses parcelles de terre afin
de
les diviser en petites parcelles destinées à
être
exploités par des fermiers indépendants en
échange
d'un loyer. 70 000 personnes ont apporté de
l'argent
à ce projet. O Connor croyait qu'avec ce dispositif, la
société pouvait être
transformée. Des
ouvriers dans des logements insalubres en ville retrouveraient une vie
plus saine à la campagne. Le départ de ces
ouvriers de la
ville réduirait le chômage. Le projet
devint
très
populaire, mais ce système ne s'avéra pas viable.
Les
ouvriers industriels faisaient souvent des fermiers peu
doués,
les chartistes ne pouvaient pas acheter de la terre de très
bonne qualité. Au final, seulement 250 familles furent
établies sur leurs fermes et l'organisation fit faillite en
1851. (Wikipédia)
Le Royaume Uni fut le premier à opérer
sa
"revolution industrielle", et c'est donc tout naturellement
dans
ce pays que les ouvriers, nombreux dans le
textile, les mines de charbon et la
métallurgie, cherchèrent
à
s'organiser pour
améliorer leur sort et accéder aux droits
politiques. Le
mouvement ouvrier qui se développa au cours des
années
1838-1848 tire son nom de la Charte
du
peuple,
document exposant six revendications majeures : suffrage universel pour
les hommes à partir de vingt et un ans ;
éligibilité de tous les citoyens ;
élection
annuelle du Parlement ; scrutin secret ; indemnité
parlementaire
; redistribution des circonscriptions. L'originalité de ce
mouvement tient au fait qu'il se limite à des revendications
d'ordre politique uniquement et se déroule dans un cadre
pacifique, principalement par la pétition . Il
faut dire que la diversité du
prolétariat est encore très grande, ne
permettant
pas une conscience de classe elevée et des revendications
plus
révolutionnaires. Et le socialisme n'en est encore
qu'à
ses balbutiements. Le 12
juillet 1839, une
pétition demandant l'application de la
Charte, forte de 1 280 000 signatures, est soumise au Parlement qui la
refuse. Les meneurs les plus radicaux (dont le journaliste
O'Connor) déclarent alors une grève
générale pour un mois (« le mois
sacré
») Mais le droit de grève n'est pas encore reconnu
en
Angleterre et beaucoup d'ouvriers ne suivent pas le mot d'ordre. Une
deuxième pétition sera
formulée en 1842, toujours sans succès. Mais,
cette fois,
des troubles éclateront par endroits, entre autres
dans le
pays de Galles,
permettant d'emprisonner plusieurs meneurs, dont O'Connor. Le mouvement
reprend de plus
belle avec la grande crise
économique de 1846-1848, surtout dans le Lancashire et les
comtés du Nord. Les réunions publiques
rassemblent des
foules énormes et
une pétition est signée par des millions de
personnes. Le
gouvernement redoute une menace révolutionnaire
suivant
l'exemple de la France. Le
10 avril 1848, O'Connor va porter à Westminster les
rouleaux de la pétition. Un examen attentif du document fera
apparaître bon nombre de signatures apocryphes sur les
quelque
six millions de noms inscrits au bas des rouleaux. Habilement
exploitée, cette fraude permet de faire sombrer dans le
ridicule
les prétentions du mouvement et celui-ci ne s'en
relèvera
pas. Certains chartistes, tel Ernest Jones, se tourneront alors vers le
socialisme révolutionnaire, mais le mouvement ouvrier
anglais
restera peu marqué par le marxisme, à la
différence de la France ou de l'Allemagne.
Juillet
1830, la
révolution confisquée
Le
mardi 27 juillet au soir, place de la Bourse. Lithographie de
Langlumé d'aprèsVictor Adam (Musée Carnavalet) La foule
amène devant un poste de
garde, le
cadavre d'un homme tué rue Saint-Honoré. Le poste où se sont réfugiés
des gendarmes et bombardé de pierres puis incendié. On y voit les
ouvriers en blouses cotoyer les bourgeois en beaux habits.
Le retour des rois en 1815 et la
contre-révolution
menée
par l'aristocratie et l'Eglise ne réussirent pas à briser l'idéal
démocratique et
républicain qui avait germé en 1789 et continuait de
couver
sous les cendres de la défaite
napoléonniènne.
Dès 1820, l'agitation populaire réapparut, sous
forme de
manifestations de rue en faveur des libertés. L'opposition
"libérale" se reconstitua à
travers des
société secrètes, telle la
Charbonnerie. En 1822,
des mouvements insurrectionnels se déclenchèrent
dans
plusieurs villes (La Rochelle, Belfort, Colmar) mais ils furent
réprimés, entraînant une plus forte
restriction des
libertés. Le mouvement reprit en 1827, à
l'occasion des
élections à la Chambre, qui avaient
donné une
majorité à l'opposition libérale. Des
barricades
furent dressées dans Paris, où l'on vit
apparaître celui qui deviendra l'une des grandes
figures
des émeutiers parisiens jusqu'à la fin du
siècle,
Auguste Blanqui. Mais c'est en 1830 que l'insurrection parisienne
tourna véritablement à la révolution.
Les
ordonances promulguées par Charles X (dissolution
de la
Chambre élue en 1827, limitation de la liberté de
la
presse et réduction du corps électoral) mirent le
feu aux
poudres. Paris se couvrit de barricades les 27, 28 et 29 juillet. Ce
furent les "Trois Glorieuses", immortalisées par le peintre Delacroix.
Le peuple parisien tout entier se retrouvait uni, comme en 1789, contre
les Bourbons et la noblesse qui avait retrouvé son arrogance. Sur les
barricades, on put voir, à côté du petit peuple, des banquiers, des
journalistes, des députés, des
avocats et des jeunes
étudiants comme Michelet qui deviendra le grand historien que l'on
connaît. Le 3 aôut, une armée de milliers de volontaires, menée par le
vieux Lafayette, arriva au palais de Rambouillet où s'était réfugié
Charles X. Celui-ci capitula sans condition pour s'enfuir en
Angleterre, mettant un terme au long règne de la dynastie des Bourbons.
Mais l'insurrection populaire, récupérée par la bourgeoisie, ne
put
accoucher d'une république, qui restait encore synonyme de désordre et
de violence. Les députés de la Chambre désignèrent à la majorité le duc
d'Orléans comme"roi des français", un roi présentable car fils du
jacobin régicide surnommé Philippe
Egalité,
et à sa réputation libérale. Une monarchie
parlementaire imparfaite voyait le jour, qui fut surtout au service de
la bougeoisie d'affaire, dans le cadre d'un
capitalisme triomphant et d'une misère sociale grandissante. Les
républicains, frustrés, s'organisèrent autour du Parti du Mouvement et dans des
sociétés secrètes comme celle des Amis
du peuple, la Société des
Droits
de l'homme, les Carbonari, ou encore derrière les Saint-Simoniens.Les émeutes
et
insurrections populaires, mêlant désormais
revendications
sociales et politiques, se multiplièrent à Paris
(1831, 1832,
1834) ainsi qu'en province. Le point d'orgue fut l'émeute de la rue
Transnonain en 1834, faisantsuite
à l’interdiction des associations.
L’émeute fut écrasée dans le sang, donnant
le pretexte à l'arrestation de 164 meneurs républicains
dont Ledru-Rollin, Blanqui, Raspail, Leroux, Barbès, Carnot (Un
véritable 'Comité central"!)
et la promulgation des lois de septembre 1835 interdisant toute
critique de la personne du roi, tout rassemblement public et imposant
la censure préalable à toute chose imprimée, sous peine de bagne.
Mais la situation, aggravée par la crise
économique de 1846-47, redevint explosive, au point qu'Alexis
de Tocqueville, alors
député, jugea nécessaire d'attirer l'attention de
ses collègues par son discours à la Chambre du 27 janvier
1848,
soit un mois avant le déclenchement de la révolution :«On
dit qu’il n’y a point de péril, parce
qu’il
n’y a pas d’émeute; on dit que, comme il
n’y a
pas de désordre matériel à la surface
de la
société, les révolutions sont
loin de nous. Messieurs, permettez-moi de vous dire que je crois que
vous vous trompez. Sans doute le désordre n’est
pas dans
les faits,mais il est entré bien profondément
dans les
esprits. Regardez ce qui se passe au sein de ces classes
ouvrières qui, aujourd’hui, je le reconnais, sont
tranquilles. Il est vrai qu’elles ne sont pas
tourmentées
par les passions politiques proprement dites, au même
degré où elles ont été
tourmentées
jadis ; mais ne voyez-vous pas que leurs passions, de politiques, sont
devenues sociales ? Ne voyez-vous pas qu’il se
répand peu
à peu dans leur sein des opinions, des idées, qui
ne vont
point seulement à renverser telles lois, tel
ministère,
tel gouvernement même, mais la société,
à
l’ébranler sur les bases sur lesquelles elle
repose
aujourd’hui ? N’écoutezvous pas ce qui
se dit tous
les jours dans leur sein ? N’entendez-vous pas
qu’on y
répète sans cesse que tout ce qui se trouve
au-dessus
d’elles est incapable et indigne de les gouverner ;
que la
division des biens faite jusqu’à
présent dans le
monde est injuste ; que la propriété repose sur
des
bases qui ne sont pas les bases équitables ? Et ne
croyez-vous
pas que, quand de telles opinions prennent racine, quand elles se
répandent d’une manière presque
générale, quand elles descendent
profondément dans
les masses, elles doivent amener tôt ou tard, je ne sais pas
quand, je ne sais comment, mais elles doivent amener tôt ou
tard
les révolutions les plus redoutables ? Telle est, Messieurs,
ma
conviction profonde : je crois que nous nous endormons
à
l’heure qu’il est sur un volcan, j’en
suis
profondément convaincu…»(Discours
prononcé à la Chambre des
députés dans la
discussion du projet d’adresse en réponse au
discours de
la couronne) Bibliothèque de la Pléiade,
Oeuvres, tome I, Gallimard, 1991.
Le
premier socialisme, dit "utopique"
On
doit à Karl Marx et Friedrich Engels cette dénomination
péjorative
d'"utopistes" pour désigner
les penseurs qui proposèrent,
dès le début
du XIXème siécle, des solutions à la "question
sociale", pour les
différencier du modéle socialiste prétendu
"scientifique" qu'ils
proposaient. Mais la pensée du jeune Karl Marx
n'était pourtant pas très éloignée de celle
de Proudhon, lorsqu'il écrivait par exemple : "La
classe laborieuse,
dans le cours de son développement,
substituera à l’ancienne société civile une association qui exclura les
classes et leur antagonisme, et il n’y aura plus de pouvoir politique
proprement dit, puisque le pouvoir politique est précisément le résumé
officiel de l’antagonisme dans la société civile." (Misère de
la philosophie, 1847)
La société communiste envisagée
par Marx est restée elle aussi une utopie, et
l'application léniniste de la "dictature du
prolétariat", une
funeste expérience totalitaire.
C'est Pierre Leroux qui revendiqua l'invention du terme de socialisme :"C'est
moi aussi qui le premier me
suis servi du mot de socialisme. C'était du néologisme alors, un
néologisme nécessaire. Je forgeai ce mot par opposition à
individualisme, qui commençait à avoir cours" (La grève de
Samarez,
Paris, Dentu, 1859,I,p.255) Terme
qu'il définira ainsi par la suite :"Nous
sommes socialistes si l’on veut entendre par socialisme la doctrine qui
ne sacrifiera aucun des termes de la formule liberté,
fraternité, égalité, unité, mais
qui les conciliera tous ». Ce premier socialisme fut
incroyablement foisonnant et prolifique, mais aussi très
hétérogène. Peu de rapports en effet entre les
rêves
communautaires de Fourier, Owen ou Cabet, l'Association universelle
souhaitée par les saint-simoniens, le fédéralisme proudhonien, le
socialisme
associatif de Leroux, sinon une répulsion partagée vis
à vis des
inégalités sociales et de la misère
ouvrière, un profond humanisme et un sens aigu
de la fraternité. «
Je sais ce que c'est que la misère.
J'y ai vécu. Tout ce que je sais, je le dois au désespoir. » écrivit Proudhon.
Le
principe d'association fut sans doute le dénominateur commun de
toutes
les doctrines du premier socialisme. Il partait de l'idée que la
fraternité et la solidarité
sont les valeurs essentielles de la société, sans lesquelles celle-ci
devient une jungle.L'association
fut déclinée sous toutes ses formes : politique, avec le Parti des travailleurs créé par les
saints-simoniens, coopérative dans les
"villages de la
coopération et de l’amitié" établis par Robert Owen, hédoniste et
libertaire dans les phalanstères fourieristes, communiste dans
l'Icarie d'Etienne
Cabet, fraternelle et autogestionnaire dans les fédérations et
mutualités proudhoniennes. Les socialistes utopiques furent
tous des formidables penseurs. Des "doux rêveurs",
ont plutôt dit leurs contempteurs, qui leur reprochaient leur
vision étriquée de la politique, leur religiosité et leur
naïveté. Il est vrai que leur confiance, très
rousseauiste, en une bonté naturelle de l'homme et leur pacifisme,
pouvaient apparaître comme de l'angélisme. Mais c'était avant l'assassinat de
Jaurès et la Grande guerre. Il
est vrai aussi que le destin des expériences communautaires fut
éphémère. Mais
si l'on considère leur influence à
long terme, elle fut considérable, puisque on la retrouve dans
le
mouvement anarchiste, libertaire, syndicaliste, associatif,
autogestionnaire, ainsi que dans le mouvement hippie et soxante-huitard
ou actuellement dans la mouvance écologiste ou altermondialiste. Quant
à la relation du
socialisme utopique avec l'idéal démocratique, il est
évident. Car quoi de
plus démocratique que le principe d'association ?
Pierre Leroux,
injustement
tombé dans l'oubli, est sans doute celui qui est allé le
plus loin dans l'analyse philosophique de la notion de solidarité. Dans son oeuvre maîtresse intitulé De l'humanité, de son principe et de son
avenir, il
considère la solidarité non pas comme un simple devoir
moral (tel que la
charité chrétienne ou la vertu républicaine) mais
comme la spécifité même de l'espèce humaine
(qu'il nomme humanité).
L'homme étant par nature un être social, il ne peut exercer tout seul
sa liberté, qui ne peut être complète que dans un rapport d'égalité
avec l'autre. Dans une situation de soumission, l'exploité n'est pas
libre, mais l'exploiteur non plus. "Et
en effet, si les hommes ne sont pas égaux, , comment voulez-vous les
proclamer tous libres ; et s'ils ne sont ni égaux ni libres, comment
voulez-vous qu'ils s'aiment d'un fraternel amour ? écrit-il dans son livre De l'Egalité.
Mais Leroux est aussi conscient, comme son contemporain
Tocqueville, des dangers de "la
passion de l'égalité"
pouvant conduire au despotisme et à la terreur comme en 1793, et il
rejette toute théorie prônant un égalitarisme niveleur. La fraternité,
expression de la solidarité, est donc selon lui, la seule capable de concilier individu, société et Etat. "
la fraternité est le lien
entre la liberté de chacun et la liberté de tous ou égalité". Pierre Leroux peut
être considéré comme le créateur du
socialisme républicain, fondé
sur l'idée que le socialisme n'est que la pleine
réalisation de l'idée républicaine issue de la
révolution française, idée que reprendra Jaurès avec sa "République sociale". Rejetant aussi
tout recours à la violence au nom de la fraternité,il
a confiance en la puissance de la loi et des institutions
démocratiques (à condition de les réformer) pour
réaliser le socialisme, sans recourir à la
révolution. Proudhon,
à la différence de Leroux, ne pense pas que le socialisme (terme qu'il
n'aime guère)
puisse se réaliser dans le cadre d'une
démocratie représentative, si bonne soit-elle, le pouvoir
politique étant par nature oppresseur. C'est ainsi qu'il réfute la
notion d'"Etat serviteur"
préconisée par Louis Blanc. Sa théorie
politique est résumée par sa formule : "Plus
de partis. Plus d'autorité. Liberté absolue de l'homme et du citoyen "
(Les confessions d'un révolutionnaire, 1849, III)En fait, la politique ne
l'intèresse guère,privilégiant
l'action sur le champ économique et social. Il pense
que la révolution suppose en
premier lieu une transformation radicale des rapports de production et
d'échange, la réforme politique en découlant
nécessairement. Mais il n'est pas pourtant partisan du
recours à la violence, s'avouant
"révolutionnaire mais non bousculeur" et même partisan d'un"réformisme révolutionnaire".
:Proudhon, auteur de la célèbre formule
"la
propriété, c'est le vol",ne
pronait cependant pas l'abolition de celle-ci, comme on le croit
souvent, mais sa répartition équitable. Sa conception de l'égalité
était pour lui le partage plutôt que la mise en commun, ce qui
l'éloignera des idélogies communistes ou communautaristes. Il conçoit
une société sans Etat,
régie par le mutuellisme signifiant :"partage
de la terre, division des propriétés; indépendance du travail,
séparation des industries, spécialité des fonctions, responsabilité
individuelle et collective, selon que le travail est individualisé ou
groupé; réduction au minimum des frais généraux, suppression du
parasitisme et de la misère." (De la
capacité politique des classes ouvrières, 1865, II, Chap 4)
Devenu un ennemi
farouche de la démocratie représentative après l'echec de la Seconde
République, (voir sa
violente diatribe dans le Chapitre 2 de La
Solution du probléme social)[Voir
l'analyse au chapitre 5]il
en appelle désormais à la "séparation"
du prolétariat de la démocratie
bourgeoise. Aux
élections législatives de 1863, il lance un appel
à l'abstention qu'il justifie, dans une brochure
intitulée Les Démocrates assermentés
et les Réfractaires comme un moyen de resistance à l'Empire."C'est
une représentation respectueuse par laquelle le pouvoir est
informé de l'impuissance morale où le peuple est mis de
voter, et mis en demeure d'y pourvoir." Un an plus tard,dans saLettre
aux ouvriers, il ira encore plus loin en prônant
l'abstention systématique de la classe ouvrière aux élections,
"seul moyen que nous avons d'affirmer notre droit et, comme parti
politique, de nous faire connaître." Dans la même logique, à l'occasion du Manifeste des soixante, il dénoncera la
présentation d'un candidat ouvrier aux élections législatives de
1864, position qu'il expliquera dans sa dernière oeuvre : De la capacité politique des classes ouvrières.
Cependant la pensée de
Proudhon, considéré comme le fondateur
de l'anarchisme, a évolué à la fin de sa vie. En
1862, il écrit : 'Si en
1840, j'ai débuté par l'anarchie, conséquence de
ma critique de l'idée gouvernementale, c'est que je devais finir
par la Fédération, base nécessaire du droit des
gens européens et plus tard de l'organisation de tous les Etats"
(Lettre à Millet citée par Anne-Sophie
Cambost, Proudhon, l'enfant terrible de la République, A Colin,
2009, p 243) prétendant que le "fédéralisme
est le seul système politique qui puisse se concilier avec la
vraie révolution et réaliser l'égalité
économique" (lettre à Dentu, ibid) Et c'est en
1863 qu'il publieDu
Principe fédératif et de la nécessité de reconstituer le Parti de la
Révolutionpour exposer sa théorie politique
définitive, mais qu'il n'aura pas le temps de développer suffisamment.
Le duc de Saint-Simon
(1760-1825) grand aristocrate un peu
illuminé mais plein de génie,
converti aux idées de la révolution française,
laissa derrière lui de nombreux disciples qui fondèrent l'école saint-simonienne. De leur
maître, compagnon d'Auguste Comte,
ils conservèrent la foi positiviste, pensant que le
progrès scientifique, technique et économique pouvait
être mis au service du bien-être de tous, grâce à
l'éducation et à l'organisation
sociale, seuls moyens d'améliorer le sort de"la classe
qui n'a point d'autres moyens d'existence que le travail de ses bras". La doctrine saint-simonienne fut exposée
par le polytechnicien Prosper Enfantin et Saint-Amand Bazard, qui
firent paraître en 1829 l'Exposition
de la Doctrine de Saint-Simon.
Ils
y reprennent l'idée générale d''Association
universelle imaginée par Saint-Simon, la définissant comme : "l'état
où toutes les forces humaines seront
harmonieusement combinées (...) Toute trace d'antagonisme doit
disparaître, et avec lui, toute oppression exercée par le faible sur le
fort (...) Ces termes peuvent être résumés dans la formule adoptée par
l'école de Saint-Simon : Amélioration constante, sous le
rapport
intellectuel, moral et physique, de la classe la plus nombreuse et la
plus pauvre." (p 21) Puis, ils dressent une véritable théorie
historique
de la lutte des classes, que Marx et Engels reprendront plus tard. "L'exploitation
n' a pas cessé. Elle se continue à un très haut
degré dans la relation des propriétaires et des
travailleurs, des maîtres et des salariés.(...) Le rapport
du maître avec le salarié est la dernière
transformation qu'a subi l'esclavage."(p. 23) Selon
eux, l'exploitation de l'homme par l'homme a pour cause "la
constitution actuelle de la propriété et sa
transmission par la naissance (qui) perpétuent le fait d'une
classification contraire à ces droits naturels, contraire aux
goût et aux aptitudes," et qui donc
"doivent être changées." (p.25) La solution qu'ils proposent est une véritable
collectivisation des moyens de production :: "l'Etat
et non plus la famille héritera des richesses accumulées
, en tant qu'elles forment ce que les écononomistes appellent
les fonds de production. (p. 26)Précisant bien que ce qu'ils réclament
n'est pas la "communauté des biens", ni le "partage
égal de la propriété", mais "
l'abolition des privilèges de la naissance et la destruction de
l'héritage. (p. 27) Ils demandent "
que tous les instruments du travail, les terres et les capitaux, qui
formrnt aujourd'hui le fonds morcelé des
propriétés particulières soit réunis en un
fonds social et que ce fonds soit exploité par association
et hiérarchiquement, de manière que la tache de chacun
soit l'expression de sa capacité, et sa richesse la mesure de
ces oeuvres." (p.27)
Journaux saint-simoniens
Pour assurer l'éducation des ouvriers, le saint-simonien Vinçard fonda
le "Parti socialiste des travailleurs" qui possédait son journal,
La ruche populaire, ouvrant
ses pages à tous ceux qui le désiraient : Le
but principal de la Ruche populaire est deindiquer les misères
cachées aux riches bienfaisants. Elle ouvre en outreaux ouvriers
une tribune où chacun d'entre eux peut faire entendre ses justes
réclamations exprimer ses voeux légitime, ses espèrances d'amélioration
(...)
A
NOS FRERES Nous
voulons dire au plus malheureux de nos frères, gémissant
sur la voie publique ou bien abandonne dans son grenier :
"Te voilà sans travail et tu en
demandes; tu es sans logement, sans vêtement et sans nourriture,
incertain du lendemain ou sans providence; aucune main amie ne vient
toucher la tienne, donc tu as à te plaindre. Eh ! Bien, si ta plainte est
digne, viens nous l'apporter; il ne t'en coûtera rien pour l'imprimer.
Et tu parleras à la société, n'étatn justifiable en ceci que de la
majorité de tes frères d'infortune."
Revue
féministe fondée en 1832 par les
saint-simoniennes
Désirée Véret, Marie-Reine Guindorf et Suzanne Voilquin
Beaucoup
de femmes s'engagèrent dans la lutte politique derrière
les saint-simoniens, affichant leur volonté
d'égalité entre les sexes et réclamant le droit
de vote femminin. C'est Eugénie Niboyet, femme de lettres et
fondatrice du journal La voix des
Femmes,
qui organisait les réunions politiques du mouvement et
gérait les caisses de secours aux ouvriers, dispensant aide
financière, soins de santé et enseignement. Citons aussi
Jeanne Déroin, directrice du journal L'opinion
des Femmes, qui dénonçait le mariage et réclamait le droit au
divorce. ainsi que les célèbres Vésuviennes
qui composèrent une Marseillaise des
cotillons en 1848 commençant par : "Tremblez tyrans
portant culotte".
Les femmes furent nombreuses à monter sur les barricades en
février 1848 ou à s'engager dans le combat politique,
comme la célèbre Georges Sand, ou encore Jenny
d'Héricourt, fondatrice de la Société
pour l'émancipation des femmes et auteur de La femme affranchie paru en 1860,
qui connaîtra un immense succès en Europe et aux Etats-Unis.
Rendons aussi hommage à Flora Tristan,
saint-simonienne qui deviendra une socialiste convaincue. Dans un
ouvrage de 1835 Nécessité de faire
un bon accueil aux
femmes étrangères, elle imagine les statuts d'une
association destinée à fournir accueil et logement aux
femmes seules. Elle deviendra l'amie de Charles Fourier et de Robert
Owen, militant pour le droit au divorce ou l'abolition de la peine de
mort. En 1843, elle publie son ouvrage le plus important, l'Union
ouvrière, et elle entame un tour de France pour en assurer la
promotion, voyage qui l'épuisera, puisqu'elle mourut à
Bordeaux en novembre 1844.
Cliquer
sur l'image pour l'agrandir
Robert Owen, Charles Fourier et Etienne Cabet peuvent être regroupés sous
l'appellation de communautaristes,
dans la mesure où ils proposaient, un peu comme Platon
avec sa République ou Thomas More et son Utopie, des
systèmes de cités ou communautés idéales
(New Harmony, phalanstère et familistère, Icarie)
Mais, à la différence de leurs ancêtres, leurs
projets furent mis en pratique avec malheureusement peu de
succès. A côté de l'organisation de
ces communautés, qui étaient censées se
généraliser pour fonder une nouvelle
société harmonieuse, chacun à sa façon
élabora une réflexion théorique sur les moyens de
changer la société et de mettre fin à
l'exploitation capitaliste.
Billet
créé par Robert Owen, équivalent à
une heure de travail
Au mois de septembre 1832, Robert
Owen ouvrait à Londres le
Marché national et équitable du travail (National and Equitable Labour
Exchange) Les billets
de travail y furent mis
en circulation dès l'ouverture du marché, en reposant sur un mode de
calcul qui n'était pas aussi simpliste qu'on a pu le croire. Owen non
seulement tenait compte de la valeur de la matière première contenue
dans chaque article, mais également du fait qu'a des types de travail
ou de qualification différents il fallait que correspondent des valeurs
différentes. L'on ajoutait ainsi la valeur en argent de la matière
première, calculée au prix coûtant du marché extérieur, la rémunération
offerte sur ce même marché pour les heures de travail passées à la
fabrication de l'article, un penny par shilling comme contribution au
fonctionnement de l'institution et l'on divisait le tout par six, six
pence représentant l'estimation du prix moyen d'une heure de travail,
là encore sur le marché extérieur. Le résultat était censé fournir le
nombre d'heures de travail contenues dans l'article, chaque objet
trouvant de la sorte un prix figurant sur le billet de travail remis à
son producteur et permettant l'acquisition d'autres produits, de valeur
équivalente, déposés par d'autres producteurs. Le marché national et
équitable du travail de Londres et ses billets de travail connurent un
succès initial considérable. Les produits affluèrent, provenant de
sociétés coopératives ou apportés par des artisans, des travailleurs à
domicile ou encore par des représentants de syndicats engagés dans la
production coopérative. La direction dut du reste fermer les locaux
durant plusieurs journées afin de procéder aux nécessaires opérations
d'évaluation et de stockage. L'enthousiasme était tel que certains
commerçants locaux acceptaient les billets de travail comme moyen de
paiement..... Lire la suite
sur:
http://www.silesfemmescomptaient.com/fr/bibliographie/silence_robertowen_5-6.htm
Couverture
d'un journal Illustré représentant Jean-Baptiste Godin, disciple
de Charles Fourier et créateur du Familistère de Guise
La pensée de Charles Fourier,
touffue, complexe, passionnée et passionnante, est souvent
réduite à l'utopie phalanstérienne qui n'en n'est
qu'un aspect. Voici comment le
voit Laurence Bouchet,
membre de l'Association
d'Etudes fourieristes, qui développe depuis de longues années
un site web admirable et on ne peut plus complet : http://www.charlesfourier.fr/
Dans la première moitié du XIXe siècle
Charles Fourier (1772-1837) critique la civilisation de son temps et,
s’inspirant des découvertes de Newton sur l’attraction, il imagine la
possibilité d’une société harmonieuse fondée sur l’épanouissement des
passions. Au cœur de sa pensée on trouve par exemple : le travail
« attrayant », l’éducation attentive à chacun, la liberté
sexuelle, l’émancipation des femmes. Ses écrits empreints à la fois de
philosophie, d’humour et d’imagination ont inspiré des écrivains et des
poètes ; ils ont aussi fait des émules, suscité des
« expériences sociales » c’est-à-dire des tentatives de
communautés ou phalanstères en France, aux Etats-Unis et ailleurs.
Aujourd’hui encore, l’utopie (?) de Charles Fourier peut éveiller
chacun de nous en lui donnant à rêver et à penser.
Etienne Cabet est l'exemple même de
cette génération des "hommes de 48",
romantiques, rêveurs, débordant d'imagination et d'illusions, qui
ont marqué cette époque si riche en créativité. C'est ainsi, en tout
cas, que le présente un temoin de l'époque Pierre Joigneaux* :
"Son
système, à lui, se rapprochait beaucoup de celui des jésuites du
Paraguay,
tel que l’avait décrit Châteaubriand avec une chaleur entraînante et
une
richesse de style propres à faire des prosélytes (...) Le fait est que Cabet inspirait
une grande confiance et avait réussi à grouper autour de lui quantité
de gens
de cœur, plus prompts à l’enthousiasme qu’au raisonnement et prêts à
tous les sacrifices. Après tout, leur confiance s’expliquait par la
parfaite
honorabilité de leur chef, dont les convictions étaient profondes et
incontestables.(...) Cabet et ses disciples,
que
l’on désignait sous le nom d’Icariens, applaudirent nécessairement à la
Révolution
de février 1848. Ils crurent que les temps étaient venus et que la
réalisation
de leurs projets allait se faire en France même. Cette illusion ne dura
guère (...) Voyant que la politique
républicaine,
au lieu de souffler dans ses voiles, ne le protégeait même pas contre
l’ennemi commun, il prit le parti de s’expatrier et d’aller planter sa
tente sous des cieux plus cléments. Il choisit un coin des États-Unis,
non
loin de Saint-Louis, et aussitôt qu’il fut possible de s’y installer,
un
premier convoi quitta la France et alla se fixer sur la terre promise.
Il y eut
un second convoi, un troisième, puis d’autres encore, qui portèrent le
nombre des émigrants à plusieurs centaines. Il s’y trouvait surtout des
artisans, de bons ouvriers, qui avaient vendu ce qu’ils possédaient en France, qui
emportaient tout avec eux et
allaient verser leur avoir dans la communauté.
(...) Cabet, qui avait été le
fondateur de la communauté, en fut un instant l’idole et se fit appeler
le
père. Il était difficile que l’idole fût longtemps vénérée ;
on
trouva bientôt que le père ressemblait trop à un maître, qu’il [page
220] était trop chez lui et que ses fidèles n’étaient pas
assez
chez eux. L’harmonie de la lune de miel devait se gâter au renouveau et
elle
se gâta.(...)
Avons-nous besoin de rappeler
que la désunion la plus violente se produisit chez les collectivistes
d’Icarie ; qu’il se forma deux partis, l’un fidèle à Cabet,
l’autre acharné contre lui ; que la comm Zunauté eut son coup
d’État
et que Cabet, vaincu par le nombre, dut quitter précipitamment
l’établissement
qu’il avait créé et qu’il mourut de chagrin en partant, non loin de là,
à Saint-Louis ? "( A lire sur : http://www.1851.fr/hommes/joigneaux/tome_1_21.htm )
Pour des
informations plus complètes sur l'Icarie, voir le site web de Rachel
Gibert :
https://sites.google.com/site/rachelgibert/utopies/voyage-en-icarie-cabet
Dans
le cadre de cet immense mouvement de pensée visant à
émanciper l'homme de l'exploitation capitaliste et le conduire
vers une société plus égalitaire et fraternelle,
il faut aussi citer le courant baptisé socialisme
chrétien ou catholicisme social.
Loin de la doctrine officielle de l'Eglise, il fut le fait de
personnalités diverse, des croyants sincères comme
l'historien Frédéric Ozanamfondateur de la Société Saint-Vincent de
Paul en 1832, oul'ex-saint-simonien Buchez, créateur en 1834 de l'Association des bijoutiers en doré,
l'une des premières coopératives françaises et du journal l'Atelier * où Buchez écrivait le 26
mars
1848 : "
Il faut que dans un prochain avenir disparaisse la
catégorie des maîtres et des ouvriers et qu'on ne voie partout
que des travailleurs associés. » Avec l'abbé
dominicain Lacordaire, ils
fondèrent en 1848 le journal L'Ere
nouvelle, plaidant pour une
prise en compte de la misère sociale. " Fille
du christianisme et de la raison, la démocratie moderne est le
dernier terme des progrès sociaux : elle peut être la
meilleure des sociétés..." put-on lire sous la
plume de Maret dans le n° 13. Citons aussi le très
célèbre prêtre Félicité de Lamennais,
l'un des les plus importants idéologues chrétiens,
élu député en 1848, co-fondateur avec son
frère de la Congrégation de Saint-Pierre, puis avec
Lacordaire et Montalembert, du journal L'Avenir où il se fait l'apôtre de
l'"humanitarisme" démocratique. lire
des extraits du journal
La révolution de
1848 et l'espoir déçu d'une démocratie sociale
Comme en juillet 1830, trois journées d'insurrection populaire, les 22,
23 et 24 fevrier 1848, suffirent à faire tomber le régime et chasser le
roi Louis-Philippe. La royauté était cette fois-ci enterrée pour de
bon. Comme pour les "Trois Glorieuses, c'est une étincelle qui met le
feu à la poudrière (une manifestation interdite, suivie d'une atrocité
commise par un garde municipal éventrant à la baïonnette un
manifestant) et la tactique des barricades hérissées dans le lacis des
ruelles parisiennes qui permet la prise en main rapide de Paris par le
peuple. Mais la ressemblance s'arrête là. Du côté du pouvoir, la force
publique était beaucoup plus considérable, répartie entre la garde
municipale, nationale, dragons, et une garnison de 60 000 militaires
aux portes de Paris. En face, une population plus nombreuse
(Paris dépassait le million d'habitants) mais beaucoup plus
misérable qu'en 1830 et donc aussi plus détérminée. Car la
crise économique qui sévissait alors avait entraîné des dégâts
économiques et sociaux considérables : misère paysanne, exode rural,
faillite des petites entreprises, baisse des salaires et chômage
massif, crise financière, etc. A Paris, le monde de la petite
bourgeoisie, artisans et boutiquiers qui faisait travailler la majorité
de la population avait été durement touché. C'est lui qui descendit
dans la rue le premier, rejoint par la garde nationale, issue du même
milieu, qui se mutina pour s'interposer entre le peuple et les soldats,
dont beaucoup finirent par fraterniser eux aussi avec les insurgés. Des
leaders politiques comme le très populaire Lamartine ou le socialiste
Louis Blanc, des journalistes tels Marrast, du journal La Réforme, ou Flocon du National, et de nombreux membres de
sociétés secrètes feront le reste.
Le 24 au soir, un gouvernement
provisoire fut présenté par
Lamartine à la Chambre des députés envahie par la foule. Restait le
passage plus difficile par l'Hôtel de ville, encerclé par les insurgés
en armes qui réclamaient la République tout de suite et des délégués du
peuple. Lamartine, par son courage et son habilité, réussit à trouver
un compromis : Louis Blanc, l'ouvrier Albert, Marrast et Flocon sont
nommés secrétaires du Gouvernement et la République est provisoirement
instaurée en attendant sa ratification par le peuple souverain. Le
suffrage universel (pour les hommes) fut
proclamé le jour même. Le lendemain 25 février, la liberté de
réunion,
d'association et le droit au travail furent reconnus par un décret
proclamant:"Le
gouvernement provisoire de la République française s'engage à
l'existence de l'ouvrier par le travail. Il s'engage à garantir du
travail à tous les citoyens. Il reconnait que les ouvriers doivent
s'associer entre eux pour jouir du bénéficé légitime de leur travail". La
peine de mort pour raisons politique sera abolie le 26 février, la
peine d'exposition publique le 12 avril et l'esclavage dans
les
colonies le 27 avril.
Sur
le détail des évènements, lire le témoignage irremplaçable de Maxime Du
Camp : Souvenirs de l'année 1848
Incendie du Château- d'Eau, place du
Palais royal, le 24 février 1848 (peinture d'Eugène
HAGNAUER)
Les
députés de la gauche démocrate et socialiste
élus à la chambre des députés en mai 1849
Lithographie anonyme parue dans le journal "La Montagne" (Paris,
BN) Zoomer
sur l'image pour l'agrandir et lire le nom des députés
Sous la vigilance du peuple mobilisé, un embryon de "republique
sociale" semblait voir le jour. Il faut dire que, depuis 1830, les
idées socialistes
avaient fait leur chemin. En 1840 avaient été pubiés simultanément L'Organisation du travail de Louis
Blanc, Mémoires sur la propriété
de Proudhon et l'Humanité de
Pierre Leroux. Trois théoriciens d'importance, aux idées
très
différentes, mais cherchant tous à améliorer le
sort des ouvriers,
lutter contre la pauvreté et l'inégalité sociale.
C'est cette triade d'éminents penseurs, à laquelle il
faut ajouter Victor Considérant, disciple de Fourier et
fondateur de L'école Sociétaire,
qui va se retrouver
à l'Assemblée constituante élue le 8 avril 1848,
puis à la chambre des députés dans le groupe de la Gauche démocrate et
socialiste ("démoc.soc")
en 1849, vite soutenue par Victor Hugo.
Un véritable laboratoire d'idées qui illuminera les
débuts de la Seconde République.
Louis Blanc
fut le premier à utiliser le terme de democratie
sociale.
Souvent considéré à tort comme partisan d'un socialisme étatisé, il
était au contraire très attacné au principe associatif, aussi bien au
niveau politique que économique. Mais, comme Leroux,
il faisait confiance au régime représentatif et à l'Etat pour
entreprendre les réformes pouvant conduire à un socialisme
autogestionnaire Il
s'installa dans le fauteuil en velours de la
présidence du Sénat au Palais du Luxembourg pour
présider la Commission pour les
travailleurs,
réunissant
des délégués des différents
corps de
métiers. La première mesure fut la création des Ateliers nationaux qui
ne seront qu'une pauvre caricature des Unités de production
autogérées dont Louis Blanc rêvait. ils se
limitèrent à de misérables chantiers de
terrassement destinés à donner du travail aux
chômeurs. En mars, plus de 20 000 chômeurs y seront
inscrits, pour
toucher leur 2 francs par jour.
Cependant le travail de la Commission du Luxembourg fut loin d'être
négligeable. Elle règla de nombreux conflits du travail et favorisa la
création de coopératives ouvrières et même un projet de participation
aux bénéfices pour les ouvriers des sociétés de chemin de fer, qui
devaient être nationalisées. Elu à
l'Assemblée Nationale en 1849, Louis Blanc plaidera
vainement
pour la création d'un ministère du travail et du progrès.
Mais, faute
d'être
entendu, il
démissionna et s'exila à Londres après les évènements de juin 1848.
Pierre
Leroux, délégué à la
commission d'élaboration de la constitution, proposa : "Que
les prolétaires soient spécialement représentés à la Chambre, que les
lois protectrices de la santé et du salaire y soient votées, que
des travaux publics soient entrepris par l'Etat, que les retraites
ouvrières soient instituées, enfin que l'instruction et l'éducation
soient données à tous." Victor Considérant, de
son côté, y plaida pour l'extension du droit de vote aux femmes. Il se prononcera, dans
Le socialisme
devant le vieux monde,
pour
le respect de la dignité de la femme et le droit au divorce.
Il faut préciser que le mouvement féministe fut très actif
pendant la période post-révolutionnaire de 1848. Les femmes furent
nombreuses à manifester pour exiger l'ouverture d'atelers nationaux
femminins, soutenues par des
journalistes commeEugénie Niboyet, créatrice du journal La voix des Femmes ou encore Désirée Gay, éditrice de La Politique des femmes. Elue
déléguée auprès du Gouvernement provrisoire, celle-ci réussit à se
faire nommer chef de la division de l'atelier de la cour des Fontaines.
Les femmes réclamèrent le droit de vote mais aussi celui d'être
élues. Jeanne Deroin,
fondatrice de l'Opinion des femmes,
se présenta aux élections législatives de 1849. Citons aussi Jenny d'Héricourt créatrice de la Société d'émancipation des femmes,
qui plaida pour la création de crèches et de restaurants
collectifs. Elle participa à la rédaction d'un Manifeste pour
l'organisation du travail des ouvriéres.
Quant à Proudhon, qui
était opposé à toute
démocratie représentative, sa présence à l'Assemblée ne
s'expliquait que par son désir de s'en servir de tribune pour exprimer
ses idées. Aussitôt élu, il proposa, dans son journal Le représentant
du Peuple,
de déposer une pétition à l'Assemblée
Nationale pour qu'elle décrète l'effacement d'un tiers de toutes les
dettes, loyers et fermages. Puis il réclama la création d'un impôt sur
le revenu et d'une Banque du Peuple pratiquant le crédit
gratuit. Sans se décourager devant l'hostilité suscitée par son projet,
il décida de créer lui-même sa banque du peuple le 31 janvier 1849, en
se proclamant gérant, mais celle-ci ne survivra que 3 mois ! Mais
c'est le 31 juillet 1848 que l'infatiguable franc-comtois réalisa son
coup de génie. Thiers l'ayant pris à partie et sommé de clarifier son
projet,
il profita de l'occasion pour exposer toute sa théorie politique dans un
discours mémorable de trois heures, au milieu des rires et des
quolibets, multipliant les provocations du genre : "Je
regrette, citoyens, que ce que je vous dis vous fasse tant rire, parce
que ce que je dis vous tuera. !
Cette intervention valut à Proudhon un blâme de
l'Assemblée, mais surtout une popularité telle qu'il fit la une des journaux.
N'oublions pas aussi le
rôle joué par Victor Hugo dans
sa croisade contre la pauvreté,
surtout littéraire (voir plus loin), mais aussi exprimée à la tribune
de l'Assemblée
Nationale (voir son discours du 9 juillet 1849)
Révolution
contre suffrage universel
Dès le
mois de mars, un vif débat divisa républicains
et socialistes au sujet de la fixation de la date des
futures élections pour l'Assemblée constituante. Les uns,
par hostilité au système représentatif,
comme Proudhon et Considérant, voulaient réaliser tout de
suite
la "révolution économique et sociale" ; d'autres,
redoutant (avec
raison) le verdict des urnes, voulaient se donner le temps de mettre en
place
des mesures favorables au petit peuple ("faire
le bien", disait Louis Blanc)
et de préparer la campagne électorale. Mais la majorité des membres du
Gouvernement Provisoire, dont Lamartine et Ledru-Rollin, voulaient des
élections immédiates pour s'assurer une légitimité populaire. Georges
Sand écrivit dans le
Bulletin de la République : "Les
élections, si elles ne font pas triompher la vérité sociale, si elles
sont l'expression des intérêts d'une caste, arrachée à la confiante
loyauté du peuple, les élections, qui devraient être le salut de la
République, seront sa perte, il n'en faut pas douter."
Pour faire pression sur
la gouvernement, une manifestation fut organisée le 17 mars. Ce
fut un
succès : plus de 200 000 manifestants défilèrent
pour demander le
report des élections de l'Assemblée constituante. Le
Gouvernement provisoire accepta de les repousser de 15 jours. Une
secnde manifestation populaire
eut lieu le 16 avril. Les ouvriers portaient des bannières sur
lesquelles étaient
écrites: "Organisation
du travail" ;
"Cessation de l’exploitation de l’homme par l’homme."
Mais cette
fois, ils se heurtèrent violemment à la
Garde nationale."A bas les
communistes!", avait-on entendu
crier.
Le 23
avril 1848 eut lieu l'élection de l'Assemblée constituante, première
élection au
suffrage universel en France. Ce fut un jour de liesse et on se
bouscula
pour aller voter (84 % de participation). Les
démocrates radicaux et les socialistes obtinrent 105
députés. Louis Blanc et Ledru-Rolin étaient
passés de
justesse, tandis que Blanqui et Raspail avaient été
battus. Le parti des
républicains modérés, représenté par
Lamartine, avait obtenu la majorité de
500 députés et la droite conservatrice et
monarchiste atteignait 250 députés. La France avait montré son
visage
politique : Oui à une
république de petits propriétaires ; Non
au socialisme. Mais il faut préciser qu'une mesure impopulaire
d'augmentation des impôts touchant les paysans avait passablement
influencé le vote ! Dés l'annonce des résultats, des
manifestations se produisirent dans plusieurs villes de France, dont
Rouen où la répression fit des dizaines de victimes. Une
nouvelle manifestation de soutien
à la Pologne,
le 15 mai, dégénèra. Un groupe, mené par
Huber et Blanqui [1], décida
d'aller envahir l'Assemblée
Constituante pour exiger sa dissolution. La troupe intervint et les
meneurs furent arrêtés, dont Blanqui, Raspail, ainsi que Barbès et Albert
(élus députés, ils s'étaient ralliés aux insurgés). L'écrasement
de l'émeute
ouvriére
en juin (voir plus bas) mit définitivement fin aux espoirs de
démocratie sociale.
On s'attendait à une une victoire
écrasante de Louis-Napoléon Bonaparte aux élections présidentielles du
10
décembre 1848, ce fut un raz de marée : 74 % des votants ! Tous les
paysans, mais ausi beaucoup d'ouvriers et de petites gens, avaient voté
en masse pour le neveu de l'Empereur, censé réincarner Napoleon qui
avait su ramener l'ordre, la prospérité et préserver la petite
propriété. Les contemporains furent incrédules, les républicains
abasourdis, Lamartine blessé à mort. Chacun y alla de son commentaire: "la
pire fin de la République" (Tocquville), "Le
coup d'Etat des paysans" (Karl Marx), "La
défaite du rationalisme démocratique par un nom." (Montalembert)
et les historiens en discutent encore.
C'est naturellement la droite conservatrice (le "parti de l'ordre") qui
triompha aux
élections législatives du 13 mai 1849, les
républicains modérés ayant été
décapités. Mais le fait surprenant fut la bon score des démoc.soc avec
180 députés et la totalité de la députation dans 14 départements. Il
s'agissait
principalement des régions du Nord-Ouest du Massif central, du
pourtour méditerranéen, ou des regions de montagne; pays de terres
pauvres, de très petites propriétés ou de viticulture, gravement
touchés par
la crise et plus
perméables aux idées socialistes.
L'affrontement entre Droite et Gauche atteignit
son point culminant lors de la décision prise par
Louis-Napoléon
Bonaparte, avec l'appui de la Droite, d'envoyer un corps
expéditionnaire à Rome pour rétablir le pape au
Vatican, évincé lors de la création d'une
république romaine le 9 février
1849. Victor Considérant et Ledru-Rollin
déposèrent le 7 mai 1849 une pétition visant
à mettre en accusation le Président et
ses ministres pour "violation de la constitution", s'appuyant sur le cinqième point du préambule.La pétition fut repoussée
par 347 voix contre 138. Les pétitionnaires décidèrent alors de lancer
un appel à une manifestation pacifique le 13 juin. Le droit à "se
rassemblerpaisiblement
et sans armes" avait été reconnu par la nouvelle
constitution (art.8) mais cela n'empêcha pas le
gouvernement d'envoyer la troupe
contre des députés de la République. Et plusieurs
locaux de journaux républicains ou socialistes furent mis
à sac.
L'état de
siège fut proclamé et 14 personnalités de l'opposition furent jugées
par la Haute Cour et condamnés à la déportation, dont Considérant,
Ledru-Rollin et
Arago. Mais ils
avaient déjà choisi l'exil. Les manifestations en province furent
également nombreuses et la répression féroce (150 tués ou blessés à
Lyon) Même des paysans armés de faux avaient été dispersés dans
l'Allier ! L'heure de la revanche contre la démocratie sociale et du
"retour
à l'ordre" était venue et la voie grande ouverte
à un nouveau despote, neveu de l'ancien !
[1]Auguste
Blanqui,
surnommé l'Insurgé, fut sans doute la figure la plus populaire des
combattants pour la république et la démocratie du XIXème siécle, le
plus adulé par le petit peuple de Paris et le plus détésté par les
bourgeois. "Un
homme (...) dont le souvenir m'a toujours rempli de dégoût et d'horreur
(...) Il semblait avoir vécu dans un égout et en sortir",
dira de lui Alexis de Tocqueville. Mais le grand baron feignait
d'ignorer que Blanqui avait déjà passé plusieurs années de sa vie en
prison, dont quatre au terrible pénitencier du Mont Saint-Michel, après
sa condamnation à mort,
commuée en prison à vie, en
1839, avec son camarade Barbès, période pendant laquelle son épouse
bien-aimée était morte sans qu'il ait pu la revoir. Il avait été aussi
blessé plusieurs fois dans des combats de rue. Car depuis 1827, il fut
de tous les combats, toutes les manifestations, toutes les
nsurrections, toutes les barricades. Activiste, plus que théoricien, il
avait gardé de son passage dans la Charbonnerie, le goût de la
conspiration. A partir du printemps 1848, il participera à toutes les
grandes "journées" des 17 mars, 16 avril, 15 mai. Condamné à nouveau à
10 années de prison pour sa participation à l'invasion de la Chambre
des députés, il n'en ressortira qu'en 1859, et y retournera aussiitôt,
pour avoir fait paraître une brochure clandestine. Sa réapparition en
1870 est fracassante : Le peuple, qui a envahit l'Hôtel de Ville àprès
la capitulation de l'Empereur contre l'armée prussienne, le nomme chef
du gouvernement provisoire. Il ne le sera que quelques heures ! Arrêté,
il sera condamné à mort par un conseil de guerre le 19 mars 1871 et ne
pourra participer à la Commune de Paris, dont il avait portant vocation
d'en devenir, sinon le chef, du moins le héros. Amnistié en 1879, il
fondera le journal Ni Dieu, Ni maître,
avant de mourir en 1881. Louise Michel prononcera son éoge
funèbre et Eugène Pottier écrira son
épitaphe :
"Contre une classe sans entrailles, luttant
pour le peuple sans pain, Il eut vivant quatre murailles,
mort quatre planches de sapin"
La tragédie
parisienne de juin 1848
Les
Morts de 1848. Dessin à l'aquarelle d'Hervier
Seulement
trois mois après la révolution de février 1848,
des barricades se dressent à nouveau dans Paris. Mais cette
fois-ci, les insurgés ne sont plus tout à fait les
mêmes et l'on n'y voit plus de bourgeois paradant dans leurs
beaux habits. Car les 4000 barricades sont toutes dans les
arrondissements de l'Est, le Paris populaire. Les visages sont
fermés et les cris de desespoir ont remplacés les slogans
de joie et de victoire. "Du
pain ou du plomb" scandent les milliers ouvriers défilant rue
Saint-Jacques."A
bas Lamartine !", entend crier Victor Hugo du haut de son
balcon, place des Vosges.
"La liberté ou la mort",
hurle la foule attroupée place de la Bastille, après
s'être agenouillée pendant le discours du jeune Pujol,
devenu le héros du jour. Car pas un leader politique connu n'est
avec eux. Pujol, âgé de 26 ans, ancien séminariste
qui s'est engagé dans l'armée d'Afrique, avait
mené la délégation des ouvriers devant
l'Assemblée Nationale, pôur protester contre le
décret du 21 juin annonçant la fermeture des Ateliers
nationaux. Et au député Marie qui lui avait
affirmé que le gouvernement n'hésiterait pas à
employer le force, il avait répondu :"C'est
bien. nous savons maintenant cc que nous voulions savoir (...) Que la
Commission éxécutive n'a jamais voulu sincérement
l'organisation de travail. Adieu, citoyen." C'est donc sans
illusions et sans espoir que tous les miséreux, les
chômeurs, dont beaucoup arrivés fraîchement de la
province, mais aussi tout le petit monde des ouvriers et des artisans,
charretiers, charbonniers, débardeurs, carriers, bronziers,
ébénistes, cabaretiers, chiffonniers, dockers, sont
derrière les barricades, armés grâce au renfort de
la garde nationale des quartiers-Est. Le gouvernement provisoire est
dépassé, abattu, sachant que la négociation est
devenue impossible et que la décision appartient à
l'Assemblée tenue par la droite. Lamartine se risque vers une
barricade, mais est reçu par des coups de fusil, Ledru-Rollin
est terré dans son bureau, Arago, essayant de haranguer la foule
place du Panthéon s'entend répondre :"Ah!
Monsieur Arago, rous n'avez jamais eu faim, vous ne savez pas ce
que c'est que la misère." Ils
sont presque soulagés quand l'Assemblée vote
l'état de siège et donne les pleins pouvoirs au
général Cavaignac. Au moins, ils ne seront pas
directement responsables du carnage!Seule, une voix se
fait entendre à l'Assemblée pour s'opposer à la répression, celle de
Victor Considérant. Il rédige le 23 juin, dans son journal La
démocratie pacifique, une proclamation demandant à L'Assemblée
d'agir
avec modération avec les émeutiers, puis le 24, il implore les députés
: "Dans
ce moment terrible, une parole de l'Assemblée nationale pourrait plus,
pour comprimer ou dissiper l'émeute, que la force armée elle-même", mais on lui répond que ce serait
pactiser avec l'émeute. Il écrivit le lendemain dans son journal: "La
République n'a t-elle que du plomb et du fer pour répondre aux
cris de ceux qui ont faim et meurent martyrs de la misère ?" Dans son ouvrage Le socialisme devant le vieux monde,
Il analysera les évenements de juin en écrivant :
Si l'on ne veut pas compter avec la force vive des intêrets du
prolétariat et du Travail, avec la marée des droits nouveaux (...) l'on
marchera à grands pas à la guerre sociale universelle.."
Le bilan de la répression des journées du 23 au 26 juin fut terrible :
près
de 3000 tués chez les insurgés, 1500 fusillés sans jugement,
4000 déportés en
Algérie. et 1600
tués ou blessés dans les forces de l'ordre. Les
conséquences politiques seront aussi considérables. Non
seulement l'idée de république sociale était
enterré, mais le principe même de la république,
souvent qualifiée de gueuse,
était remis en cause.
Louis-Napoléon Bonaparte fut élu triomphalement aux
élections présidentielles de décembre et les
royalistes firent un retour en force aux élections
législatives de 1849. L'ancien roi Louis-Philippe, depuis son
exil, avait déclaré cyniquement : "
La république a bien de la chance, elle peut tirer sur le peuple."
Sources : La seconde
République, Inès Murat, Fayard, 1987, chap VIII et
Victor Considérant : démocrate fouriériste,
Michel Vernus, Virgile, 2009
1848, "le printemps
des
peuples" en Europe
La révolution française de 1789
avait déjà ébranlé toute l'Europe, surtout du
fait de la politique extérieure des dirigeants Jacobins et
Girondins, poursuivie et amplifiée parr Napoléon.
Tous
croyaient ou faisaient croire (argument toujours utilisé de
nos
jours) que les
idées révolutionnaires et la
démocratie pouvaient
s'exporter par la
guerre et l'occupation, politique bien
résumée
par cette formule de Saint-Just, au moment du vote de la
déclaration de guerre à l'Autriche : "
le peuple
français vote la liberté du monde".
Notons que Robespierre fut l'un des seuls à s'opposer
à
la déclaration de guerre en 1792. Il dit dans un
discours :"La plus extravagante idée qui puisse
naître dans
la tête d'un
politique est de croire qu'il suffise à un peuple d'entrer,
la main
armée, chez un peuple étranger pour lui faire
adopter ses lois et sa
Constitution." Après la défaite
napoléonienne, les
pays
vassaux
ou rattachés au Grand Empire (Belgique, Italie, Croatie,
Pologne, etc.) se révoltèrent pour ne pas
retomber sous
la tyrannie. Si la Belgique, à la suite d'une insurrection
populaire, put rapidement obtenir son indépendance en 1830, il n'en fut pas de même pour la Pologne où la révolution fut écrasée
dans le sang par l'armée russe. Les pays vivant sous la domination
turque se
révoltèrent également pour obtenir
leur
indépendance, telles la Serbie entre 1804 et 1817
et la
Grèce qui mena un combat héroïque contre
les turcs
entre 1821 et 1830.La volonté
d'émancipation se propagea jusqu'en
Amérique Latine qui se libéra du joug espagnol
entre 1810 et 1825, entraînée
par Simon
Bolivar,
grand admirateur
de Napoléon. Mais
c'est surtout la révolution parisienne de février
1848 qui donna le feu vert à
un large
mouvement révolutionnaire en Europe. Il faut dire que la
grave
crise économique de 1847-48 avait
préparé le
terrain en amenant chômage et misère. Des
émeutes
éclatèrent à Vienne et à
Berlin pour exiger des
constitutions, puis le mouvement se propagea dans tous les pays de
l'Empire Austro-Hongrois pour réclamer plus d'autonomie ou
l'indépendance. L'Italie s'embrase et la république est proclamée à
Venise, Florence et Rome où
des constituitons, souvent très démocratiques, sont instaurées, telle celle de la République romaine. Le long processusdu Resorgimento
était amorcé, qui
mènera à l'unité et
l'indépendance italienne en
1861.
Timbre
imprimé à l'occasion du centenaire de la proclamation de
la République
romaine en
1849
Garibaldi, héros de l'indépendance
italienne
Timbre
imprimé à l'occasion du centenaire la proclamation de la République de
Venise en mars 1848
Bakounine,
connu
comme l'un des fondateurs de l'anarchisme ou socialisme libertaire,
fut de tous les combats du printemps des peuples. Arrivé à Paris
pendant la révolution de 1848, il en partit en avril pour
rejoindre ses frères slaves
insurgés, s'arrêtant en route à Francfort, Cologne, Berlin, Leipzig
pour donner un coup de main aux insurgés. Mais c'est surtout à
Prague, puis à Dresde en 1849, où il se fit arrêter, qu'il entra
dans la légende, admiré pour son énergie, sa bravoure et
sa stature de Titan. Condamné à mort en 1850, il connut la prison
en Allemagne puis en Sibérie, d'où il réussit à s'échapper. On le
retrouve à Londres en 1861, puis en Italie, où il collabore avec les
acteurs du risorgimento. En
1868, Bakounine fonde l'Alliance internationale de la démocratie
socialiste. Considérant, avec Proudhon, la
démocratie représentative comme une supercherie, il déclara en 1870: Il
faut abolir complètement, dans le principe et dans les faits, tout ce
qui s'appelle pouvoir politique ; parce que tant que le pouvoir
politique existera, il y aura des dominateurs et des dominés, des
maîtres et des esclaves, des exploiteurs et des exploités. Le pouvoir
politique une fois aboli, il faut le remplacer par l'organisation des
forces productives et des services économiques. » (Michel Bakounine, Les ours de
Berne et l'ours de Saint-Pétersbourg, 1870.)
Nicolae
Balcescu
est
un écrivain, historien, et révolutionnaire
roumain. Présent à Paris, comme Bakounine, lors de la révolution de
1848, il retournera à
Bucarest en juin pour mener la révolution et fut
pendant deux jours le ministre des affaires
étrangères dans le gouvernement provisoire. Il écrivit :"La
révolution de 1821 a crié pour la liberté
et a voulu que toute romain soit libre et égal, que
l'Etat soit Roumain. Elle a
été une révolution
démocratique. La révolution
de 1848 a voulu que le Roumain soit non seulement libre mais
aussi propriétaire. Pour cela on ajouta à sa
devise le mot de fraternité, cette condition principale
du progrès social.»"
Garibaldiest le type du héros romantique par excellence, à la fois
aventurier et
révolutionnaire. En 1833, il rejoint la société secrète fondée par
Mazzini, Jeune Italie, dont le
but est de libérer l'Italie de la présence étrangère. Condamné à mort
pour conspiration , il vivra en exil en France, puis au Brésil et en
Uruguay où il s'enrôlera dans l'armée et participera à la guerre contre
l'Argentine, forgeant sa réputation de chef de
guerre et son surnom de héros des
deux mondes. De retour en Italie en
1848, il partira combattre les Autrichiens au côté du roi
Charles-Albert de Piemont, puis participera avec Mazzini à la fondation de la
République romaine qu'il défendra contre l'intervention
française. Il réapparait en Italie en 1854, pour devenir ce héros
mythique de la guerre d'indépendance italienne, avec son épopée des Mille
et ses chemises rouges.
Sa popularité fut alors immense, comme le prouve l'accueil
triomphale qu'il reçut au Congrés pour la paix de
Genève en 1867, où il partagea la vedette avec Bakounine. Les deux baroudeurs de la
révolution étaient réunis pour parler de la paix ! " Cette
rencontre solennelle des deux vieux combattants de la révolution
produisit une impression étonnante. Tout le monde se leva et il y eut
des applaudissements prolongés et enthousiastes", raconte un participant.
Alexis
de Toqueville, analyste de la démocratie américaine
Issu d'une grande famille
aristocratique parisienne, Alexis
De
Tocqueville , fervent lecteur des philosophes du 18ème,
embrassa
l'idéal des Lumières pour la liberté
et
l'égalité. Mais l'arrestation de ses parents
pendant la
Terreur et l'exécution de son
grand-père
Malesherbes restèrent un traumatisme qui
l'amènera
à condamner la violence révolutionnaire, tout en
acceptant son bilan. Devenu juge, il est envoyé
aux États-Unis en 1831 pour y étudier le
système pénitentiaire. Fasciné par le
système politiqueaméricain, Alexis de Tocqueville se lance dans la
rédaction d'un livre d'analyse et de réflexion politique intitulé De la démocratie en Amérique (le premier tome est publié en 1835, le second en 1840). élu
député en 1839, il soutiendra activement
la
révolution de
1848, participant à la rédaction de la nouvelle
Constitution, puis devenant ministre des Affaires
étrangères
en 1849. Le
coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte
en
décembre 1851 met un terme à sa
carrière
politique. Tocqueville reprend alors ses voyages et se lance dans un
travail d'historien avec son livreL’Ancien
Régime et la Révolution, qui
reste encore un ouvrage de référence [1]
Souvent
étiqueté comme représentant de la pensée
libérale, Tocqueville, qui ne
fut pourtant pas tendre envers les socialistes quarante-huitards, ne le
fut pas plus vis à vis des libéraux doctrinaires comme
Guizot. La
liberté, chère à ses yeux, est pour lui
inséparable de l'égalité (il avait d'ailleurs
voulu intituler le Tome II de De la démocratie en
Amérique : L’influence
de
l’égalité sur les idées et les sentiments des hommes)
Pour Tocqueville, la marche de l'humanité vers la démocratie est
irrésistible,"le
fait le plus continu, le plus ancien et le plus permanent que l'on
connaisse dans l'histoire." (D.A., I, 1) Car "Le
développement graduel de l'égalité des conditions
est un fait providentiel, il en a les principaux caractères: il
est universel, il est durable, il échappe chaque jour à
la puissance humaine; tous les évènements, comme tous les
hommes , servent à son développement." (D.A.,
I, 4) Tel est le sens de l'histoire selon
Tocqueville (concept de nécessite
historique utilisé aussi par Hegel et Marx)
Mais de quelle égalité s'agit-il lorsque Tocqueville parle d'égalité de condition ? Il nous en
dit plus dans le tome II : "
tous les hommes ayant à peu près la même
façon de penser et de sentir, chacun d'eux peut juger à
un moment des sensations de tous ls autres (D.A., II, p. 171).
Cette égalité dans la ressemblance visible dans la
société américaine, Tocqueville l'oppose à
la société de castes et de conflits propre
à la société européenne : "Lorsque
les citoyens sont divisés en castes et et en classes, non
seulement ils différent les uns des autres, mais ils n'ont ni le
goût ni le désir de se ressembler... Alors que "Quant
un peuple a un état social démocratique (...) les
hommes se ressemblent, et ils souffrent en plus de ne pas se
ressembler... et ceux mêmes naturellement qui ne se ressemblent
pas ne demandent qu'à devenir semblables et se copient." (Ibid, p. 288)L'égalité de condition
n'est donc pas l'égalité économique, ni
même l'égalité juridique (qui même reconnue,
n'est jamais effective) mais l'égalité qui se noue entre des
individus libres et autonomes, différents par nature, mais
semblables et identiques par culture, du fait de leur appartenance
à une même société et une même nation. [2]
Une notion de l'égalité, donc, imaginaire et
abstraite, culturelle et sociologique,assez éloignéede l'égalité "de naissance et en droit" affirmée
par l'article I de la Déclaration de 1789.
On a reproché à Tocquevile sa vision trop
idéalisée de la société politique
américaine, par exemple lorsqu'il dit : "Le
peuple règne sur sur le monde américain comme Dieu sur l'univers. Il
est la cause et la fin de toutes choses; tout en sort et tout s'y
absorbe."
(D.A. , I, 56)
Il se leurre sans aucun doute sur la souveraineté effective qu'y exerce
le peuple, mais, de plus, il voit dans le régime politique
des USA la "seule
forme de gouvernement que puisse se donner la démocratie (D.A.,
I, Chap. II)
voyant dans le modèle américain une société apaisée et consensuelle, à
l'abri des révolutions violentes ou des tyrannies. Il reviendra
encore sur cette conviction, dans son Avertissement de la deuxième
édition de 1848, en affirmant : "Le
peuple américain a été non seulement le plus prospère, mais le plus
stable de tous les peuples de la Terre." Il ignorait évidemment
que, peu de temps après, les USA allaient se lancer dans une guerre
civile meurtrière.
Mais Tocqueville sait rester
clairvoyant en dénonçant tous les risques de dérive qui menacent la démocratie. Il les nomme "tyrannie
de la
majorité", "passion de l'égalité", "État tutélaire" ou encore
"immobilisme" et "recherche excessive du bien-être", risques qu'avaient
déjà dénoncés
Platon et Aristote et que nous connaissons trop bien aujourd'hui, avec ce qu'on appelle
individualisme,
dérive oligarchique
ou ploutocratique,
populisme, totalitarisme, fascisme ou intégrisme. Parmi les moyens
d'écarter ces risques, Tocqueville préconise une large autonomie des
pouvoirs locaux, telle que le permet le système
fédéral américain, mais aussi le renforcement de l'égalité et de la
vertu citoyenne : "
Il
faut donc que les législateurs des
démocraties et tous les hommes honnêtes et éclairés qui y vivent
s'appliquent sans relâche à y soulever les âmes et à les tenir dressées
vers le ciel" (D.A. II, p 150)
Alexis de Tocqueville termine son ouvrage en concluant
: "Ne
faudrait-il pas alors considérer le développement
graduel des institutions et des mœurs
démocratiques, non
comme le meilleur, mais comme le seul moyen qui nous reste
d'être
libres; et même sans aimer le gouvernement de la
démocratie, ne serait-on pas disposé à
l'adopter
comme le remède le mieux applicable et le plus
honnête
qu'on puisse opposer aux maux présents de la
société ? "(ibidem, chap 9) Et nous ne pouvons qu'adhérer à sa
conception idéale de la démocratie qu'il exprime ainsi "Nul
ne différant alors de ses semblables, personne ne pourra
exercer
un pouvoir tyrannique; les hommes seront parfaitement libres, parce
qu'ils seront tous entièrement égaux; et ils
seront tous
parfaitement égaux parce qu'ils seront
entièrement
libres. C'est vers cet idéal que tendent les peuples
démocratiques. Voilà la forme la plus
complète que
puisse prendre l'égalité sur terre..."(D.
.A. , Tome II, 2ème partie, chap. 1)
1- Voir par exemple l'analyse de
François Furet dans son ouvrage Penser
la révolution, Folio Histoire, 1985, p 209
à 256
2 - Voir l'interprétation qu'en donne Marcel Gauchet dans Tocqueville, l'Amérique et nous, La
condition politique, Gallimard, 2005, VII, p. 347 et ss
Les débats sur la démocratie directe au
XIXème siècle
Après
l'enterrement de la Seconde République par Napoléon III,
les républicains , la plupart en exil, vont tenter de tirer les
leçons de leurs erreurs et imaginer une nouvelle forme de
démocratie moins vulnérable et ne reposant plus
essentiellement sur la seule représentation. Ils la nommeront
"gouvernement direct"
Le premier à utiliser la formule fut le socialiste allemand Moritz
Rittinghausen qui publie en décembre
1850 : La législation
directe par le Peuple ou la véritable
démocratie. Il
lance une crtitique radicale de la démocratie
représentative, qualifiant les Assemblées
législatives d'"incarnation de l'incapacité",
puis expose son idée de législation
directe qui revient
à faire délibérer et voter les lois par des sections de 1000
habitants, les votes
pour et contre étant ensuite comptabilisés au niveau national
pour décréter la loi. L'idée n'est pas nouvelle puisqu'elle reprend, grosso-modo, le
principe des
Assemblées primaires souhaitées par Condorcet et
reconnues par la constitution de 1793. Pour réfuter les objections
prévisibles, telle que le manque
d'éducation du peuple pour voter les lois, il
répond : "pour
faire des lois justes et sages, il faut surtout
du bons sens, ce bons sens social que vicie souvent une
éducation pleine de préjugés mercantiles..."
Victor Considérant écrivit la
même année une brochure intitulée «La Solution, ou le
gouvernement direct du peuple universel
». Il met en exergue la citation bien connue de J.J
Rousseau sur la souveraineté inaliénable, mais aussi une
citation de Fourier, som maître : "Si
vous voulez soustraire le grand nombre à l'oppression du petit
nombre,cherchez l'art de corporer le grand nombre et de lui donner une
puissance active qui ne soit jamais déléguée". Il
mène une attaque impitoyable contre le principe de la représentation, affirmant par
exemple, que l'élection d'une Assemblée constituante en 1848 avait
volé au peuple sa souverainété. Mais il s'en prend
aussi à ses ex-collègues démocrates socialistes de
l'Assemblée, prétendant que , même
dans l'hypothèse où ils auraient été
majoritaires, ils se seraient déchirés dans leurs
divisions sans
pouvoir régler quoique ce soit. "Les
hommes d'un sentiment démocratique très chaud,
trés dévoué, qui voudrait se substituer au peuple
pour le sauver, pour faire ses affaires au lieu de le laisser faire ses
affaires, et se sauver lui-même, violeraient de facto leurs
principes" (p. 36) Et plus loin
: "Les chefs démocrates ne
s'aperçoivent pas qu'ils deviennent eux-mêmes, par la
délégation, des aristocrates et des monarques."..(p. 41) Mais,
refusant toute idée de Constitution, il reste
volontairement vague au sujet de la mise en oeuvre de la
souveraineté directe du peuple, prétendant
qu'il faut faire confiance en l'esprit d'initiative et de
responsabilité du peuple
libre et souverain, capable de légiferer dans son intérêt et de
s'autocontrôler."Le
peuple dans ses sections fait directement la loi et décide
directement de tous les actes du gouvernement" (p 51) L'organisation
politique qu'il conçoit n'est finalement pas très éloignée de celle deRittinghausen, fondée sur la décentralisation de l'Assemblée Souveraine du Peuple tout entier
dans des "sections" (assemblées communales ou cantonnales), seules
habilitées à déliberer, voter des lois et les faire
appliquer (les textes de lois pouvant être
éventuellement préparés par des commissions nationales). Quant à la "question sociale", la
souveraineté politique du peuple, qui résoud la question
politique, met en même temps le problème social en bonne
voie de solution prochaine" (p 43) Revenu en France en
1870, après 20
années d'exil et d'expériences communautaires avortées aux Etats-Unis,
il saluera la Commune de Paris comme une expérience de démocratie authentique. Ledru-Rollin
en exil à
Londres publie de son côté, en février 1851, Du Gouvernement directdu peuple.
En parfait disciple du Jacobinisme révolutionnaire, il rappelle
l'inaliénabilité de la souveraineté du peuple
et prend comme base de son projet la constitution de 1793,
légèrement retouchée : En
résumé, la forme de gouvernement que nous proposons est celle-ci :
Le Peuple exerçant sa souveraineté, sans entraves, dans
les assemblées électorales, tellcs que la police en a
été règlée par ta Constitution de 1793
Ayant, dans les termes de cette même Constitution, l'initiative de
toute loi qu'il juge uti!e ;
Votant expressément les lois,
c'est-à-dire, adoptant ou rejetant, par oui ou par non, les lois
discutées et préparées par son assemblée
de délégués.
Une assemblée de délégués ou commissaires,
nommés annuellement, préparant les lois, et pourvoyant,
par des décrets, aux choses secondaires et de grande
administration.
Un président du pouvoir exécutif,
chargé de pourvoir a l'application de la loi et des décrets, de choisir
les agents
ministériets, président élu et révocable
par la majorité de l'Assemblée. (p 12) Ledru-Rollin récuse, par contre, l'élection du
président au suffrage universel et revendique la
révocabilité constante du pouvoir exécutif par
l'assemblée des délégués.
Citons
aussi les importants
débats qui ont traversé la Communede
Paris de 1871, qui fut
l'occasion d'une expérience
politique innovante de démocratiedirecte,
inspirée des
idées proudhoniennes, mais aussi des débats des
années 1860. Consulter à ce sujer
l'article de Rougerie :La Commune et la démocratiehttp://www.commune-rougerie.fr/la-commune-est-la-democrat,fr,8,77.cfm
Victor
Hugo, ami et aimé du peuple
Funérailles
nationales
de Victor Hugo le 1er juin 1895
devant une foule
immense. Même
les
prostituées de Belleville étaient descendues en
groupe pour rendre un dernier
hommage à celui qui avait écrit un
poème en leur honneur.
Dans son testament, il avait écrit : "Je
donne 50 000 francs aux pauvres. Je désire être porté au cimetiere dans
leur corbillard. Je refuse l'oraison de toutes les églises...3
Notre
grand écrivain national a
sa place dans une histoire du combat pour la démocratie
puisqu'il consacra sa
vie à dépeindre et défendre le petit
peuple des pauvres et des misérables, en
l'honneur desquels il écrivit la plus connue de ses
œuvres. Si son engagement
politique pour la République fut tardif, il fut toujours un
démocrate sincère,
un défenseur acharné de la liberté et
des droits de l'homme, un pacifiste
convaincu et un adversaire farouche de l'oppression, comme le
témoignent ces
vers écrits en 1830 (il n'avait alors que 28 ans) dans Les
feuilles
d'automne:
Je hais
l'oppression d'une haine
profonde.
Aussi,
lorsque
j'entends, dans
quelque coin du monde, Sous
un ciel
inclément, sous un roi
meurtrier, Un
peuple
qu'on égorge appeler et
crier… Alors,
oh! Je
maudis, dans leur
cour, dans leur antre, Ces
rois dont
les chevaux ont du
sang jusqu'au ventre.
Dans
ce poème de 1833 intitulé Le
bal de l'Hôtel de Ville, il s'en prend à l'arrogance des
riches, contrastant avec la misère qui pousse les femmes
à la prostitution :
Vous
vivez,
vous brillez, vous ne
voyez pas même,
Tant vos yeux
éblouis de rayons
sont noyés,
Ce qu'au
–dessous de vous dans
l'ombre on foule aux pieds. Vous allez
à ce bal, et vous ne
songez pas
Que parmi ces
passants amassés sur
vos pas,
En foule
émerveillée des chars et
des livrées;
D'autres
femmes sont là, non moins
que vous parées,
Qu'on farde et
qu'on expose à
vendre au carrefour; Spectres
où saigne encor la place
de l'amour
Dans
un autre poème écrit en 1835, il dénonce la
misère des femmes et des enfants, sacrifiés
au nom de la
révolution industrielle :
Oh !
N'insultez jamais une femme
qui tombe ! Qui
sait sous
quel fardeau la
pauvre âme succombe ! Qui
sait
combien de jours sa faim a
combattu !
Quand le vent du malheur ébranlait leur vertu (...) La
faute en
est à nous ; a toi,
riche ! En ton or !
Ou encore
celui-là,
écrit en 1856, intitulé
Mélancholia, qui prendra place dans Les Contemplations :
Où
vont tous ces enfants dont pas
un seul ne rit ? Ces
doux
être pensifs que la fièvre
maigrit ? Ces
filles de
huit ans qu'on voit
chemeiner seules ?
Ils
s'en vont
travailler quinze
heures sous des meules ; Ils
vont, de
l'aube au soir, faire
éternellement Dans
la
même prison, le même
mouvement (…) Travail
mauvais qui prend
l'âge tendre en sa serre (…) Ô
Dieu ! qu'il soit maudit au nom
du travail même, Au
nom du vrai
travail, saint,
fécond, généreux, Qui
fait le
peuple libre et qui
rend l'homme heureux !
Enthousiasmé par
la
révolution de février 1848, il s'engage
en politique et, élu député, il va
défendre la cause du peuple et des libertés
fondamentales, réclamant par exemple l'abolition de la peine
de mort, "signe
spécial et éternel de la barbarie", la liberté de la presse,
"'arme
de cette civilisation que nous défendons ensemble"
et aussi
l'instruction gratuite,
obligatoire et laïque, déclarant
à la Chambre des députés :"Partout
où
il y a un champ, partout où il y a un esprit, qu'il y ait un
livre !" Il s'opposa
à la remise en cause du suffrage universel
proposée par
Thiers, auquel il répliqua à l'Assemblée :
"
Hommes qui nous gouvernez,
savez-vous ce qui tue votre loi ? C'est qu'au moment où elle
vient furtivement
dérober le bulletin, voler la souveraineté dans
la poche du faible et du
pauvre, elle rencontre le regard sévère et
terrible de la probité
nationale."Ilplaida
également en faveur de l'égalité juridique et politique des femmes, en
affirmant: "Je
ne me lasserai pas de le redire, le problème est posé, il faut le
résoudre ; qui porte sa part du fardeau doit avoir sa part du droit ;
une moitié
de l’espèce humaine est hors de l’égalité, il faut l’y faire
rentrer : donner pour contre-poids au droit de l'homme le droit de la
femme. "
(Actes et paroles)
Mais
c'est surtout avec son
discours du 9 juillet 1849, véritable plaidoyer contre la
misère,
qu'il mènera son plus beau combat. Il proclama devant la Chambre :"La
misère peut
disparaître, comme la lèpre a
disparu", concluant
son discours par cette phrase magistrale : "Messieurs,
songez-y, c'est l'anarchie qui ouvre les abîmes, mais c'est
la misère qui les
creuse. Vous avez fait des lois contre l'anarchie, faites maintenant
des lois
contre la misère ! "
Rappelons aussi son combat
acharné pour s'opposer au
coup d'Etat du 2 décembre 1951 de Louis-Napoléon
Bonaparte, en appelant à
l'insurrection et en participant aux barricades. Puis son exil pour
échapper à
la police de Napoléon-Le-Petit
et
à la lourde condamnation qui
l'attendait. Mais l'infatigable Hugo continuera
le combat depuis
Jersey, sa terre d'exil, en poursuivant son œuvre
littéraire et enchaînant
discours, appels, lettres, manifestes pour la paix, contre la peine de
mort
(comme l'exécution de John Brown, l'esclave
américain révolté)ou
pour soutenir les peuples en lutte contre
l'oppression. Il réalise peu à peu que la
République qu'il souhaite ne saurait exister sans une
démocratie sociale et déclare au
Congrès de la paix à Lausanne en 1869 :"Je
demande l'embrassement de la République et du
Socialisme." Son retour en France en 1871 est
marqué par les
évènements de la Commune. Très
affecté, il écrit un poème
admirable pour condamner la terriblerépression
de la Semaine
sanglante :
(...) Ce
n’est pas le canon du noir vendémiaire,
Ni les boulets de juin, ni les bombes de mai,
Qui font la haine éteinte et l’ulcère fermé.
Moi, pour aider le peuple à résoudre un problème,
Je me penche vers lui. Commencement : je l’aime.
Le reste vient après. Oui, je suis avec vous,
J’ai l’obstination farouche d’être doux,
Ô vaincus, et je dis : Non, pas de représailles !
Ô mon vieux cœur pensif, jamais tu ne tressailles
Mieux que sur l’homme en pleurs, et toujours tu vibras
Pour des mères ayant leurs enfants dans les bras.
Quand je pense qu’on a tué des femmes grosses,
Qu’on a vu le matin des mains sortir des fosses,
Ô pitié ! quand je pense à ceux qui vont partir !(...)
La Commune de
Paris de 1871 : les femmes dans la bataille
La
forte
présence des femmes (les "communeuses")
fut un
élément
remarquable de la Commune de Paris (sur laquelle nous reviendront au
chapitre suivant). Mais rien d'étonnant, si on se souvient du rôle
important
qu'elles jouèrent depuis le début et pendant toute la révolution de
1789-93. Louise Michel ou
André
Léo sont les plus connues, mais c'est par milliers qu'on les
vit
participer activement aux réunions des comités,
pour donner leur avis sur
l'éducation, la religion, le droit au travail et
à l'assistance, le problème
de la prostitution, et aussi pour soigner les blessés et
combattre sur les
barricades."Pour
nous autres, la plaie sociale qu'il faut d'abord fermer, c'est celle
des patrons qui exploitent l'ouvrier et s'enrichissent de ses sueurs.
Plus de patrons qui considèrent l'ouvrier comme
une
machine de produit. Que les travailleurs s'associent entre eux, qu'ils
mettent leur labeur en commun et ils seront heureux. Un autre
vice de la société actuelle, ce sont les riches
qui ne
font que bien boire et bien s'amuser, sans prendre aucune peine. Il
faut les extirper, ainsi que les prêtres et les religieuses.
Nous
ne serons plus heureuses que lorsque nous n'aurons plus ni patrons,
ni riches, ni prêtres."
Ainsi s'exprimait la
déléguée d'un
comité de femmes siégeant dans
l'église de la
Trinité (Cité
par
J.Rougerie,
Paris
libre, 1871, Le
Seuil)
Barricade de femmes, place
Blanche (Penny
illustrated News)
Au matin du 18 mars 1871, lorsque
Thiers envoya ses soldats pour
prendre les canons de Montmartre, ce furent les femmes qui, les
premières, vinrent au devant des soldats pour les arrêter."Celles du 18
Mars, bronzées par le siège elles avaient eu double ration de misère
n'attendirent pas leurs hommes. Elles entourent les mitrailleuses,
interpellent les chefs de pièce «'C'est indigne qu'est-ce que tu fais
la ? » Les soldats se taisent. Quelquefois un sous-officier « Allons,
bonnes femmes, éloignez-vous » La voix n'est pas rude elles restent.",
raconte Lissagaray dans son Histoire de la Commune
Le
11 avril 1871, lorsque les "versaillais" lancent l'offensive pour
reprendre en main la capitale, un groupe de femmes lancent un appel aux
citoyennes de Paris :"Citoyennes,
le gant est jeté, il faut vaincre ou mourir ! Que
les mères, les femmes qui se disent :"que m'importe le
triomphe
de notre cause, si je dois perdre ceux que j'aime !" se persuadent que
le seul moyen de sauver ceux qui leur sont chers, - le mari qui la
soutient, l'enfant en qui elle met son espoir -, c'est de prendre une
part active à la lutte engagée pour la faire
cesser, et
à tout jamais, cette guerre fratricide qui ne peut se
terminer
que par le triomphe du peuple (...) Citoyennes, toutes
résolues,
toutes unis, veillons à la sûreté de
notre cause!
Préparons nous à défendre et
à venger nos
frères ! Aux portes de Paris, sur les faubourgs, dans les
barricades, n'importe ! Soyons prêtes au moment
donné,
à joindre nos efforts aux leurs ; si les infâmes
qui
fusillent les prisonniers, qui assassinent nos chefs, mitraillent une
foule de femmes désarlées, tant mieux ! Le cri
d'horreur
et d'indignation de la France et du monde achèvera ce que
nous
aurons tenté. "
Partout
les femmes se mobilisent pour s'engager comme ambulancières
ou former des compagnies militaires, comme celle des Amazones de la
Seine.
Dans
tous les arrondissements sont créés des Comités de citoyennes
patriotes (tel le Comité
de vigilance de Montmartre animé par Béatrix Excoffon) et
des clubs rattachés à l'Union
des femmes,
créée par Nathalie Lemel et
Elisabeth Dmitrieff.Des
ateliers sont ouverts pour donner du travail aux femmes, et
André Léo crée le journal La
Sociale dans
lequel elle
écrira le 12 avril, dénonçant les sarcasmes
des hommes envers les
femmes-soldats :"Au
temps où nous sommes, c'est l'idée plus que la
force du
bras qui gagne
les batailles. Tout être humain a l'instinct de conservation
et
ce
n'est pas la barbe qui surmonte cet instinct ; mais une passion
supérieure. Or les femmes parisiennes ont à
l'heure
actuelle cette
passion. Il ne s'agit plus aujourd'hui que
de
défense nationale, mais au lieu de se
rétrécir, le champ de bataille s'est
agrandi. Il
s'agit de défense humanitaire des droits de la
liberté."
(Souces
: Histoire de la Commune de Paris de 1871, Gérald Dittmar,
Editions Dittmar , 2008)
Arthur
Rimbaud rendit hommage à ces femmes courageuses dans
un poème :
Elles
ont pâli, merveilleuses,
Au
grand soleil d'amour chargé,
Sur
le bronze des mitrailleuses,
A travers Paris
insurgé.
Nathalie
Lemel, née à
Brest en 1827, vint
à Paris où elle travailla
comme relieuse. Elle eut trois enfants. Elle adhère
à L'internationale
(AIT) en 1866. Amie d'Eugène Varlin, elle
crée avec lui La Marmite
dont l'objet est de donner aux ouvriers des aliments
à petit prix et
organise la grève des relieurs en 1865. Le 11 avril 1871,
elle met sur pied l'Union
des femmes, avec Elisabeth Dimitieff, pour les
soins à
donner aux blessés et la défense de Paris. Au
cours de la semane
sanglante, elle combat sur les barricades, place Pigale, avec des
dizaines de femmes. Elle se bat avec grand courage, portant
le drapeau
rouge. Arrêtée le 21 juin, elle est
comdamnée à la déportation en
Nouvelle-Calédonie, avec Louise Michel. Graciée
en 1879, elle rentre à
Paris où elle travaille au journal l'Intransigeant, et
poursuit ses
activités politiques. Devenue aveugle, elle
s'éteint à l'hôpital
d'Ivry le 8 mai 1921.
Procés
des femmes de la Commune devant le conseil
de guerre
Pendant 3 ans, 26 conseils de guerre prononcèrent 10 137
condamnations, dont 3 313 par contumace. Les peines
prononcées
se repartissaient ainsi :
Peine de mort :
270, dont
8 femmes
Travaux forcée :
410, dont 29 femmes
Déportation en enceinte fortifiée :
3 989, dont 20 femmes
Déportation simple :
3 507,
dont16 femmes
Détention :
1 289, dont 8 femmes
Emprisonnement de 3 mois à un an :1 622, dont 50
femmes
Emprisonnement de plus d'un an : 1 344, dont 15
femmes
Enfants envoyées en maison de correction :
56
La guerre contre la Prusse fut fatale à Napoléon III, fait prisonnier à
la bataille de Sedan. La proclamation de la république le 4 septembre
1870, imposée pour la troisiéme fois en France pâr le peuple parisien,
ralluma l'espoir d'une république sociale. D'autant plus que, avec la révolution
industrielle, le nombre des prolétaires n'avait cessé
de croître. Mais
le scénario de 1848 se reproduisit presqu'à l'identique. Les élections
législatives de février 1871 envoyèrent à la Chambre une majorité
ultra-conservatrice dirigée par Thiers, qui tenta le 18 mars de
désarmer Paris et sa garde nationale. Le peuple parisien réagit en
créant son propre pouvoir communal dont les délégués furent élus le 26
avril. Ce fut le début de la Commune de Paris, qui tenta de mettre en
oeuvre de dombreuses avancées sociales. Mais l'expérience ne dura que
72 jours et la répression fut impitoyable.
La
France
échappa alors de peu à une
nouvelle restauration monarchique et il fallut 4 ans pour
donner des institutions définitives à la République. La constitution de la 3ème République
fut un mélange curieux de survivances
monarchiques
et de parlementarisme. A partir de
1876, les républicains réussirent enfin par obtenir la
majorité et la garder à toutes les élections
législatives qui suivirent, preuve que la
république avait fini par être acceptée par le
peuple français des villes et
des campagnes. La
république française s'établit sur un consensus autour de valeurs
rassurantes d'ordre et
de paix sociale, incarné par Gambetta qui déclara : "Vous
avez compris qu’après 91 ans de luttes acharnées, un jour enfin devait
se lever pour la patrie, un jour où, dans un unanime élan, tous les
Français,
ceux des villes et ceux des champs, l’armée, le peuple, tous, et même
les plus indifférents aux luttes de la politique, tous, entraînés par
l’amour de la France, se réuniraient d’un bout à l’autre du territoire
et acclameraient, réunis, indissolubles, la France et la République.
(Discours de Paris, XXe arrondissement, 14 juillet 1880) Mais
les attentes de réformes sociales et politiques trop longtemps promises
et repoussées vont, à plusieurs reprises, casser ce onsensus
fragile. Et les débuts de la Troisième république seront marqués par
des crises politiques et des explosions sociales violentes. Puis l'ancienne
fracture entre droite et
gauche se déplace progressivement à l'intérieur du camp républicain.
Les anciens royalistes
se convertissent en républicains conservateurs et les socialistes se
réorganisent, commençant
à envoyer des députés à la Chambre à partir de 1893. Les républicains opportunistes,
entrâinés par Jules Ferry, mènèrent à terme la bataille de l'école,
avant
de devenir inopportuns en relançant l'aventure coloniale. La
gauche radicale ne le sera vraiment que dans son anticléricalisme.
Quant au mouvement socialiste, il s'épuisa longtemps en querelles
stériles avant de s'unifier en 1905. Les
scandales et l'instabilité ministérielle finiront par ternir cette
Troisième République qui se lancera aveuglément dans la guerre de 1914.
La république en France restera
marquée jusqu'à aujourd'hui par cette ambiguité originelle. Pour les
uns, elle reste fondamentalement de gauche, rattachée àux révolutions
de 1789-92 et de 1848, porteuse des espérances de démocratie sociale et
directe ; pour les autres, elle symbolise l'ordre et la concorde, la
démocratie représentative, la patrie. Comme le
souligne l'historienne Mona Ozouf : "Il y a alors deux
imageries rivales, celle d'une
république
convenable et paisible et celle d'une république
contestataire ou, du
moins, martiale. La première de ces dames est assise, la
seconde
debout. La première porte des fleurs, c'est une
Cérès opulente, la
seconde piétine des chaînes. Chacune d'elle
incarne une république
différente ; la première, une
république achevée qui ne pense qu'a
faire calmement fructifier ses conquêtes; la seconde, une
république
militante, l'oeil fixé sur un horizon où se
dressebt encore des
bastilles. A bien regarder le décor de 1880, est-ce vraiment
cette
république dressée qui triomphe? Les statues
officielles, celles que
les municipalités ont installées dans les
carrefours, appartiennent
plutôt au premier genre."
La lutte des ouvriers pour le respect de la dignité humaine
On connaît bien la condition
ouvrière au XIXéme siècle grâce aux
romanciers tels Emile Zola en France, Charles Dickens en
Grande-Bretagne ou Upton Sainclair aux Etats-Unis. Ces écrivains nous
ont aussi décrit la naissance du syndicalisme et les premières grandes
grèves ouvrières se terminant la plupart du temps par des affrontements
violents avec les forces de l'ordre, tel le massacre de Haymarket
square à Chicago le 1er mai 1886, qui a fait de ce jour une journée de
commémoration internationale appelée aussi fête du
travail. Comme
ce fut le cas à Chicago en 1886, le combat pour la réduction du
temps de travail, qui dépassait souvent les 12 heures journalières six
jours sur sept, fut généralement la première grande revendication qui
mobilisa les ouvriers. C'est lors du
congrés de Paris en 1889, réunissant des responsables politiques et
syndicaux du monde
entier, que fut décidé l'organisation d'une journée internationale de revendication pour la
journée de 8 heures: la date du 1er mai fut choisie. (1)
En France, c'est le 10 février
1889 que fut organisée par les socialistes et les blanquistes une grande journée de mobilisation pour
la journée de 8 heures. Dans 60 villes de France, des ouvriers cse
mirent en grève et allèrent manifester. Ils furent 10 000 à Lyon. La
mobilisation du ier mai 1890, minutieusement préparée par un comité
formé de guesdistes, de blanquistes et de syndicalites, fut
un succès, malgré le déploiement massif de l'armée (onze régiments
d'infanterie mobilisés à Paris) Une foule immense s'était massée place
de la Concorde, et l'on y apercevait les écharpes tricolores des élus
socialistes du conseil municipal de Paris, dont Longuet et Vailland.
Des délégués
portèrent au Palais-Bourbon une pétitition pour la journée de 8
heures. Ils furent reçus par un député socialiste du Var. En province,
manifestations et arrêts de travail furent
également nombreux. Peu d'incidents furent à déplorer, safurentuf
à Vienne, où la manifestation, conduite par des anarchistes, dont
Louise Michel, fut violemment chargée par les gendarmes. Des barricades
furent érigées et une usine textile pillée. Les meneurs furent arrêtés
et des grèves spontanées se poursuivirent durant une semaine. Mais, c'est pour la
manifestation du 1er mai de l'année suivante qu'eurent lieu les
incidents les plus graves. A Fourmies,
petite ville industrielle du Nord, l'armée tire sur un cortège de
jeunes gens, faisant 10 morts, dont Maria Blondaux, jeunes fille de 19
ans qui menait le cortège, ainsi que plusieurs enfants. L'emotion fut
immense dans toute la France qui désormais, comme les Etats-Unis, eut
ses martyrs du 1er mai.
Dans la derniere décennie du siècle, les grèves se multiplient en
France du fait de l'essor des syndicats reconnues depuis 1884 (139 000
syndiqués en 1890, pour 400 000 en 1894) et surtout de la création desBourses
du travail(2) qui
font l'originalité du mouvement ouvrier français. Les Bourses du
travail (on en compte 51 en 1898) regroupaient les syndicats sur
une base
interprofessionnelle au niveau local. Elles prenaient en charge des
services sociaux que l'Etat n'assurait pas encore, comme la recherche
d’emploi, la formation professionnelle, la santé et aussi
l’éducation et la culture. Mais elles étaient aussi un centre de
résistance, de revendications et d’actions ouvrières en organisant
des grèves et créant des caisses de secours pour les ouvriers
grèvistes. C'est ainsi que des grèves longues peuvent se mener, comme
celle des mineurs de Vigoigne en 1891dans le Nord qui dura 87 jours, ou
encore la grève des verriers de Carmaux en 1895 qui dura environ quatre mois, évènement
qui reste associé à l'ascension de Jean Jaurès.
Un
salarié de la Verrerie
Sainte-Clotilde
fut licencié en raison d’une absence liée à son activité syndicale.
Afin de le soutenir, les autres ouvriers répliquèrent par une grève
générale . Intransigeant, Eugène Rességuier
imposa un lock-out. Malgré le soutien apporté par Jean
Jaurès aux ouvriers, Rességuier parvint, avec
l’appui des autorités préfectorales, à
redémarrer l’usine en employant des ouvriers
recrutés dans toute la France. Les anciens salariés
grévistes de la verrerie décidèrent, avec
l’appui de Jean Jaurès et de donateurs, de créer,
en 1896, une nouvelle verrerie entièrement
autogérée à Albi.
Le syndicalisme français de la
fin du XIXéme siècle était aussi
très pénétré par les anarchistes, méfiants vis à vis des partis
politiques, et qui pensaient que le syndicat pouvait se suffire à lui
même pour mener à bien l'emancipation des travailleurs. Cette
orientation, appelée syndicalisme révolutionnaire ou
anarcho-syndicalisme, restera
longtemps prédominante au sein de la CGT créée en 1895 et qui
fusionnera avec la Fédération des Bourses du travail en 1902. Elle sera
réaffirmée par la Charte
d'Amiens en 1906 qui précise:"Le
Congrès confédéral d’Amiens confirme l’article 2, constitutif de la
CGT: la CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les
travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du
salariat et du patronat.(...)
le
syndicalisme...prépare l’émancipation
intégrale, qui ne peut se réaliser que par
l’expropriation capitaliste; il préconise comme moyen
d’action la grève générale et il
considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de
résistance, sera, dans l’avenir, le groupe de production
et de répartition, base de réorganisation sociale."
L'idée
de se grouper en vue de produire, de s'approvisionner et de vendre sa
production est sans doute très ancienne. On en connaît des exemples
datant du XVIIème siècle, comme celui des fabricants de fourches de
Sauve dans le Languedoc, des fabricants de soie à Lyon ou de
viticulteurs ou producteurs de lait dans le Haut Beaujolais, en Savoie
et surtout dans le Jura. Les "fruitières" jurassiennes, aux origines très
anciennes et dont beaucoup
existent toujours, ont largement inspiré les penseurs utopistes
franc-comtois comme Proudhon, Fourier et Considérant. Ce n'est pas un
hasard si le mouvement coopératif franc-comtois fut et reste l'un plus
actifs de France. Ainsi la Fraternelle
de Saint-Claude, avec sa Maison du peuple, fondée en 1896 par Henri
Ponar, est l'une de
premières coopératives ouvrières françaises.
Les théoriciens du
socialisme dit utopique [voir plus haut],
en mettant le principe
associatif au coeur de leur pensée, érigent la coopérative en modéle
économique et
politique. Ils sont rejoints par les socialistes chrétiens comme Buchez
ou Charles Gide. Karl Marx lui même, dans son
adresse inaugurale à la Première Internationale (AIT) en 1864, vanta la
supériorité de la coopération, qualifiée « d’économie politique du
travail», sur «l’économie politique du capital». Au congrès de Genève,
en 1866, une motion rédigée par Marx affirme:«Nous
reconnaissons dans le modèle coopératif un des ressorts de la
transformation de la société présente qui repose sur l’antagonisme des
classes. Son grand mérite consiste à montrer pratiquement que le
système actuel paupérisant t despotique de l’asservissement du travail
au capital peut être supprimé par le système créateur de bien-être et
républicain, qui consiste en l’association de producteurs libres et
égaux.» (1) Cependant
les socialistes qui se reconstituent dans les années 1880 montrent peu
d'intérêt pour les coopératives. Les guesdistes y sont même franchement
opposés, prétendant que celles-ci détournent les travailleurs de
l'action révolutionnaire. Il faudra attendre Jean Jaurès pour repenser les rapports
de la
coopération et du socialisme. Celui-ci déclarera : "lorsque
trois actions sont aussi essentielles
que l'action syndicale, l'action coopérative et l'action politique, il
est vain de régler entre elles un ordre de cérémonie et il faut les
utiliser toutes les trois au maximum."
La Gauche républicaine, au contraire,
remet en avant le principe d'association comme moyen d'émancipation
ouvrière. C'est sur l'impulsion de Waldeck-Rousseau que le gouvernement de Jules Ferry
légalise les syndicats en 1884, puis qu'est votée la loi de 1901 sur
les associations. 1884 est aussi l'année de la création de laChambre
consultative des associations
ouvrières de production de France. Celle-ci a son
journal L'Association ouvrière,
puis elle s'adjoindra, en
1893, une Banque coopérative
des associations ouvrières de production (BCAOP),
financée par des
capitaux publics. 110 associations y sont
affiliées en 1900, il y en aura 358 en 1907. Henry Buisson, secrétaire
de la Chambre, s'inspirant de Fourier, introduira l'idée de répartition
des
bénéfices selon la proportion: travail (5/12e), capital (4/12e) et
talent (3/12. Parallélement se développent des coopératives de
consommation. Le 27 juillet 1885, à Paris,a lieu le premier congrès des
sociétés coopératives de consommation: 85 coopératives y participent.La Fédération Nationale des Coopératives
de Consomation fut créée par Gide et Jaurès en 1912.
Elle comptait 1000 sociétés. (2) Notons cependant que
le mouvement coopératif français
fut relativement tardif, surtout par rapport à la Grande-Bretagne où
fleurissait depuis 1840 la célèbre Société
des Equitables Pionniers
de Rochdale. Une Alliance Coopérative Internationale, regroupant 17
pays sera finalement créée.
1 - Façade de la
coopérative La Bellevilloise (1910) 2 - Coupe transversale La Maison du Peuple
de Saint-Claude
par
Charles Meunier, 1902.3
- Action de la Verrerie ouvrière de
Carmaux
Journal de la Société populaire de Nimes
1 - Coopérative
La
Bellevilloise
Elle est la plus ancienne de France, qui fut créée par une
vingtaine d’ouvriers en 1877, au lendemain de la Commune de Paris; Une
documentation importante est disponible sur :
http://fondation-patrimoine.fondation-total.org/fiches-projets/projet-97
http://www.labellevilloise.com/notre-histoire/
http://www.le-tigre.net/Une-Bellevilloise-sans-histoire.html
2 - La Fraternelle
de Saint_Claude
avait la
particularité de ne pas redistribuer les dividendes qui servaient à
alilmenter un fonds social finançant une assurance maladie et
viellesse, des activités sportives et culturelles. La Maison du
peuple,
immense bâtisse de 7 étages fut inauguré en 1910. Concue d'abord comme
une coopérative alimentaire, elle disposait d'une boulangerie, d'une
boucherie, d'une épicerie, et d'une crémerie, d'entrepôts commerciaux,
caves à vin, chambres froides, et mêmed'un atelier de torréfaction.
Associant producteurs et consommateurs, la coopérative garantissait des
prix bas grâce à l'achat en gros et la vente groupée. Elle possèdait
aussi une Bourse du travail, des bureaux et des salles de réunion
accueillant syndicats et mutuelles.Elle disposait aussi d'une
bibliothèque, un théâtre, un cinéma, un café, un restaurant, des
sociétés sportives ou culturelles, l’Université Populaire..La Maison du
peuple, grâce à son imprimerie, était également le centre de diffusion
du journal Le Jura
socialiste.
Notons tout de même que les femmes ne pouvaient en effet pas êtrmembres
à part entière de la coopérative. Seules les veuves géraient les parts
héritées ou celles de leurs enfants. Deux salles de cinéma ont été
aménagées en 1984 et l'imprimerie a été réhabilitée en 1991
http://www.maisondupeuple.fr/presentation.
3 - Coopérative des verriers de
Carmaux
Jean Jaurès, député de Carmaux, demande l'arbitrage du
gouvernement puis l'interpelle à la Chambre des Députés, mais en vain.
Face à l'intransigeance de Rességuier, les grévistes, soutenus par
Jaurès, envisagent alors la création d'une nouvelle verrerie. "Il faut
vivre.Il faut que vous viviez...Il y aura une verrerie aux verriers où
trouveront un abri ceux que l'arbitrage patronal veut chasser et
affamer", écrit alors le député. Des souscriptions sont lancées dans
tout le pays pour constituer le capital qui est divisé en 5000 actions
de 100 francs chacune. Une généreuse donatrice, Mme Dembourg remet une
somme de 100 000
francs, qui permet l'achat du terrain. En son honneur, les verriers
demandent à ce que son nom soit celui de l'avenue menant à la verrerie.
En octobre 1896, la verrerie ouvrière d'Albi peut commencer à produire.
Les ouvriers coproprietaires touchent une participation aux bénéfices,
le reste servant à alimenter une caisse de retraite et de secours. Elle
existe encore de nos jours. Voir :
http://www.carmaux.fr/Patrimoine-verrier-_33.php.
4 - En 1884 fut fondée à Nimes la Société d'Economie
Populaire.
Elle est née de la fusion de La
Solidarité, une association ouvrière créée par l'ouvrier Auguste
Favre et de l'Abeille nimoise,
une coopérative fondée par Edouard de Boyve en 1883. Outre la
coopérative, elle gère les services d'une bourse du travail, d'une
société d'éducation populaire et 'une imprimerie qui permet d'éditer le
Journal L'émancipation dont
Charles Gide devient le directeur. Charles Gide est issu, comme Edouard
Boyve, du milieu intellectuel protestant proche des thèses solidaristes
de Lèon Bourgeois. Ses articles théoriques seront une référence pour le
mouvement coopératif, celle de l'Ecole de Nimes. En 1887 Charles Gide
crée la Revue d'Economie Politique, dans laquelle il écrira par exemple:
"Modifier pacifiquement mais radicalement, non pas par la violence et
la coercition arbitraire, le régime économique, son système, sa
fonction, son mécanisme établi depuis le début du XIXe siècle, mais en
faisant passer la possession des instruments de production et avec elle
la suprématie économique des producteurs qui les détiennent
actuellement, aux mains des consommateurs. Lorsque la coopération
deviendra la règle de vie économique, la production et la consommation
ne serviront plus le profit individuel. Il ne s'agit donc rien moins
que d'un régime économique nouveau destiné à succéder au régime
capitaliste. On peut donc bien y voir une révolution." Voir : http://www.nemausensis.com/Nimes/CharlesGide/EcoleDeNimes.pdf
Notes :
(1) Cité par Gueslin André, L’invention de l’économie sociale.
Idées,
pratiques et imaginaires coopératifs et mutualistes dans la France du
xixe siècle,Paris, Économica,1998, p. 281
(2) Source : Aux origines de la coopérative de production, Cahiers
d'Histoire
Sociale, par André GUESLIN, professeur d’histoire contemporaine à
Paris
VII-Paris Diderot http://www.ihs.cgt.fr/IMG/pdf_Cahier126Dossier.pdf3) Cité dans :
Le
socialisme républicain de Jean
Jaurès
Portrait de Jean Jaurès (Archives naionales)
Jaurès,
le grand tribun politique, porte-parole des verriers et des mineurs de
Carmaux, le défenseur de la cause de Dreyfus, le rassembleur des
socialistes français en un seul parti, l'homme qui engagea sa personne
et sa vie, qu'il perdit, pour éviter la guerre de 1914, fut d'abord et
avant tout un fervent défenseur de la démocratie incarnée à ses yeux
dans la République. Elu député du Tarn en 1886, mais pas encore
socialiste, il avait déjà déclaré :"Je
n'ai jamais séparé la République des idées
de justice sociale sans lesquelles elle n'est qu'un vain mot."C'est
donc naturellement qu'il va adhèrer aux idées socialistes, mais en
refusant le sectarisme et l'intransigeance révolutionnaire des
partisans de Jules Guesde. Elu de nouveau député en 1893, il devient le
porte-parole du groupe socialiste à la Chambre. Dès son entrée en
fonction, il interpelle le gouvernement sur sa politique générale, en
déposant l'ordre du jour suivant : «
La Chambre, convaincue que le gouvernement ne peut combattre le
socialisme sans déserter les principes républicains et condamnant
énergiquement la politique rétrograde et provocatrice du ministère,
passe à l'ordre du jour. » Et il défend de pied ferme la
république sociale qu'il appelle de ses voeux : Oui,
par le suffrage universel, par la souveraineté nationale, qui trouve
son expression définitive et logique dans la République, vous avez fait
de tous les citoyens, y compris les salariés, une assemblée de rois.
C'est d'eux, c'est de leur volonté souveraine qu'émanent les lois et le
gouvernement ; ils révoquent, ils changent leurs mandataires, les
législateurs et les ministres ; mais au moment même où le salarié est
souverain dans l'ordre politique, il est dans l'ordre économique réduit
à une sorte de servage. Oui ! au moment où il peut chasser les
ministres du pouvoir il est, lui, sans garantie aucune et sans
lendemain, chassé de l'atelier. Son travail n'est plus qu'une
marchandise que les détenteurs du capital acceptent ou refusent à leur
gré. Il peut être chassé de l'atelier, il ne collabore pas aux
règlements d'atelier qui deviennent tous les jours plus sévères et plus
captieux, et qui sont faits sans lui et contre lui. Il est la proie de
tous les hasards, de toutes les servitudes, et à tout moment, ce roi de
l'ordre politique peut être jeté dans la rue ; à tout moment, s'il veut
exercer son droit légal de coalition pour défendre son salaire, il peut
se voir refuser tout travail, tout salaire, toute existence par la
coalition des grandes compagnies minières. Et tandis que les
travailleurs n'ont plus à payer, dans l'ordre politique, une liste
civile de quelques millions aux souverains que vous avez détrônés, ils
sont obligés de prélever sur leur travail une liste civile de plusieurs
milliards pour rémunérer les oligarchies oisives qui sont les
souveraines du travail national. (Applaudissements
répétés sur plusieurs bancs à
l'extrémité gauche et à l'extrémité
droite de la salle.)
Et c'est parce que le socialisme apparaît comme seul capable de
résoudre cette contradiction fondamentale de la société présente, c'est
parce que le socialisme proclame que la République politique doit
aboutir à la République sociale, c'est parce qu'il veut que la
République soit affirmée dans l'atelier comme elle est affirmée ici ;
c'est parce qu'il veut que la nation soit souveraine dans l'ordre
économique pour briser les privilèges du capitalisme oisif, comme elle
est souveraine dans l'ordre politique, c'est pour cela que le
socialisme sort du mouvement républicain. C'est la République qui est
le grand excitateur, c'est la République qui est le grand meneur :
traduisez-la donc devant vos gendarmes ! (Nouveaux
applaudissements sur les mêmes bancs.)
Et puis, vous avez fait des lois d'instruction. Dès lors, comment
voulez-vous qu'à l'émancipation politique ne vienne pas s'ajouter, pour
les travailleurs, l'émancipation sociale quand vous avez décrété et
préparé vous-mêmes leur émancipation intellectuelle ? Car vous n'avez
pas voulu seulement que l'instruction fût universelle et obligatoire :
vous avez voulu aussi qu'elle fût laïque, et vous avez bien fait..."
(extrait de son discours du 21 novembre 1893 à l'Assemblée Nationale )
Le socialisme français ne pouvait être
réalisé selon lui que dans l'achèvement
de la République et l'épanouissement de la
démocratie, dans la continuité de la Grande
Révolution et en respectant la spécificité française. "Non,
ce n'est ni le socialisme germanique, ni celui d'un autre pays, c'est
le socialisme humain, et si, à ce socialisme humain il fallait donner
une nuance nationale, c'est la nuance de la France, du premier peuple
émancipé, que porterait à cette heure le socialisme universel...." affirmait-il dans son discours
du 3 juillet 1897 à l'Assemblée Nationale. La
particularité du
mouvement socialiste français, laissant cohabiter des
sensibilités diverses (que l'on retrouve ancore aujourd'hui dans
les "tendances" du Parti Socialiste français) est due en grande
partie à la
synthèse jauréssienne de 1905 avec la création de
la SFIO. Elle affirme la nécessité de la liaison du
combat démocratique pour la justice, la tolérance et la
liberté, avec le combat contre l'exploitation capitaliste, la
pauvreté, les inégalités et pour
l'émancipation du prolétariat. C'est la conjonction de
ces deux combats menés de front qui permettra d'aboutir à
la
"République
sociale".
Jaurès,
profondément pacifiste et internationaliste, fut aussi farouchement
opposé à la déclaration de guerre contre l'Allemagne en 1914, position
qui lui coûtera la vie (Lire son dernier discours à Lyon)
Lorsque
la République fut rétablie en 1871,
l'Eglise catholique contrôlait encore une grande partie des écoles et
conservait une influence puissante sur les esprits, la vie sociale et
politique. La contruction débutée
en 1789 de
la démocratie républicaine, fondée sur la souveraineté du peuple et la
loi des hommes, ne pouvait connaître son achèvement que par son
émancipation de la tutelle catholique.
La loi sur l'école du 28 mars 1882, proclamait "le
principe fondamental de la neutralisation de l'école, de la laïcisation
du programme, de la séparation de l'école et du temple, de
l'indépendance réciproque du prêtre et de l'instituteur." Elle
fut complétée par la loi du 30 octobre 1886 instituant la laïcisation
progressive du personnel des écoles publiques et par la loi du 7 juillet1904 qui supprimait les congrégations
religieuses enseignantes.
La bataille pour la
laîcisation de l'Etat en 1905 fut beaucoup plus difficile. La
mobilisation des catholiques fut très forte et de nombreux incidents
tournant parfois à l'émeute
se produisirent,
principalement au moment où les fonctionnaires des Domaines vinrent
procéder aux inventaires des objets du culte dans les églises. Les
forces de
l'ordre durent souvent déloger de force les paroissiens et leur curé
retranchés dans leurs églises.
A Tourcoing par exemple, des catholiques, aiguillonnés par
l'extrême-droite,
organisérent la résistance, transformant la ville en véritable camp
retranché. Des bagarres
éclatèrent avec des
contre-manifestants venus des quartiers ouvriers, faisant de nombreux
bléssés. Il fallut pas moins de 500 militaires pour rétablir l'ordre.
Toute cette agitation finit par faire tomber le gouvernement.
Les
socialistes avaient rejoint les radicaux dans la bataille. Jean Jaurès
s'exprima ainsi dans sans discours de Castres du
30 juillet
1904 : "[...] il n’y a pas
égalité
des droits si l’attachement de tel ou tel citoyen
à telle ou telle
croyance, à telle ou telle religion, est pour lui une cause
de
privilège ou une cause de disgrâce.[...] si la
démocratie fonde en
dehors de tout système religieux toutes ses institutions,
tout son
droit politique et social, famille, patrie,
propriété, souveraineté, si
elle ne s’appuie que sur l’égale
dignité des personnes humaines
appelées aux mêmes droits et invitées a
un respect réciproque, si elle
se dirige sans aucune intervention dogmatique et surnaturelle, par les
seules lumières de la conscience et de la science, si elle
n’attend le
progrès que du progrès de la conscience et de la
science, c’est-a-dire
d’une interprétation plus hardie du droit
des personnes et
d’une plus efficace domination de l’esprit sur la
nature, j’ai bien le
droit de dire qu’elle est foncièrement
laïque, laïque dans son essence
comme dans ses formes, dans son principe comme dans ses institutions,
et dans sa morale comme dans son économie. Ou
plutôt, j’ai le droit de
répéter que démocratie et
laïcité sont identiques.[...] Qui dit
obligation, qui dit loi, dit nécessairement
laïcité.[...]Mais, si
laïcité et démocratie sont
indivisibles, et si la démocratie ne peut
réaliser son essence et
remplir son office, qui est d’assurer
l’égalité des droits, que dans la
laïcité, par quelle contradiction mortelle, par
quel abandon de son
droit et de tout droit, la démocratie renoncerait-elle a
faire pénétrer
la laïcité dans l’éducation
c’est-a-dire dans l’institution la plus
essentielle, dans celle qui domine toutes les autres, et en qui les
autres prennent conscience d’elles-mêmes et de leur
principe ?
Comment la démocratie, qui fait circuler le principe de
laïcité dans
tout l’organisme politique et social, permettrait-elle au
principe
contraire de s’installer dans
l’éducation,
c’est-a-dire au cœur même de
l’organisme ? " Voir
l'intégralité
du discours sur : http://www.biosophos.net/article/jean-jaures-leducation-laique-discours-de-castres-juillet-1904
Le
combat des femmes pour le droit de vote
Depuis
que le droit de vote existe, les femmes ont toujours combattu
pour en jouir à égalité avec
les hommes. En
France, les femmes ont revendiqué ce droit
dés la
révolution de 1789 (voir
plus haut). Le 17 août 1907, 58 déléguées venues de pays d’Europe
et d’outre-mer se rencontrent à la première conférence de
l’Internationale socialiste des Femmes à Stuttgart, et décident
d’établir un secrétariat international sous la direction de Clara Zetkin qui dirige depuis 1890, Die Gleichheit
(L’égalité), importante revue comptant jusqu’à 125 000 abonné(e)s.
La conférence adopte une résolution sur le droit de vote des femmes.
Lors de deuxième conférence de Copenhague en 1910, Clara Zetkin
propose, pour la première fois, que les femmes socialistes de tous les pays
organisent tous les ans une journée des femmes qui servira en premier
lieu la lutte pour le droit de vote des femmes. La date
choisie est le 19 mars
en commémoration de la Commune de Paris.
La première Journée internationale des femmes, le 19 mars 1911,
occasionne des manifestations impressionnantes dans un grand nombre de
pays d’Europe et aux Etats-Unis. On compte jusqu'à 40 000 participantes
à Berlin et 30 000 à Vienne. Outre le droit de vote, les femmes
exigent le droit de travailler, d’occuper des fonctions publiques et
l’élimination de la discrimination au travail.
C'est
surtout en Grande
Bretagne que le mouvement prit une ampleur de lutte massive et
organisée avec le mouvement des suffragettes.
En 1905, par exemple, les soeurs
Kenney préférent la prison
à l'amende réclamée pour avoir
troublé une réunion politique du Parti
Libéral. Elles déclarèrent que: "Puisqu'elles
devaient
obéir aux lois,elles
avaient le droit de participer à leur création." . En France, les
états généraux du féminisme se tinrent en
1929. A l'ordre du jour: la réunion de toutes les
activités féminines en vue des réformes
souhaitées, parmi lesquelles la suppression de
l'incapacité civile de la femme mariée, et les droits
civiques. A court terme, le principal succès des états
généraux fut d'ordre symbolique : la presse rendit
abondamment compte de l'événement, et les
actualités filmèrent les participantes faisant preuve de
leur sérieux. Voir : tableau
chronologique de la conquête du droit de vote des femmes http://www.thucydide.com/realisations/comprendre/femmes/femmes6.htm
; http://snadgi-cgt93.pagesperso-orange.fr/Huit-mars.html
Nouvelle-Zélande
Grande-Bretagne
Etats-Unis
Allemagne
France
1
- Femmes manifestant en Nouvelle-Zélande, premier pays à avoir
attribué le droit de vote aux femmes le 27 novembre 1893. Près
d'un quart des femmes adultes du pays avaient signé la
pétition. 2
- Emmeline Pankhurs, créatrice en 1898 du Women's Social and
Political Union. Le droit de vote sera accordé qu'en 1920 en
Grande-Bretagne pour les femmes
de plus de 30 ans. Il faudra attendre 1938 pour qu'ells obtiennent le
droit de vote en égalité d'âge avec les hommes 3 - Suffrage
parade à New-York, 6 Mai 1912. Le
droit de vote fut accordé aux femmes américaines en 1920
par le président Wilson, après la lutte d'Alice Paul et
Lucy Burns, du National Women Party. Elles sont connues sous le nom de
Iron Jawed Angels, car elles ont fait la grève de la faim, on
été forcées à manger, ont subi des
violences physiques mais n'ont jamais abandonné. 4
- Affiche allemande de 1914 appelant les femmes à manifester pour
lobtention du droit de vote. Il sera acordé le 12 novembre 1918,
lendemain de la signature de l'armistice. 5-
Suffragettes françaises, Paris, 1908 : Au premier rang, Hubertine Auclert,
pionniére du mouvement féministe. En1880,
elle avait lancé une révolte des femmes contribuables en défendant
l’idée que, faute de droits civiques, les femmes ne devraient pas être
imposables. Le 13 février 1881, elle fonda le journal
féministe La Citoyenne. En 1884,
elle propose l’idée d’un contrat de mariage entre conjoints avec
séparation de biens. En 1908,
elle brisa symboliquement une urne électorale à Paris lors des
élections municipales et se déclara candidate aux élections
législatives de 1910. Parmi les
autres manifestantes, Caroline
Kaufmann, secrétaire
générale de l'association Solidarité des femmes. Le 24 octobre
1904, elle avait envahi, avec d'autres manifestantes, la salle de
conférence de la Sorbonne où se déroulait la célébration du centenaire
du code civil, qu'elles avaient qualifié de "Bastille pour les femmes."
Elles se rendirent ensuite devant le Palais Bourbon pour brûler
un exemplaire de ce code.
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