De 1790 à 1900

 
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IV - Quel modèle démocratique pour la France ?

 Après le choc révolutionnaire de 1789, l'histoire politique de la nation française exprime son indécision, pour ne pas dire son incapacité, à choisir un régime politique qui lui convienne, semblant sans cesse osciller entre monarchie et république. Les historiens expliquent ce phénomène par le très fort attachement du peuple français à la notion de  souveraineté nationale, indivisible et inaliénable. Incarnée d'abord par le roi, monarque absolu qui, depuis François Ier, n'eut de cesse de briser la puissance de la noblesse pour ne partager le pouvoir avec quiconque, la souveraineté fut, à partir de 1789, transmise au peuple-nation, et devint une figure abstraite, un tout différent de la somme de tous les individus qui la composent, une effigie vénérée comme une déesse (Marianne ou la Liberté guidant le peuple) si présente dans l'imagerie révolutionnaire. Le vieux Sieyès le rappelle magistralement dans son discours du 2 thermidor de l'an III (août 1795) devant la Convention, lorsqu'il défendit son projet de Constitution: "Ce mot [la souveraineté du peuple] ne s'est présenté si colossal devant l'imagination que parce que l'esprit des français , encore plein des superstitions royales, , s'est fait un devoir de la doter de tout l'héritage de pompeux attributs et de pouvoir absolu, qui ont fait briller les souverainetés oubliées; nous avons même vu l'esprit public, dans ses largesses immenses, s'irriter encore de ne pas lui donner davantage; on semblait se dire avec une sorte de fierté patriotique que si la souveraineté des grands rois est si puissante, si terrible, la souveraineté d'un grand peuple devrait être bien autre chose encore. Et moi je dis qu' à mesure qu'on s'éclairera, qu'on s'éloignera des temps où l'on a cru savoir, quand on ne faisait que vouloir, la notion de souveraineté rentrera dans ses justes limites, car encore une fois, la souveraineté du peuple n'est point illimitée et bien des systèmes prônés, honorés, , y compris celui auquel on se persuade encore d'avoir les plus grandes obligations, ne paraîtront plus que des conceptions monacales, de mauvais plans de Ré-totale, plutôt que de Ré-publique, également funestes à la liberté et ruineux de la chose publique, comme de la chose privée."
  La souveraineté, devenue une notion abstraite, soulevait ainsi deux types de problèmes: Celui de la gouvernance et celui, comme le souligne Siéyès, de la délimitation entre "chose publique et chose privée", autrement dit de la contradiction entre souveraineté de tous et liberté de chacun, .
-- Si tous les citoyens ne peuvent gouverner ensemble, alors qui doit gouverner ? Une république sans roi se rapprochera t-elle de la démocratie directe ou d'un parlementarisme de type britanique ? Rappelons que Rousseau, grand inspirateur des penseurs révolutionnaires, fut un farouche adversaire de la démocratie représentative, qui aliénait à ses yeux l'exercice plein et entier de la souveraineté populaire. Et le mouvement sans-culotte entendit bien faire respecter ce droit inscrit dans le marbre de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. C'est en son nom qu'il se souleva le 20 août 1792 pour imposer l'abolition de la royauté, puis exerça une pression constante sur la Convention, par sa présence physique permanente et l'usage de la pétition votée dans les assemblées sectionnaires. C'est sur cette base populaire que les députés jacobins s'appuyèrent pour le meilleur et le pire. Le meilleur fut par exemple l'assistance aux pauvres et la fixation des prix maximums pour les produits de première nécessité, ou encore l'inscription, dans la nouvelle Déclaration des droits de l'homme de 1793, du droit au travail, à l'instruction et à la pétition. Mais ils ne surent ou ne purent empêcher le pire, sous la pression des extrémistes sans-culottes, réclamant toujours plus d'intransigeance et de fermeté contre tous les prétendus "ennemis de la nation". Ils acceptèrent la mise en place des Tribunaux révolutionnaires et l'instauration de la Terreur, avec son cortège de victimes dont ils furent les dernières. Cet épisode d'une démocratie directe incontrôlée et incontrôlable fut lourde de conséquences pour l'avenir. On se méfia désormais du peuple, devenu "classe dangereuse", pour revenir à l'incarnation de la souveraineté dans un empereur ou un monarque. C'est pourquoi le peuple se souleva régulièrement (1830, 1848, 1871) pour rappeler son existence.
-- Quant à l'opposition
natuon-individu, le problème n'a cessé de se poser jusqu'à notre époque, qui tend à faire de la liberté la valeur suprême,. revendiquée par par les libéraux ou les communautaristes. Comme le rappelle Mona Ozouf: "Comment penser la chose politique à partir des individus libres et égaux? Auquel de ces principes faut il donner la priorité ? A la nation une et indivisible ou aux individus qui la composent ? Au principe des droits collectifs ou aux droits individuels ? Ces principes n'ont cessé de dessiner deux voies possibles. La république comme expérience pure, sans enracinement historique ou social, a eu beau faire figure de modele idéal, elle n'a pu le faire qu'au prix de silences et d'exclusions qui ont vite trouvé leurs censeurs. Les intérêts particuliers n(ont cessé de réclamer leur dû, de contraindre les républicains à tempérer leur modèle normatif. Celui-ci, théoriquement ennemi de tout particularisme, n'a pu fonctionner qu'en prenant appui sur les différences" [1]:

CCinq républiques, entrecoupées d'une double restauration monarchique et de deux régimes despotiques (1er et Second Empire) se sont succédés depuis 1791, et surtout seize constitutions ! Rien de surprenant, compte tenu de cette méfiance tenace du peuple français envers ses représentants, et si l’on considère qu’une constitution est une "véritable déclaration de la souveraineté" (Ledru-Rollin, 1849) et " la garantie prise par le peuple contre ceux qui font ses affaires pour qu’ils n’abusent pas contre lui du mandat qui leur a été confié " ( Lefebvre de Laboulaye, député,1872).
Notre 5ème république, créée sur mesure pour le général De Gaulle, nouvel homme providentiel, porte encore la marque de cette hésitation sur l'attribution de la souveraineté. Elle fut un habile compromis entre présidentialisme et parlementarisme, mais on voit bien aujourd'hui que la balance est attirée davantage vers la monarchie que vers le parlementarisme.
 [1] De Révolution en République, Quarto Gallimard, 2015, Les dilemmes de l'idée démocratique, p. 1040
     Sites à consulter :

Réfléxions universitaires autour de la  révolution française :  http://revolution-francaise.net/
Institut d'Histoire de la révolution française : http://ihrf.univ-paris1.fr/
Annales historiques de la révolution française : http://ahrf.revues.org/
Notes et archives 1789-1794 : http://www.royet.org/ (payant)

 14 juillet 1790 : la révolution semble terminée

Fête_fédération_14_juillet_1790

Fête de la Fédération sur l'esplanade du champs de Mars à Paris, le 14 juillet  1790 

Dans les tribunes, sur les côtés de l'esplanade, sont rassemblés 260.000 Parisiens et une centaine de milliers de fédérés, rangés sous les bannières de leur département. La tribune royale est située au fond du Champ-de-Mars, sous une haute tente. Un arc de triomphe a été construit à l'entrée. Au centre de l'esplanade est édifié un autel de la patrie Talleyrand célèbrera la messe, entouré de prêtres en surplis de cérémonie.
            
Le 14 juillet 1790, la grande fête de la Fédération organisée à Paris, ainsi que dans toutes les villes de France, veut clore l'agitation révolutionnaire en offrant le spectacle d'une unanimité de façade sur le principe de la monarchie parlementaire instaurée par la nouvelle constitution et la réorganisation administrative et judiciaire de la France. Partout l'enthousiame est général, comme en témoigne ce récit d'un délégué de l'Ariège :
 "Au matin du 14 juillet, dès cinq heures, les fédérés, délégués de 4 millions de soldats citoyens, rangés par départements sous 83 bannières, se réunissent sur les boulevards. Leur cortège part de la place de la Bastille pour se rendre au Champ de Mars. Sous de lourdes averses, de continuelles rafales, malgré l'eau, malgré la faim, ils chantent; ils vont par les rues Saint-Martin et Saint-Honoré; des fenêtres on leur descend des pains, des jambons. Ils arrivent, passent la Seine sur un pont de bois en face de Chaillot, défilent sous un vaste arc de triomphe élevé à l'entrée du Champ de Mars; au milieu du cirque qu'on venait de créer était l'autel de la patrie; du côté de l'Ecole militaire, des gradins réservés à Louis XVI et à l'Assemblée. Les fédérés se rangent dans ce lac de boue, sans songer à s'abriter de la pluie; pour passer le temps ils se mettent à danser, formant de joyeuses farandoles. L'Assemblée nationale arrive, précédée des vétérans, suivie des jeunes élèves. Le roi s'assied, la reine à côté de lui, leur famille, les ambassadeurs, dominant toute la foule. Lafayette sur son cheval blanc arrive au pied du trône; le commandant des gardes nationales parisiennes vient prendre les ordres du roi. A l'autel, entouré de deux cents prêtres parés de ceintures tricolores, Talleyrand, l'évêque d'Autun, officie; il bénit les drapeaux. Lafayette, à la tête de l'état-major, monte à l'autel; il jure d'être fidèle à la nation, à la loi, au roi. Les bannières s'agitent, les sabres nus et croisés étincellent : fédérés, soldats, marins, s'unissent à ce serment; le président de l'Assemblée nationale le répète : les députés y répondent; le peuple entier s'écrie: « Je le jure ! » Le roi se lève alors : « Moi, roi des Français, dit-il, je jure d'employer le pouvoir que m'a délégué l'acte constitutionnel de l'Etat à maintenir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par moi. » « Voilà mon fils », ajoute la reine, en élevant le dauphin dans ses bras, « il partage avec moi les mêmes sentiments! » Aussitôt les cris de Vive le roi! vive la reine! vive le dauphin! font retentir les airs. Les acclamations du peuple, le bruit des tambours, un orchestre de 200 musiciens et de 40 pièces d'artillerie annoncent à Paris les promesses échangées entre le peuple libre et le roi citoyen. La joie est unanime; ceux même qui ne sont pas venus au moins jusqu'aux collines de Chaillot et de Passy, hommes, femmes, enfants, lèvent les mains avec transport et s'écrient : Oui, je le jure. [...] L'enthousiasme est général. Après la cérémonie, les fédérés se rendent à un banquet de 23.000 couverts offert par la Commune de Paris aux 14.000 délégués venus des départements. Les journées suivantes continuent la fête; on danse sur l'emplacement de la Bastille ; Paris déploie tous les moyens de séduction, illuminations, revues, joutes, ascensions aérostatiques, feux d'artifice, bals, etc..."

Mais Louis XVI, qui refusa de prêter serment sur l'autel, devant Dieu, n'était pas du tout disposé à accepter cet état de fait. Il saisira la première occasion pour tenter de remonter sur son trône  de monarque absolu.

  La formation des groupes politiques
Assemblée_Législative_1791

 La pensée politique avait déjà été largement élaborée pendant tout le 18ème siècle par les philosophes français, dont Montesquieu et Rousseau, par les théoriciens libéraux anglais, dont Hobbes et Locke, mais aussi à l'intérieur des sociétés secrètes comme la Franc-Maçonnerie (au point que certains historiens en firent la véritable instigatrice de la révolution française). Tous les grands leaders de l’époque révolutionnaire en étaient imprégnés. Mais tout restait à faire en ce qui concerne la pratique politique, qui ne put s'élaborer qu'à l'épreuve des faits.
 La coupure entre monarchistes constitutionnels et républicains divisa rapidement l'Assemblée Constituante dès 1791, au moment de la fuite du roi. Le club des Cordeliers réclamait la République, alors que La Fayette et Mirabeau voulaient maintenir la royauté.
 L'Assemblée Législative élue en 1791 refléta cette division entre monarchistes siégeant à droite de la tribune et ceux qui siègaient à sa gauche, comprenant Jacobins et Brissotins, pour la plupart républicains. Quant au centre de l'Assemblée, il était formé par les modérés, souvent méprisés et oubliés par l'histoire (leur groupe fut qualifié sous la Convention de marais) mais ils étaient pourtant les plus nombreux. Leur rôle fut important, car ils pouvaient, selon qu'ils basculaient d'un côté ou de l'autre, faire ou défaire les majorités.
 
La quasi disparition des monarchistes dans la nouvelle Assemblée élue en septembre 1792 (Convention), entraîna un nouveau clivage entre droite, appelée "girondine" (car menée par plusieurs députés de Bordeaux) et gauche "montagnarde" (car occupant les tribunes les plus élevées) dominée surtout par les jacobins. La rivalité entre les deux groupes, peu marquée au départ, s'exaspéra rapidement à propos des questions de la conception de l'Etat et de la société. Sous la pression des sans-culottes, les Girondins, considérés comme des "ennemis du peuple", furent mis en arrestation  le 2 juin 1793.
 Mais, à côté des groupes de la Convention, vont se développer des mouvements plus radicaux que les jacobins, que l'on qualifierait aujourd'hui d'extrême-gauche. Il s'agit surtout des hébertistes, souvent qualifiés d'Exagérés, issus
du Club des Cordeliers avec Hébert, Chaumette, Momoro, Vincent, Ronsin. Ils furent les plus farouches partisans de l’application de la loi du maximum, de la Terreur et de la déchristianisation. Un autre mouvement, plus radical encore, fut celui des Enragés, représenté par le prêtre rouge Jacques Roux, Théophile Leclerc, Jean Varlet, ainsi que les Républicaines Révolutionnaires comme Claire Lacombe et Pauline Léon. Très proches des sans-culottes, ils étaient favorables à un contrôle sévère des  représentants de la Nation, préfèrant la démocratie directe. Jacques Roux écrira ainsi : « Peuple ! Sous le règne de la liberté, tu dois avoir sans cesse les yeux fixés sur tes magistrats ».  Et Varlet: « Point de députés sans pouvoirs, sans mandats. Ce principe nous garantit de la Tyrannie législative. »  Voir le Manifeste des Enragés

On voit bien que, pour la France, la révolution de 1789-94 fut l'acte de naissance  des clivages politiques et idéologiques existant encore actuellement, la Droite et la Gauche se positionnant encore par rapport a elle. Toutes les grandes questions y furent posées : la nature du régime politique, la définition de la liberté et des droits de l'homme, la revendication de l'égalité, le problème de la répartition de la propriété, la question religieuse et celle de l'enseignement.

Club_des_Jacobins

Le club des jacobins
 
En octobre 1789 le club breton, formé par des députés de Bretagne aux Etats généraux qui voulaient se concerter avant les réunions, se transporta de Versailles à Paris. Il loua des locaux rue Saint-Honoré, à proximité de l’Assemblée qui siègeait à la salle du Manège, et s’installa dans le couvent des jacobins et prit alors le nom de Société des amis de la Constitution, se vouant principalement à la préparation  et la rédaction de la Constitution. Mirabeau, Sièyes, Duport, Barnave, les frères Lameth, Robespierre et Laclos, responsable du journal, en étaient les membres principaux. Le club compte 200 députés à la Constituante. Les tenants de la monarchie constitutionnelle font sécession en 1791 pour fonder le Club des feuillants, dans un ancien couvent à proximité.
 Le club est réorganisé en 1793 et fonctionne comme un véritable parti politique actuel (recrutement par cooptation, paiement de cotisations, réseau hiérachise dans tous les départements, séances publiques) Il est alors totalement contrôlé par Robespierre et ses amis, qui vont l'utiliser comme l'instrument de la dictature du Comité de Salut public. On recense près de 6000 sociétés jacobines en 1794, accueillant des centaines de milliers de personnes.


Club_des_Cordeliers Le club des Cordeliers

De son vrai nom, Société des Amis des droits de l'homme et du citoyen, le club des Cordeliers (qui n'a siégé qu'un temps au couvent des Cordeliers) n'était pas à l'origine une société de pensée comme le club des Jacobins, mais une société populaire. Elle tirait ses orignes de l'assemblée électorale du district des Cordeliers, créée en 1789 pour élire ses représentants à la Commune de Paris et qui, refusant de se dissoudre après les élections, se transforma en club. Celui-ci était donc l'oeil du peuple (qui devint son blason) entendant bien faire respecter la souveraineté populaire et les droits du citoyen, et exercer son rôle de contrôle des représentants du peuple, en usant de son droit de pétition et, si nécessaire, d'insurrection. Comme le précise cet article du Moniteur du 5 mai 1790 : " Le but principal de ce club étant de dénoncer au tribunal de l'opinon publique les différents pouvoirs et toutes espèces d'atteintes aux droits de l'homme, il a délibéré à lui faire connaître toutes les diverses oppressions ou injustices dont il aurait à se plaindre ou dont il serait informé, et à y joindre les preuves sur lesquelles ces preuves seraient fondées.'

C'est le roi et la royauté qui seront, dès sa fondation, la cible principale du club des Cordeliers, qui va devenir le porte-parole des idées républicaines. C'est lui qui fut à l'origine de la pétition du 17 juillet 1791, faisant suite à la tentative de fuite du roi, proclamant que "la France n'est plus une monarchie, elle est une république!". Danton fut alors mandaté par le club auprès de L'Assemblée constituante pour demander la déchéance du roi. Mais la fusillade des pétitionnaires au Champs de Mars et la répression qui s'en suivit faillirent faire disparaître le club. (Danton s'exila en Angleterre et Desmoulin dut se cacher)
Mais le club des Cordeliers se reconstitua autour de nouvelles figures plus extrémistes comme Hébert, Momoro et Jacques Roux (
Marat, qui n'était pas membre du club,  y fut souvent invité) et se rapprocha un temps du club des Jacobins (beaucoup de citoyens fréquentaient simultanément les deux clubs) Le club prendra une part acive dans les évènemnts de l'èté 93 aboutissant à l'arrestation des Girondins, mais s'opposera farouchement à Robespierre et la dictature du Comité de Salut public. Il décida par exemple de mettre un voile de crèpe sur la Déclaration des droits, acte qui servira de pretexte à l'arrestation d'Hébert et de ses amis, le 29 mars 1794, pour être guillotinés.

Voir  Les Cordeliers dans la Révolution française  par Jacques De Cock, fev 2001 (p 86 et sq)

Journal_la_bouche_de_ferAbbé_Fauchet
Le Cercle social, moins connu que les précédents, créé en octobre 1789 par Nicolas de Bonneville, fut une société de pensée très influente dans les milieux populaires, au point que certains ont voulu y voir la matrice du courant extrémiste des Enragés et même du socialisme. Le Cercle social, tenait en effet ses réunions au cirque d'hiver du Palais Royal, l'un des lieux le plus populaire du Paris révolutionnaire, et servit de tribune à l'abbé Fauchet, aussi populaire que Jacques Roux, l'autre curé rouge représentant des Enragés. L'abbé Fauchet s'était fait connaître dés le 14 juillet 1789, menant le cortège qui assiégea la Bastille, puis pour avoir prononcé l'oraison funèbre des citoyens morts au siège de la Bastille à Notre-Dame, à la suite de laquelle il fut porté en triomphe par le peuple, selon Michelet. Son éloquence était en effet légendaire : "Le grand club du Palais Royal ou Cercle social va tous les vendredis. Il s'y rend quatre ou cinq mille personnes les jours de séance." écrit le marquis de Ferrières.
Les articles de l'abbé Fauchet écrits dans le journal du Cercle, La bouche de fer, étaient au moins aussi célèbres que ceux d'Hebert dans son Père Duchesne. Elu à l'assemblée du Conseil de la Commune de Paris, puis élu président, il en devint l'un des orateurs les plus remarqué, au point que les Jacobins s'en prirent vertement à lui pour le déconsidérer : "Cet orateur, abusant de ses talents, tantôt propose la loi agraire, tantôt tonne contre la royauté et toujours souffle la discorde en prèchant la réforme", fut-il écrit dans le n° 3 du Journal de Clubs en 1790. Ou encore : "Depuis quelques semaines, ce Cercle de la vérité a encore changé de formeLe jour où l'on y prèche pas le partage ou   la communauté des propriétés,
on y mange, on y boit, on y danse, on y joue : chacun paye son écot, exceptées les demoiselles du Palis Royal", pouvait-on lire dans le Journal des Amis de la Constitution, le 15 février 1791. (Il faut préciser que les femmes ne payaient pas pour assister aux séances du Cercle) Les idées les plus développées dans les discussions du Cercle tournaient autour de le fraternite universelle et du retour à un communisme primitif proche des idées prônées par Jésus Christ. Mais des mesures concrètes furent lancées, telles le partage des terres et la redistribution des richesses. "Les plus riches seront imposés par des lois, de manière à suppléer les moyens des plus pauvres. " (La Bouche de fer, n°20, 19 fev 91) En matière politique, s leaders du Cercle social, très attachés à la notion rousseauiste de souveraineté du peuple, sont partisans d'une démocratie semi-directe, dans l'esprit de Condorcet.

Voir le projet de décret rédigé par Nicolas de Bonneville dans le n° 74 de La Bouche de fer du 26 juin 1791. 


 La liberté de la presse, grande conquête de la révolution française

journal_père_duchène

journaux pendant la Révolution

 Le journal (gazette) existait depuis bien bien longtemps, mais sa soumission au pouvoir et à la censure officielle le déconsidérait. Voltaire dira de lui :" Un écrit dont le sort, après avoir brillé le matin sur la toilette, est de mourir le soir dans la garde-robe". Mais grâce à la liberté de la presse accordée en 1789, les journaux politiques se multiplièrent. Dès cette époque, la presse fut considérée comme l'outil principal de la propagande pollitique et de l'expression de l'opinon, et aussi comme un contre-pouvoir garant de la souveraineté populaire. L'expression de quatrième pouvoir date de cette époque, inventé par un journaliste de La Bouche de fer :"Le pouvoir de surveillance et d'opinion (quatrième pouvoir"censorial dont on ne parle point), en ce qu'il appartient également à tous les individus, en ce que tous les individus peuvent l'exercer par eux-mêmes, sans représentation, et sans danger pour le corps politique, constitue essentielle ment le liberté nationale." (La Bouche de fer, n° 1 , oct 90).
Tous les clubs, tous les mouvements de pensée eurent leur journal, dans lesquel les leaders politiques, souvent eux-mêmes journalistes, s'exprimaient. Ainsi Brissot dirigeait
le Patriote français, Desmoulins, Le vieux Cordelier , Fréron, L'Orateur du peuple, Carra et Mercier, Les Annales patriotiques, Collot d'Herbois, l'Almanach du père Gérard, Loustalot, les Révolutions de Paris, Marat, l'Ami du peuple, Hébert, le Père Duchesne. Ces deux derniers journalistes, porte-parole des sans-culottes, comptaient parmi les plus virulents. Le Père Duchesne, très lu dans les milieux populaires, tirait à 10 000 exemplaires, chiffre énorme pour l'époque. On comptera près de 1500 périodiques nés en France entre 1789 et 1799, beaucoup ayant disparu après quelques numéros.


  10 août 1792 : le peuple exige la déposition du roi
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Prise du Château des Tuileries le 10 août  1792 (gravure d'époque)

L'illusion qu'une monarchie constitutionnelle pouvait convenir à la France fut de courte durée. Elle fut remise en cause par la tentative de fuite de Louis XVI le 21 juin 1791. Cet évènement provoqua un vif débat à l'Assemblée entre les députés républicains, parmi lesquels Brissot, Condorcet et Desmoulin, et une majorité de députés, menée par Siéyès et Barnave. Les premiers, très minoritaires, voulaient saisir cette opportunité pour proclamer immédiatement la République, mais restaient divisés sur la conception du pouvoir exécutif et même de la démocratie représentative en générale. Les seconds avançaient, non sans raisons, que  la majorité des français tenait encore à son roi, que la république, qu'ils concevaient comme la démocratie antique, était inapplicable dans un grand Etat moderne et qu'elle serait source de divisions et de conflits. Bref, le débat sur la conception de la démocratie française et de sa constitution , qui allait durer jusquà nos jours, ne faisait que commencer. [1]

Louis XVI fut rétabli dans ses fonctions, mais n'avait pas renoncé à saborder la révolution. Il usa et abusa du pouvoir démesuré que la Constitution lui avait laissé, tel le droit de veto, et donna son appui au camp des partisans de la guerre contre l'Autriche et la Prusse, qui fut déclarée le 20 avril 1792. Sa duplicité était évidente et Robespierre fut l'un des seuls (avec Barnave) à la dénoncer. Le roi espérait la victoire de l'ennemi qui l'aiderait à remonter sur son trône. "Les imbécilles ! ils ne voient pas que c'est nous servir" aurait déclaré Marie-Antoinette. Et en effet, la guerre commença mal pour la France, ce qui amena les députés de la Législative à déclarer la "Patrie en danger" et demander la mobilisation de 20 000 soldats (les fédérés) pour protéger Paris. Mais le roi y opposa son véto. Le 20 juin, la foule en colère envahit la cour du palais des Tuilerie au cri de : "A bas "Veto" et le roi fut hué et menacé. La crise était imminente.

 L’étincelle qui provoqua l'explosion fut le manifeste du duc de Brunswick prononcée à Coblentz le 25 juillet 1792. Cette déclaration menaçait, au nom de la coalition austro-prussienne, la ville de Paris « d'une exécution militaire et d'une subversion totale, s'il était fait la moindre violence, le moindre outrage a LL.MM. le Roi et la Reine et à la famille royale ».
Le 3 août, par la voix de Pétion, quarante-sept sections sur quarante-huit réclamèrent alors devant l'Assemblée Législative la déchéance du roi,"Premier anneau de la chaîne contre-révolutionnaire.. Son nom lutte désormais contre celui de la Nation...Tant que nous aurons un roi semblable, la liberté ne peut s'affermir et nous voulons demeurer libres...", avait déclaré Pétion. Les insurgés demandaient l'élection d'une nouvelle Assemblée  nationale dotée de pouvoirs constituants et élue au suffrage universel. Mais, face aux tergiversations de l'Assemblée, le peuple parisien décida de passer à l'action. Les délégués des sections se réunirent à l'Hôtel de Ville et votèrent, dans la nuit du 9 au 10 août, l'instauration d'une Commune insurrectionnelle, reconnue comme seule dépositaire de la souveraineté du peuple. A l'aube, le tocsin sonna et le peuple commença à sortir dans la rue pour se diriger vers le palais des Tuileries, accompagné des fédérés marseillais et bretons. Le roi et sa famille se réfugièrent dans la salle de l'Assemblée, mais celle-ci, sous la pression populaire, fut forcée de voter la suspension du roi qui fut conduit à la prison du temple.  La fin de la royauté avait sonné.

[1] Voir à ce sujet le drenier ouvrage de Mona Ozouf : De Révoluiton en République, les chemins de la France, Quarto Gallimard, 2015, p 784 et ss
Sur le détail des évènements du 10 aôut, voir le récit de Chaumette dans ses Mémoires sur : http://archive.org/stream/mmoiresdechaume00chaugoog#page/n11/mode/2up


   Les sans-culottes, gardiens de la révolution
Sans-cullottes_1789

  On doit à la loi municipale du 27 juin 1790 la création de 48 sections parisiennes qui assuraient la représentation des différents quartiers de Paris. Chaque section était dirigée par un comité de seize membres élus par les citoyens du quartier, et comprenait des juges de paix, des membres délégués à la Commune (Conseil municipal) de Paris, des commissaires de police et des gardes nationaux. Chargées à l'origine des seules fonctions administratives et de police, les sections prirent, à partir de 1792, un rôle politique de plus en plus important: leurs assemblées générales devinrent permanentes et, à partir de 1793, elles désignèrent des comités révolutionnaires de surveillance chargés de dresser la liste de "suspects". On donna le nom de "sans-culottes" aux sectionnaires militants ("patriotes") portant le pantalon tricolore (pour signifier leur hostilité aux aristocrates portant la culotte de soie) et coiffés du bonnet rouge, porte-parole du petit peuple des artisans, ouvriers et boutiquiers. Parallèlement aux sections, furent formées des sociétés populaires, telle la société de Belleville dont le but proclamé était : "la surveillance de ceux qui nous gouvernent, l'instruction publique, la propagation des mœurs et du patriotisme"

  Les sans-culottes participaient aussi aux clubs, principalement celui des Jacobins ou des Cordeliers. Leurs idées politiques étaient sommaires, souhaitant pour la plupart une société égalitaire et revendiquant le droit à une existence digne. Mais, par enclin naturel et aiguillonnés par des agitateurs comme Marat, rédacteur du journal "l'Ami du peuple", Hébert, éditorialiste de la gazette "Le Père Duchesne", ou Jacques Roux, le prêtre vengeur des "Enragés", les sans-culottes voyaient partout le complot et désigiaient à leur vindicte les aristocrates, les curés réfractaires, les riches en général et surtout les'"accapareurs" (les grands marchands accusés de faire monter le prix du blé) et les "agioteurs" (usuriers, banquiers et spéculateurs).

Tout bon citoyen "patriote" avait le devoir de participer aux assemblées de sa section, mais aussi d'assister, dans les galeries qui lui étaient réservé, aux débats de la Commune ou de la Convention Nationale, et de se tenir toujours vigilant et mobilisé pour descendre dans la rue ou prendre la pique à l'appel du tocsin. Cette chanson populaire exprime bien leur état d'esprit:
Il faut raccourcir les géants,  Et rendre les petits plus grands ;
Tout à la même hauteur, Voila le vrai bonheur...
                                                                                                 
 Condorcet, le démocrate

Condorcet   Portrait (gravure) de Marie Jean Antoine Nicolas Caritat, marquis de Condorcet (1743-1794)     © Bibliothèque de l'Assemblée nationale
    

 L'historien Michelet a présenté Condorcet comme "le dernier des philosophes du XVIIIe siècle, authentique esprit des Lumières". Il est vrai qu'il avait tout de l'homme complet : mathématicien, économiste, philosophe et homme politique, membre de l'Académie des Sciences et de l'Académie française, il a collaboré à l'Encyclopédie, défendu les droits de l'homme et de la femme et s'est opposé à l'esclavagisme. En 1789, il publie une "Vie de Voltaire", dans laquelle il se montre tout aussi hostile à l'Eglise que son mentor. Elu député à l"Assemblée Législative, dont il sera élu Président le 5 février 1792. puis à la Convention où il rejoint la groupe des Girondins, et deviendra membre du Comité de Salut public en 1793 Toute sa vie, il a défendu des positions trés progressistes, comme la création d'une école publique, laïque et gratuite * ou le vote des femmes. En 1794, il écrit : "Nos espérances sur l'état à venir de l'espèce humaine peuvent se réduire à ces trois points importants : Laa destruction de l'inégalité entre les nations, les progrès de l'égalité dans un même peuple; enfin le perfectionnement réel de l'homme." (Esquisse d'un taleau historique du progrès de l'esprit humain)
Il est aussi l'auteur d'une constitution qu'il proposera à la Convention. Il s'y fait l'apôtre du respect la souveraineté populaire, défendant anisi son projet :
 « Nous montrerons pourquoi les principes, sur lesquels la Constitution et les lois de la France ont été combinés, sont plus purs, plus précis, plus profonds que ceux qui ont dirigé les américains ; pourquoi ils ont échappé bien plus complètement à l’influence de toutes les espèces de préjugés ; comment l’égalité des droits n’y a nulle part été remplacée par cette identité d’intérêts qui n’en est que le faible et hypocrite supplément ; comment on y a substitué les limites des pouvoirs à ce vain équilibre si longtemps admiré ; comment, dans une grande nation, nécessairement dispersée et partagée en un grand nombre d’assemblées isolées et partielles, on a osé, pour la première fois, conserver au peuple son droit de souveraineté, celui de n’obéir qu’à des lois dont le mode de formation, s’il est confié à des représentants, ait été légitimé par son approbation immédiate ; dont, si elles blessent ses droits et ses intérêts, il puisse obtenir la réforme, par un acte régulier de sa volonté souveraine
[Le référendum, NDLR]

Le système politique présenté dans son projet de constitution avait pour base les Assemblées primaires, véritables détentrices de la souveraineté populaire. Ouvertes à tous les citoyens, et comprenant entre 400 et 900 membres, leur rôle était d'élire les représentants du peuple (depuis le maire jusqu'au députe et au ministre) mais aussi de " délibérer sur des objets qui concernent l'intérêt général de la République, dans les cas suivants :
1° Lorsque il s'agit d'accepter ou de refuser un projet de Constitution ou un changement quelconque à la Constitution acceptée ;
2° Lorsqu'on propose la convocation d'une Convention nationale ;
3° Lorsque le Corps législatif provoque sur une question qui intéresse la République entière, l'émission du voeu de tous les Citoyens ;
4° Enfin, lorsqu'il s'agit, soit de requérir le Corps législatif à prendre un objet en considération, soit d'exercer sur les actes de la représentation nationale, la censure du Peuple, suivant le mode et d'après les règles fixées par la Constitution.  (Art.2)

 Le processus électoral commence par une séance "préparatoire" où chaque citoyen marque un nom pour chaque place à pourvoir, puis se poursuit 15 jours plus tard par une séance de vote portant sur la liste des candidats qui ont obtenu le plus de suffrages, en nombre triple des places à remplir (après acceptation ou refus des candidatures par les personnes proposées) Le scrutin est toujours public puisque le nom du votant est marqué sur sa feuille de vote.
La Chambre des députés (un député pour 50 000 habitants) n'est élue que pour un an et ses décisions peuvent être remises en question par un référendum demandé par au moins deux départements.
L'exécutif est constitué d'un conseil de huit membres. La présidence du conseil passe d'un ministre à l'autre tous les quinze jours. Le conseil est renouvelé par moitié tous les ans et ses membres sont élus pour deux ans. Chaque membre du conseil est élu par un scrutin séparé. Le corps législatif peut mettre en jugement les membres du conseil.

La constitution est modifiée par la convention nationale, convoquée par le corps législatif tous les vingt ans. La convention peut aussi être proposée par tout citoyen ou le corps législatif si la majorité des citoyens le juge nécessaire et l'approuve par un vote en assemblée primaire. Les membres de la législature ne peuvent être élus à la convention et celle-ci ne peut siéger plus d'un an. Le projet de constitution doit être accepté par le peuple.
(Pour le détail, voir
:
 http://mjp.univ-perp.fr/france/co1793pr.htm )

 Ce projet, très ambitieux, allait très loin dans la mise en place d''une véritable démocratie semi-directe, sous contrôle populaire permanent, conforme à l'idéal antique des Grecs et à l'esprit révolutionnaire. Mais le parti jacobin, en guerre contre les Girondins, rejeta ce projet, sous pretexte que le recours au référendum permanent paralyserait l'efficacité politique, "construisant au peuple souverain non un temple, mais un tombeau" selon Saint-Just. Mais ce fut surtout par peur de voir des élus locaux devenir trop influents et menacer le centralisme cher aux jacobins, créant "Un patriciat de renommées" (toujours selon Saint-Just.)

Malgré tout, le principe de la souveraineté des assemblées primaires fut retenu dans la constitution de 1793:
ART. 58 :
Les projets de loi de l'Assemblée nationale sont envoyés à toutes les communes de la République, sous ce titre : loi proposée.
ART. 59 : 
Quarante jours après l'envoi de la loi proposée, si, dans la moitié des départements, plus un, le dixième des Assemblées primaires de chacun d'eux, régulièrement formées, n'a pas réclamé, le projet est accepté et devient loi.
Malheureusement, la Constitution de 1793 ne sera jamais appliquée ! (Pour la constituion de 1793, voir sur le site du Conseil Constitutionnel)

Comme il avait osé crtiquer le contre-projet constitutionnel proposé par ls jacobins, Condorcet fut condamné pour trahison et la Convention vota un décret d'arrestation contre lui. Il prit la fuite et resta caché 3 mois avant d'être arrêté. Emprisonné, on le retrouva mort dans sa cellule pour des raisons "inconnues" le 29 mars 1794.
Jaurès dira de son projet constitutionnel : « Ce n’est donc pas la démocratie fausse et rétrécie, la démocratie oligarchique, c’est la démocratie entière que Condorcet promulgue au nom de la Révolution. La démocratie est la grande loi de l’avenir, non seulement parce que seule elle réalise le droit de l’homme, de tous les hommes, mais parce qu’elle tend à procurer le bien des hommes, de tous les hommes. C’est toute la masse humaine, si pesante jusqu’ici et si obscure, qu’elle veut hausser à la lumière et au bien-être. » 

               *  Voir aussi son : "Rapport et projet de décret  relatifs à l'organisation générale de l'instruction publique présenté à l'Assemblée législative les 20 et 21  avril 1792" sur :  http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/7ed.asp 

  L'Abbé Grégoire, "prêtre citoyen"
  Portrait de l"Abbé Grégoire,
Musée Lorrain, Nancy - G. Mangin
Musée Lorrain, Nancy - G. Mangin

abbé_Grégoire  Issu d'une famille de modestes artisans ruraux, Henri-Baptiste Grégoire étudia au collège des jésuites de Nancy et au grand séminaire de Metz. Nommé en 1782 curé d’Emberménil,en Lorraine, il se fait remarquer en installant dans la cure une bibliothèque avec de nombreux ouvrages traitants non seulement de religion, mais surtout d’art mécanique, d’hygiène, de soins aux malades, d’art vétérinaire, de sciences, de géométrie, d’arithmétique, de botanique, d’apiculture, de droit et d’agronomie. Très cultivé et parlant plusieurs langues, il est membre de la Société des philanthropes de Strasbourg, dans laquelle il rencontre de nombreux intellectuels éclairés et prend position dans des débats sur l’éducation, l’égalité des races et la tolérance. En 1788, il écrit son premier ouvrage: Essai sur la régénération physique, morale et politique des juifs, couronné par la Société royale des sciences et des arts de Metz, écrivant:"Tant que les hommes seront altérés de sang, ou plutôt, tant que la plupart des gouvernements n’auront pas de morale, que la politique sera l’art de fourber, que les peuples, méconnaissant leurs vrais intérêts, attacheront une sotte importance au métier de spadassin, et se laisseront conduire aveuglément à la boucherie avec une résignation moutonnière, presque toujours pour servir de piédestal à la vanité, presque jamais pour venger les droits de l’humanité, et faire un pas vers le bonheur et la vertu, la nation la plus florissante sera celle qui aura plus de facilité pour égorger les autres. " 

 En 1789, il s’engage pleinement dans la Révolution française en devenant député aux états généraux.
Il fut le premier membre du clergé à rejoindre le tiers état. À l'Assemblée constituante, l'abbé Grégoire réclama l'abolition totale des privilèges, proposa le premier la motion formelle d'abolir le droit d’aînesse, et exigea l'instauration du suffrage universel. On lui doit l’Article Premier de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Il contribua à la rédaction de la Constitution civile du clergé et parvint à entraîner un grand nombre d’ecclésiastiques hésitants, et fut ainsi considéré comme le chef de l'Église constitutionnelle de France. En début 1790 il prend la présidence de la Société des amis des Noirs qui militait pour la suppression de l’esclavage dans les colonies. C'est sous son impulsion que, après d'ardents débats sur les colonies, l'Assemblée vota le 15 mai 1791 un décret reconnaissant les droits politiques des gens de couleur nés de père et de mère libres. Il contribua enfin au vote le 4 février 1794 aboutissant à la première abolition de l'esclavage.

Nommé évêque constitutionnel de Blois en 1791, il (an III de la République) il publia le Discours sur la liberté des cultes et se fit un ardent défenseur de la réintégration des protestants et de l'accès à la citoyenneté des juifs. Il obtint en 1795 que soit proclamée la liberté des cultes. En 1796 L’abbé Grégoire contribua aussi à la fondation du Conservatoire des Arts et Métiers et de l’Institut de France. Il réorganisa l’instruction publique (Il serait le premier à prononcer le mot "Instituteur" dans le sens qu’il a aujourd'hui’hui de "maître d’école")."Il faut éclairer l’ignorance qui ne connait pas et la pauvreté qui n’a pas les moyens de connaitre." aurait-il déclaré. Il fit supprimer les académies "gangrenées d’une incurable aristocratie", selon ses termes, et notamment l’Académie française. Persuadé que l’idéal égalitaire de la République rejoignait l’Evangile, l’abbé Grégoire resta toute sa vie fidèle aux idéaux de la Révolution. IlHenri Grégoire fut exclu de l’Institut de France en 1816 lors de la Restauration monarchique à laquelle il s'opposa, déclarant:  "Les rois sont dans l’ordre moral ce que les monstres sont dans l’ordre naturel. " Élu député de l’Isère en 1819, il ne put siéger en raison de l’opposition des ultras. Peu de temps avant sa mort en 1803, il déclara: "j’ai consacré ma vie à la propagation des idées libérales et à la défense des opprimés ; j’ai rencontré de grandes résistances qui m’ont valu de nombreuses persécutions. me conviendroit-il à moi qui suis resté sur la brèche, de donner au déclin de mes jours et en face de la Nation l’exemple de la lâcheté ?" Mais le Clergé lui refusa l'extrême onction le jour de sa mort le 28 mai 1831 !

René Cassin, auteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme proclamée par l’ONU en 1948 dira de lui : "L’Histoire elle-même l’a affirmé, la figure de l’Abbé Grégoire émerge et grandit au fur et à mesure que les Institutions dont il fut l’initiateur se développent et que les idées soutenues par lui pénètrent dans le Droit des Gens. Grégoire est de plus en plus vivant pour l’Humanité dont il fut l’un des bienfaiteurs". En 1989, à l'occasion du bicentenaire de la Révolution française, les cendres de l'abbé Grégoire ont été transférées au Panthéon.

* Remerciement à Yalil Shango pour son article : http://www.legrandsoir.info/l-abbe-gregoire-catholique-franc-macon-et-revolutionnaire-en-1789.html                

 Les femmes prennent la parole

             Club patriotique de femmes, par Le Sueur, musée Carnavalettricoteuses_jacobines

Club_de_femmes_Révolution-française                                                   Les tricoteuses jacobines, par Lesueur

On connaît le rôle joué par les parisiennes dans les journées révolutionnaires, particulièrement lors du 5 octobre 1789 où elles organisèrent le cortège vers Versailles pour réclamer du travail et du pain. On connaît aussi les célèbres "tricoteuses" qui venaient assister aux séances de la Convention pour "surveiller" les députés. Mais on sait moins que, dans tout le pays, les femmes éxigèrent de participer aux clubs ou sociétés populaires, formant de 15 à 25 % des effectifs des 5500 sociétés recensées dans toute la France. Elles créèrent aussi leurs propres sociétés avec des effectifs souvent très nombreux (400 membres à Dijon par exemple).
les femmes y venaient discuter, commenter les informations et les opinions exprimées dans les journaux (comme ici sur la gravure) et défendre leurs intérêts, exigeant le droit de voter et d'être élues et même de s'engager dans l'armée pour défendre la patrie. On en vit même protester contre leurs conditions de travail, comme ces ouvrières de filatures qui présentèrent cette pétition en février 1794 :" L'oppression est au dernier degré et nos réclamations faites à l'administration en différentes fois sont devenues illusoires (...) Point de réclamations, tout cela devenait inutile, point de réplique, sans quoi la porte, il fallait nous taire. Voilà, citoyens, les hommes qu'on a mis pour gouverner les pauvres infortunées. Vous ne devez pas douter que ces messieurs sont fort indifférents pour le sort des femmes de sans culottes. Point d'honnêteté et encore moins de pitié. Vous êtes justes, républicains, nous espérons tout de vous, que vous ferez tout pour adoucir notre sort. » (AN, W 351 d. 717, Neuve Eglise)

 A Besançon fut fondé en 1792 un club féminin des "Amies de la Liberté et de l'Egalité" où se côtoyaient modistes, bouchères, institutrices, sages-femmes, infirmières et même des prostituées. Elles jouèrent un rôle actif auprès de la municipalité jacobine, réussissant par exemple à faire voter une mesure contre les accapareurs, à faire renvoyer les religieuses de l'hôpital parce qu'elles leur prenaient leur travail, ou à obtenir la création d'une école. Elles s'exprimèrent à plusieurs reprises dans un journal local pour le vote des femmes.  "Elevées à la hauteur de la révolution, nous préférons la liberté et l'égalité à toutes les fadeurs de l'amour…Propager la liberté, en fortifier les principes, éclairer les faibles en combattant le fanatisme qui les égare, voilà le but que nous nous nous sommes proposé. Sacrifiant nos plaisirs, ou plutôt nous formant des goûts plus conformes aus mœurs républicaines, nous voulons combattre tous les préjugés qui pourraient entraver la marche de l'esprit public." Ainsi s'exprime la citoyenne Maugras, animatrice du club des femmes. (lettre citée par l'historienne Henriette Perrin dans un mémoire écrit en 1917 sur le club des femme de Besançon.)

Si la plupart de ces femmes sont restées méconues, les livres d'histoire en ont retenu quelques-unes dont Claire Lacombe qui participa avec Pauline Léon à la fondation du club des Citoyennes Républicaines Révolutionnaires. Injustement accusée, Claire Lacombe vint défendre sa cause le 7 octobre 1793 à la barre de la Convention en déclarant : "Depuis quatre ans nous sommes trahies, assassinées par les monstres sans nombre qu’a produit le sexe masculin. Nos droits sont ceux du peuple, et si on nous opprime, nous saurons opposer la résistance à l’oppression. »
Citons aussi la sulfureuse Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt, plus connue sous le nom de la Belle Liégeoise, l'Amazone rouge, ou encore la Furie de la Gironde. Après avoir participé à la prise de la Bastille, elle mena le cortège des femmes vers Versailles, le 5 octobre 1789. Elle présenta les revendications du peuple à Marie-Antoinette, qu'elle dévisagea avec mépris. Habillée en « amazone d'écarlate et de panache de geai », portant une paire de pistolets et le sabre  qui lui fut offert après la prise de la Bastille. Elle créa le club des Amis de la Loi, puis rejoignit plus tard le Club des Jacobins.
L'hostilité masculine, mais aussi la jalousie féminine, finira par faire taire toutes ces femmes courageuses. Claire Lacombe et Anne-Joseph Théroigne seront ridiculisées par des jacobines de la Halle qui, pour d'obscures raisons, mais surtout parce qu'elles n'étaient pas du même milieu social qu'elles, leur administreront une "fessée publique".
Cet évènement servit de prétexte au gouvernement qui interdira tous les clubs féminins. 

olympe_de_Gouges  Portrait  d'Olympe de Gouges (Pastel d’Alexandre Kucharski )

  Mais c'est surtout Olympe de Gouges (de son vrai nom Marie Gouze, épouse Aubry) qui reste la figure la plus illustre du combat des femmes pour l'émancipation et l'égalité. Veuve à 18 ans, elle refusa de se remarier et décida de se vouer à la cause des femmes, mais aussi de tous les déshérités. Elle réussit à fonder une troupe de théâtre à Paris et écrivit une trentaine de pièces, dont la première, Zamore et Mirza, écrite en 1785, dénonçait l'esclavage des noirs. Cette pièce provoqua un tel scandale qu'elle fut interdite de réprésentation. Elle n'attendit pas la révolution pour s'engager en politique puisque, en 1788, elle publiait, dans le Journal général de la France, deux pamplets (lettre au peuple et Remarques patriotiques) adressés au roi. Dans le premier, Olympe réclamait la création d'un impôt volontaire destiné à lutter contre la pauvreté, et dans le second, elle proposait l'institution d'une assistance sociale, de centres de soins et d'ateliers d'Etat pour donner du travail aux chômeurs ! Elle sera très active pendant la période révolutionnaire, fondant plusieurs sociétés patriotiques de femmes. Elle rédigera des brochures politiques, des articles de journaux et des affiches, dont celle intituléé Pacte National en  juillet 1790, dénonçant la lutte des factions à l'Assemblée et appelant à une réconciliation autour de la constitution.
  Mais elle se rendit surtout célèbre en publiant, en 1791, une Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne, qu'elle lut à la tribune de la Convention, affirmant : « La femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune. »  Tant d'arrogance lui valut la fureur des virils patriotes. Mais c'est une affiche signée Polyme, anagramme de son nom, fustigeant violemment Robespierre, qui lui sera fatale. Le texte de l'affiche commençait ainsi: "Tu te dis l'unique auteur de la révolution, Robespierre ! Tu n'en fus, tu n'en est, tu n'en sers éternellement que l'opprobre et l'exécration...Chacun de tes cheveux porte un crime..." Elle fut accusée d'avoir rédigé des "écrits tendant à l’établissement d’un pouvoir attentatoire à la souveraineté du peuple" et guillotinée le 2 novembre 1793.
 Avant son procès, elle laissa un long testament, s'adressant ainsi à ses accusateurs
:
" Vous êtes presque tous de mauvaise foi. Vous ne voulez ni la liberté ni la parfaite égalité. L’ambition vous dévore... Elle prit elle-même sa défense devant le Tribunal révolutionnaire, dans un long et émouvant plaidoyer dans lequel elle invoque, par exemple, la liberté d'expression:" À l’article 7 de la Constitution, la liberté des opinions et de la presse n’est-elle pas consacrée comme le plus précieux patrimoine de l’homme ? Ces droits, ce patrimoine, la Constitution même, ne seraient-ils que des phrases vagues, et ne présenteraient-ils que des sens illusoires ? hélas ! j’en fais la triste expérience."
  
(Voir les pièces du procès sur le site :  http://ledroitcriminel.free.fr/le_phenomene_criminel/crimes_et_proces_celebres/gouges_proces.htm )
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          
 
Il faut dire qu'à l'époque, les femmes sont encore considérées comme mineures sur le plan juridique. Elles doivent se contenter d'une activité domestique et sont considérées comme des mères ou ménagères, loin des fonctions sociales que certaines désirent. C'est sous la pression des femmes que l'Assemblée législative leur accorda le droit de citoyenneté (mais pas le droit de vote ni l'égalité juridique) mais la Convention abolira ce décret le 30 octobre 1793, pour empêcher les femmes de "politiquer". Ainsi Chaumette, Procureur de la Commune de Paris, écrivit dans Le Moniteur, le lendemain de l'exécution d'Olympe : " Rappelez-vous l'impudente Olympe de Gouges qui la première institua des sociétés de femmes et abandonna les soins du ménage pour se mêler de la République et dont la tête est tombée sous le fer vengeur des lois... "    
Le seul homme politique à s'indigner de ce refus d'égalité entre les deux sexes fut Condorcet, député à l'Assemblée Législative, puis à la Convention dans le groupe des Girondins. Il avait plaidé pour le vote des femmes dès 1789 dans un article du Journal de la Société, puis à nouveau en 1790 dans une brochure intitulée De l'admission des femmes au droit de cité. Il dit par exemple :  " Ce n'est pas la nature, c'est l'éducation, c'est l'existence sociale qui cause cette différence [...] il est donc injuste d'alléguer, pour continuer de refuser aux femmes la jouissance de leurs droits naturels, des motifs qui n'ont une sorte de réalité que parce qu'elles ne jouissent pas de ces droits ".    
        

   1793 : Démocratie directe contre démocratie représentative
   

Encerclement_Tuileries_2_juin_1793

Encerclement du Château des Tuileries
le 2 juin 1793

 "Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation.   Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément"

  La déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 était affichée dans toutes les sections parisiennes et les sans-culottes entendaient bien exercer à la lettre ce droit exprimé par son article 3. Car, si l'égalité et la liberté n'étaient encore que des droits théoriques, la souveraineté était à leur portée ; c'était leur bien le plus cher et souvent leur seul bien. Au point qu'ils parlaient parfois du "souverain" pour désigner le peuple."Pendant le danger de la patrie, le souverain doit être à son poste, à la tête de ses armées, à la tête de ses affaires, il doit être partout", déclara la section du Théâtre français le 30 juillet 1792. Et leur  méfiance était grande vis à vis de leurs représentants, soupçonnés de vouloir détourner la souveraineté à leur profit. La section des Piques l'exprima en ces termes le 2 novembre 1792 : "La souveraineté étant inaliénable, nous devons seuls dicter nos lois, l'unique besogne des représentants est de nous en proposer".  C'est encore ce que proposait Leclerc, porte-parole des Enragés de la Révolution dans L’Ami du Peuple du 21 août 1793 : « Souverain, mets-toi à ta place ; préposés du souverain, descendez des gradins, ils appartiennent au peuple ; occupez la plaine de l’amphithéâtre. Là, à ses pieds et sous ses yeux, ses regards surveillants se promèneront sur vous et son bras sera rémunérateur ou vengeur suivant que vous aurez fixé par vos actions son opinion sur votre conduite. » 

  Notons qu'il sera tenu compte de cette revendication des sans-culottes dans la Constitution de 1793 et surtout le projet de Déclaration des droits de l'Homme proposé par Robespierre le 21 avril 1793 au club des Jacobins, texte qui sera  fréquemment réédité et interprété pendant tout le premier XIXè  siècle :

Art. 14 :  Le peuple est le souverain ; le gouvernement est son ouvrage et sa propriété ; les fonctionnaires publics sont ses commis. Le peuple peut, quand il lui plaît, changer son gouvernement et révoquer ses mandataires.
Art. 19 : Dans tout état libre, la loi doit surtout défendre la liberté publique et individuelle contre l’autorité de ceux qui gouvernent. Toute institution qui ne suppose pas le peuple bon et le magistrat corruptible est vicieuse. 

C'est ainsi que le peuple parisien utilisa à plusieurs reprises son droit à l'insurrection qu'il jugeait légitime, car découlant directement de sa souveraineté inaliénable. Comme il l'avait fait le 20 août 92 pour exiger la déchéance du roi, il pointa ses canons sur la Convention le 2 juin 1793, pour obtenir l'arrestation de 29 députés girondins accusés de trahison. Puis la Convention fut une nouvelle fois envahie le 5 septembre 1793, pour exiger que la "Terreur soit mise à l'ordre du jour": "Appliquons les décrets éternels de la volonté du peuple (…) Plus de quartier, plus de miséricorde aux traîtres", s'exclama Chaumette, leur porte-parole. Le 20 mai 1795, le octobre s sans-culottes envahirent encore une fois la Convention en proclamant:"Allez-vous en tous; nous allons former la Convention nous-mêmes." Mais ce fut la dernière fois qu'ils purent s'exprimer, car tous leurs porte-parole avaient été éliminés et le gouvernement thermidorien fit appel à l'armée. Les sans-culottes résistèrent quelques heures en dressant des barricades, inaugurant un type d'action qui sera largement utilisé au siécle suivant, mais l'armée fut la plus forte et le Faubourg Saint-Antoine fut définitivement désarmé. La sans-culotterie avait vécue.


 La révolution ternie par la terreur

Terreur_révolution_française

Exécution de Robespierre (BNF)

La révolution française reste à jamais associée à l'image de la guillotine, introduite par la loi du 6 octobre 1791 et utilisée pour la première fois le 24 avril 1792, pour l'exécution capitale d'un homme accusé de vol avec agression. Puis, après le 10 août 1792, ce fut le tour des condamnés politiques dont le plus illustre fut le roi de France lui-même, décapité  le 21 janvier 1793. Mais c'est surtout entre septembre 1793 et juillet 1794, période dite de la Terreur, que les éxécutions capitales à caractère politique furent les plus nombreuses.Tout le monde connaît les victimes célèbres de l'échafaud, de la reine Marie-Antoinette à Danton, Robespierre et Madame Rolland, qui déclara avant de mourir :"Ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! »
Il est difficile de comprendre aujourd'hui ce qui a pu provoquer une telle "folie sanguinaire" (terme de Robespierre lui-même) et de tenter de l'expliquer sans être accusé de vouloir la justifier, ou inversement de la surestimer.

Le bilan des victimes est déjà une source d'empoignades. De nombreux historiens s'accordent pour ne retenir que la Terreur "légale" limitée aux condamnés à mort par les tribunaux révolutionnaires, dont on estime le bilan à 12000 guillotinés entre avril 1793 et juin 1794. Bilan auquel on peut ajouter les victimes des des représailles ordonnées par les repésentants en mission tel Carrier, responsable de la mort de 2000 victimes par noyade à Nantes, Fouché à Nevers et à Lyon, qui ordonna de passer par les armes 200 meneurs du mouvement fédéraliste, Lebon dans le Nord, Fréron et Barras dans le Midi, respondables également d'atrocités. Mais vouloir par exemple inclure dans la Terreur les 170 000 victimes de la guerre de Vendée (sans parler des 70 000 du côté républicain) et de parler du "génocide vendéen" rélève de la fantaisie, car il s'agit de victimes d'actes de guerre. Quant aux actes criminels des représentants en mission, ils ont été pour la plupart dénoncés par le Comité de Salut public (Carrier, par exemple, fut condamné à mort et guillotiné). Mais arrêtons là ce décompte macabre, toujours sujet à controverses.

       
 Le terme même de Terreur prête à confusion, car il n'avait pas la même connotation qu'aujourd''hui. Les révolutionnaires de 1793 l'utilisaient dans son sens premier de terrifiant, c'est-à dire qui effraie (et non pas forcément qui tue). C'est bien dans ce sens que l'utilise Robespierre, dans son fameux discours à la Convention du 12 août 1793 : « Que le glaive de la loi plane avec une rapidité terrible sur la tête des conspirateurs, frappe de terreur leurs complices, inspire la terreur à tous les ennemis dee la patrie. » Cette phrase est citée généralement pour désigner Robespierre comme le principal responsable de la Terreur [1] mais Danton avait aussi déclaré :" Soyons terribles pour éviter au peuple de l'être."
 C'est en fait un ensemble de décrets qui on permis le déclenchement de la dite Terreur, sous la pression des sections sans-culottes en armes qui avaient encerclé la Convention le 5 septembre 1793, faisant suite à la grande journée de mobilisation populaire de la veille, qui portait sur des revendications alimentaires et économiques. [2 ] La Terreur fut "mise à l'ordre du jour" de la Convention, c'est à dire en débat, mais non pas décrétée, comme on le dit souvent
[3], et comme voulurent le faire croire les extrémistes des sections sans-culottes hébertistes ou Enragés, assoiffés de vengeance et poussant constamment à la surenchère dans la répression. " O vous... qui allez vous enrôler sous les drapeaux du Sans-culottisme et former de nouvelles légions... Prouvez par des faits que ce n'est plus la terreur qui est à l'ordre du jour, mais le glaive vengeur des lois et la Guillotine consacrée par la justice céleste", pouvait-on lire dans le journal Le Révolutionnaire du 8 novembre 1793. Saint-Just, dans son discours à la Convention du 16 octobre 1793, met en garde contre ces excès : « Citoyens, vous avez mis l'épouvante à l'ordre du jour : elle ne devait y être que pour les méchants. Mais par un plan très bien suivi de neutraliser les mesures en les outrant, la terreur, qui n'était faite que pour les ennemis du peuple, on a tout fait pour la répandre sur le peuple même, afin que fatigué de l'heureuse effervescence qui seule a maintenu la liberté jusqu'au aujourd'hui, il fît à la fin cause commune avec ses ennemis (...) » 
Déchaînement des passions et des pulsions de mort d'un côté, débordement des dirigeants politiques ne pouvant plus rien contrôler, mais obligés de conserver le soutien populaire, de l'autre. Tout cela ne put se régler que par l'élimination des uns et des autres.

La responsabilité de Robespierre est par contre beaucoup plus engagée en ce qui concerne le déclenchement de la "Grande Terreur" qui a suivi la funeste loi du 22 prairial de l'An II (10 juin 1794). Car c'est bien lui qui proposa, avec Couthon, cette loi que Jaurès, dans son histoire socialiste de la révolution française, qualifie d'"instrument de meurtre". La loi de prairial créait en effet de nouveaux "crimes" difficilement caractérisables [Ainsi, si un individu "inspire le découragement", cherche à "dépraver les mœurs" et "altérer la pureté et l'énergie des principes révolutionnaires" ou s'il est tout simplement un "ennemi de la République"] La loi dispensait aussi l'accusation de presque toutes preuves et retirait à l'accusé tout moyen de défense. Cette loi infâme entraîna 1360 exécutions capitales à Paris dans les 47 jours qui suivirent. Voulue au départ comme une mesure de "salut public" à caractère exceptionnel dans des circonstances exceptionnelles, la Terreur était devenue une arme idéologique, Car, "en identifiant les ennemis de l'extérieur et les ennemis de l'intérieur, elle instaure la croyance en un guerre généralisée (...) elle devient  consubstantielle à l'évènement révolutionnaire dont elle n'est qu'un des aspects et qu'il faut consentir à l'une si l'on a accepté l'autre.", précise Mona Ozouf dans son dernier oiuvrage [4]
 

[1] Voir: Réponse au numéro 777 de la revue Historia de septembre 2011, consacré à "Robespierre, le psychopathe légaliste" sur  http://www.xn--lecanardrpublicain-jwb.net/spip.php?article572
[2] Voir au sujet de ces journées du 4 et 5 septembre 1793 l"analyse de Diane Ladjouzi sur :  http://ahrf.revues.org/178
 [3] Voir l'excellente mise au point de Jacques Guilhaumou (UMR « Triangle », ENS-LSH Lyon )  sur : http://revolution-francaise.net/2007/01/06/94-la-terreur-a-lordre-du-jour-un-parcours-en-revolution-juillet-1793-mars-1794
[4] De Révolution en République: guerre et terreur dans le discours révolutionnaire, Quarto Gallimard, 2015, p. 309.



terrur_blanche
Massacre dans les prisons de Lyon le 24 avril 1795 (reproduction photograpphique d'une peinture d'époque)

Une autre terreur, moins connue que la précédente car peu relatée par les livres d'histoire, mais qui fit pourtant à peu près autant de victimes que la terreur jacobine, fut celle perpétrée par les royalistes ou contre-révolutionnaires dans la période qui suivit l'éxécution de Robespierre en juillet 94. On l'a appellé Terreur blanche [1]

 Après l'élimination de Robespierre et la fin de l'état d'exception dit de "Salut public", la Convention thermidorienne puis le Directoire voulurent maintenir la république, mais en modérant ses "excès", autrement dit en mettant fin à l'aspiration des sans-culottes à la démocratie directe et en évacuant la question sociale. Pour la premiere, ce fut la répression de l'ultime insurrection populaire du 20 mai 1795; pour la seconde, l'arrestation des meneurs de la "Conspiration des Egaux" le 10 mais 1796 et l'éxécution de leur chef Gracchus Babeuf. Mais la vraie menace vint d'ailleurs. Le mouvement royaliste reprit de la vigueur, soutenu par l'Eglise, les nouveaux riches qui avaient su tirer profit de la révolution, et souvent par la paysannerie moyenne qui avait bénéficié du partage des biens nationaux et restait très attachée à la religion catholique, mise à mal par la déchristanisation.

  Les actes de vengeance contre les anciens acteurs de la révolution se multiplièrent. A Paris, les "Muscadins" et "Collets noirs" agressaient à coup de bâton tout ce qui ressemblait à un sans-culotte. En province, des bandes royalistes fanatisées, telles que les Compagnons de Jehu ou du Soleil multiplièrent les exactions et même les massacres. La révolte reprit en Vendée et en Bretagne (chouannerie) et une tentative de débarquement d'immigrés royalistes eut lieu à Quiberon le 23 juin 1795, avec la complicité anglaise. Elle fut heureusement repoussée, mais ces buts étaient clairs : rétablir la monarchie. Parmi les crimes imputés à la terreur royaliste, les plus spectaculaires furent la série de massacres commis en prison dans les Bouches-du-Rhône du 11 mai au 18 juillet 1795 dans les communes d'Aix, Tarascon et Marseille. De nombreux prisonniers, en majorité anciens « terroristes » ou sympathisants, y furent massacrés. La nouvelle de ces crimes, qui rappelaient les massacres de septembre 1792 à Paris, connut un grand retentissement dans toute la France.

[1] Voir la mise au point de Stephen Clay dans les Annales historiques de la Révolution française N°350,2007 :" Justice, vengeance et passé révolutionnaire : les crime de la Terreur blanche"
http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=26&ved=0CGIQFjAFOBQ&url=http%3A%2F%2Fwww.cairn.info%2Fload_pdf.php%3FID_ARTICLE%3DAHRF_350_0109&ei=VR7PT9G3HemX0QWJzIXKCw&usg=AFQjCNHSiit2UQj9CNofAa8SxwVO2m-L6Q&sig2=mynVaoroY_8TdP8ik-g28A


 Pourquoi Napoléon ?
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Le général Bonaparte au pont d'Arcole, peint par Louis Jean Gros
(Ce tableau de propagande, peint sur les instructions de Joséphine, fut le point de départ de la légende napoléonienne visant à embellir les actions militaires du futur empereur. Il présente le jeune Bonaparte comme un héros, alors que la vérité fut tout autre. Voir la mise au point sur la bataille d'Arcole : http://www.histoire-en-questions.fr/reportage/mensonges/mensonges-arcole.html )
 Malgré les efforts remarquables de Sieyès pour élaborer une nouvelle constitution qui "fasse rentrer la souveraineté dans ses justes limites", le résultat de la Constitution de l"An III, qui accoucha du Directoire, ne fut pas à la hauteur. Le projet de Sieyès fut en partie tronqué et les constituants, issus de l'ancienne convention déconsidérée, voulurent garder les commandes par le décret dit "des deux tiers". Ce refus du renouvellement de la classe politique fut fatal à ceux que l'on baptisa dorénavant de "Perpétuels". Les royalistes et contre-révolutionnaires de tout poil s'enfoncèrent dans la brèche pour dénoncer la mascarade. La situation économique  et financiére désastreuse de la France fera le reste. Aux élections de mars 1997, presque tous les départements basculèrent à droite et les royalistes obtinrent la majorité dans les deux Conseils législatifs. Pour sauver la République, le Directoire n'eut plus que la solution de faire appel à l'armée, dernier bastion populaire et révolutionnaire. Le 18 fructidor an V (1797) l'état d'exception (Salut public et terreur) fut rétabli et les élections annulées. 53 députés et 2 Directeurs (ministres) furent arrêtés et déportés en Guyane.

 L'armée était désormais maître du jeu et le tapis rouge déroulé pour le général corse qui ne cachait pas ses ambitions : "Je ne suis qu'au début de la carrière que je dois parcourir…Une république de trente millions d'hommes ! Avec nos mœurs, nos vices ! Où en est la possibilité ? C'est une chimère dont les Français sont engoués, mais qui passera comme tant d'autres. Il leur faut de la gloire, les satisfactions de la vanité. Mais la liberté, ils n'y entendent rien…" Cette confidence faite en 1796 à Montebello, où il s'était proclamé roi d'Italie, annonçait bien ce qu'il avait en tête dès le début : établir un despotisme, seul système politique valable à ses yeux pour ces "français" chamailleurs et indisciplinés. Et leur apporter des victoires militaires pour satisfaire leur vanité nationaliste et asseoir sa gloire. Et les français le suivront, l'idolâtreront parfois même, jusqu'à perdre leur liberté pour qu'au final, la monarchie soit restaurée.

  Jugement sévère ? Il est certes facile, deux siècles plus tard, de voir où le bonapartisme a conduit. Mais des contemporains avaient dèjà compris, dès le lendemain du coup d'Etat du 18 brumaire, que  l'arrivée de Bonaparte signifiait la mort de la République, tel Benjamin Constant dans une lettre à Sieyès écrite le 19 brumaire: " (...) Ses proclamations, où il ne parle que de lui, où il dit que son retour a fait espérer qu'il mettrait un terme aux maux de la France, m'ont convaincu plus que jamais que dans tout ce qu'il fait, il ne voit que son élévation... " Et comme le résume l'historien François Furet dans son Histoire de la Révolution :  "L'opinon profonde du pays, repue depuis tant d'années de discours révolutionnaire, ne prend plus d'intérêt à la liberté politique. Le pouvoir de Bonaparte est fondé en France sur un consentement fatigué à la servitude, échangée contre le retour à l'ordre."
Le Consulat sera une phase de despotisme éclairé, suivi, avec l'Empire, d'un despotisme tout court.

 La révolution et l'Europe


Les idées démocratiques qui furent à l'origine de la révolution françaises n'étaient pas propres à la France, la pensée des Lumières s'était propagée dans toute l'Europe du 17ème siècle (mouvement de l' Aufklarung en Allemagne ou pensée libérale anglo-américaine) mais l'action révolutionnaire radicale et victorieuse resta un phénomène presque exclusivement français, soit que d'autres pays firentt le choix d'une voie plus modérée (comme l'Angleterre) soit que les mouvements révolutionnaires ne purent aboutir ( comme à Genève où  une république démocratique, proclamée en 1781, fut vite abolie aprés l'intervention de la France et des autres cantons suisses ) La volonté des révolutionnaires français et de Napoléon d'imposer leurs idées par la guerre et l'occupation furent la plupart du temps contre-productives., même si  celles-ci purent favoriser des mouvements libéraux et nationaux comme en Espagne, au Portugal ou en Italie. 

Constitucion_Cadiz_1812


Constitution de Cadiz, adoptée le 11 mars 1812 (Frontispice contemporain)

C'est dans le contexte de l'occupation française par Napoléon, qui a imposé son frère Joseph comme roi d'Espagne, qu'est votée la première constitution "libérale" (dans le sens du 18ème siécle, à peu près équivalent à démocratique). Cette constitution fut élaborée par les Cortès (Assemblée) convoqués par le Conseil de Régence formé des représentants de la résistance espagnole à l'occupation française. Ces nouveaux Cortès, composés en majorité de représentants de la bourgeoisie ouverte aux idées libérales, se proclamèrent cour souveraine, sous l'influence d'hommes de talent comme Toreno, Arguellès et Qintana. Des réformes révolutionnaires furent votées : supression de l'Inquisition, abolition du régime seigneurial et des corporations. Le principe de la souveraineté nationale était affirmé et la constitution prévoyait un régime de monarchie parlementaire. Refusant la critique qui leur était faite de vouloir immiter la France révolutionnaire, les auteurs de la constitution, tel Quintana,  invoquèrent la tradition démocratique de l'Espagne d'avant les Bourbons, principalemùent le mouvement comunero de 1520-21 (voir plus haut)

Le retour de Ferdinand VII, après la défaite de Napoléon à Waterloo, signifia la mort annoncée du régime constitutionnel. Faisant d'abord mine d'accepter la constitution, le roi finit par faire appel, en 1823, à son cousin Louis XVIII, revenu sur le trône, pour l'aider à venir à bout des libéraux et rétablir la monarchie absolue (expédition dite des "cent mille fils de Saint Louis") S'ensuivit ce que les Espagnols appellent la décennie abominable (1824-33) marquée par une terrible répression des libéraux, dans un climat de haine attisée par le camps des Apostoliques, représentant les ultra-royalistes et l'Eglise. La période qui suivit la mort de Ferdinand VII (1833-67) fut tout aussi agitée, marquée par les guerres carlistes (mouvement réactionnaire mené par les partisans de Don Carlos, frère de Ferdinand) et des coups d'Etat militaires (pronunciamentos) faisant alterner des épisodes constitutionnels et monarchistes.
A partir de 1868 s'ouvre une période révolutionnaire appellée sexeno democratico.  La Constitution de 1869 s'inspire de l'esprit de la constitution de Cadiz. Elle réaffirme la souveraineté nationale, représentée par les Cortès, établit le suffrage universel, la liberté de la presse, d'association et de réunion, et enfin la liberté d'enseignement et de culte. La crise de succession monarchique de 1873 força les Cortès, sous
la pression populaire, à roclamèr la République le 11 février 1873.

Écu du Canton fédéral. de Valence de 1873 révolution_cantonnale_Espagne_1873
 Etrange expérience politique que cette Première République espagnole qui ne survivra qu'une année. Elle sera baptisée République fédérale ou cantonnale, comme l'avait voulu son fondateur Francisco Pi y Margall, ancien employé de banque et écrivain, converti au idées de Prouhon dont il avait traduit l'une des oeuvres.Son programme de décentralisation était fondé sur la théorie fédéraliste de Proudhon: une Constitution devait établir une Fédération de 15 États, correspondant aux grandes provinces devenues autonomes. Les communes libres seraient réunies en cantons autonomes, liés par des contrats commerciaux et financiers. Son programme établissait également la séparatiuon de l'Eglise et de l'Etat, l'abolition de la conscription, l'enseignement gratuite et obligatoire, la journée de travail de huit heures, la collectivisation des terres en friche et la création de banques agricoles. L'exemple de la Commune de Paris de 1871 avait aussi traversé les frontières. Mais Pi y Margall fut débordé par le mouvement anarchiste naissant, déja puissant en Catalogne, dans le Levant et en Andalousie, qui lui reprochait de ne pas aller assez loin dans les réformes économiques. De plus, les carlistes reprirent leur guerre. Les tensions sociales montèrent, se traduisant sous la forme de grèves ouvrières et d'occupation de terres par les paysans. Pi y Margall, dépassé par les évènements, préféra démissionner. Remplacé par Salmerón à la présidence de la république, le régime prit alors un tournant conservateur.
 C'est alors qus se déclencha la révolution cantonnale : De nombreuses villes se déclarèrent république ou canton indépendant (Castellón, Valence, Alcoy, Alicante, Torrevieja, Almansa, Carthagène, Grenade, Málaga, Bailén, Andújar, Jaén, Séville, Cadix, Tarifa, Algésiras et Salamanque)
Ces insurrections regroupaient des artisans, des commerçants et des salariés. C'est à Alcoy et Carthagène que le mouvement fut le plus dur et durable. Carthagène résista jusqu'au 12 janvier 1874, car c'était une forteresse militaire et une base navale, et les équipages des meilleurs navires de la marine avaient adhéré à la rébellion. La majorité des cantons supprimèrent les monopoles, reconnurent le droit au travail, la journée de huit heures et supprimèrent les impôts sur la consommation. Tous les cantons libérés furent repris par l'armée qui prit le pouvoir le 2 janvier 1874. 

*
Voir à ce sujet : La longue histoire de la démocratie espagnole :  http://www.laviedesidees.fr/spip.php?page=print&id_article=1510

    La question sociale pénètre le champ politique
 Le problème de l'égalité sociale, revendiquée comme l'indispensable complément de l'égalité politique, et comme condition de la démocratie, avait déjà fait l'objet de débats animés à la Convention, sous la pression des sans-culottes et de leurs porte-parole comme Hébert ou Jacques Roux. Mais il était resté cantonné à des revendications économiques ou fiscales telles que la fixation de prix maximum, la taxation des riches ou, au plus, la limitation de la propriété. La Constitution de 1793, jamais appliquée, affirma le droit au travail, à l'assistance et à l'instruction,  mais elle réaffirma aussi le droit imprescriptible et inaliénable de propriété.
 Il faut rappeler que les ouvriers d'usine étaient encore peu nombreux et que le mouvement populaire était mené principalement par des artisans ou des boutiquiers. Mais le développement économique lié à la révolution industrielle naissante, entraînant un accroissement rapide d'une  population ouvrière misérable, va mettre au premier plan la "question sociale".


  L'idéal communiste de Gracchus Babeuf

Tribun_du_peuple_BabeufLe Tribun du peuple
 
( Journal
crée par François-Noël Babeuf, dit Gracchus (1760-1797)

 Babeuf, qui se fit appeler Gracchus en souvenir des Gracques était davantage un héritier de la tradition radicale sans-culotte dans la lignée de Marat et d'Hébert, que le théoricien d'une nouvelle idéologie politique. Ce fut d'ailleurs l'un de ses compagnons, Philippe Buonarroti, qui fera connaître la pensée des Egaux dans un ouvrage intitulé : Histoire de la Conspiration pour l'Égalité dite de Babeuf, paru en 1828. Nous sommes encore bien loin de la théorie collectiviste de Karl Marx, fondée sur une doctrine économique et une philosophie de l'histoire. Il s'agit plutôt d'un communisme agraire, proposant le partage des terres et la répartition égalitaire des récoltes.
 
Le Manifeste des Egaux, qui fut placardé dans les rues de Paris en 1796, rédigé par l'
écrivain Sylvain Maréchal, compagnon de Babeuf, apparait plutôt comme un appel à la réalisation de l'égalité, telle que la souhaitaient déjà les sans culottes, les Enragés ou les Exagérés : " Pendant quinze siècle tu as vécu esclave, et par conséquent malheureux. Depuis six années tu respires à peine, dans l'attente de l'indépendance, du bonheur et de l'égalité.  L'Egalité ! premier vœu de la nature, premier besoin de l'homme, et principal nœud de toute association légitime ! Peuple de France ! tu n'as pas été plus favorisé que les autres nations qui végètent sur ce globe infortuné !... Toujours et partout la pauvre espèce humaine livrée à des anthropophages plus ou moins adroits, servit de jouet à toutes les ambitions, de pâture à toutes les tyrannies. Toujours et partout, on berça les hommes de belles paroles : jamais et nulle part ils n'ont obtenu la chose avec le mot. De temps immémorial on nous répète avec hypocrisie, les hommes sont égaux, et de temps immémorial la plus avilissante comme la plus monstrueuse inégalité pèse insolemment sur le genre humain. Depuis qu'il y a des sociétés civiles, le plus bel apanage de l'homme est sans contradiction reconnu, mais n'a pu encore se réaliser une seule fois : l'égalité ne fut autre chose qu'une belle et stérile fiction de la loi. Aujourd'hui qu'elle est réclamée d'une voix plus forte, on nous répond : Taisez-vous misérables ! l'égalité de fait n'est qu'une chimère ; contentez-vous de l'égalité conditionnelle ; vous êtes tous égaux devant la loi. Canaille que te faut-il de plus ? Ce qu'il nous faut de plus? Législateurs, gouvernants, riches propriétaires, écoutez à votre tour...."Lire la suite sur : http://1libertaire.free.fr/ManifestedesEgaux.html

Quant à la stratégie politique utilisée, ce fut celle de la conspiration putschiste qui aurait été suivie, en cas de victoire, d'une dictature de type "salut public", chargée d'appliquer la Constitution de 1793 et d'imposer l'égalité "réelle", à la fois politique et économique. Le 27 mars fut créé un "Directoire secret de salut public" de sept membres, dont Babeuf et Buonarrotti. Les conspirateurs espéraient profiter du mécontentement provoqué par une situation économique désastreuse, à laquelle s'ajouta le terrible hiver de 1796, pour mobiliser des partisans parmi les attroupements de miséreux qui se multipliaient dans Paris  en ce début de 1796. Babeuf mit en place ses agents dans chaque arrondissement et dans chaque corps de troupe pour le jour du soulèvement. Les mesures qui devaient suivre étaient prêtes : réquisitions de boulangers, distribution de pain gratuit, restitution des objets engagés au mont-de-piété, logement des pauvres chez les ennemis du peuple, etc...Mais sans véritable base populaire organisée et capable de provoquer une insurrection (Le mouvement sans-culotte ayant été décimé pendant la Terreur, puis par le Directoire en 1795) la conspiration était vouée à l'echec. Le 21 Floréal (10 mai 1796), les conjurés furent cueillis par la police, le Directoire ayant été mis au courant du complot. Après un long procès, Babeuf sera condamné et éxécuté en mai 1797, à Vendôme.


 La révolte des canuts lyonnais en 1831 et 1834


Les conflits sur la question du travail ne datent pas du 19ème siècle. Déjà au 18éme, ils étaient monnaie courante, concernant les salaires, l'emploi, les conditions de travail ou la resistance aux entrepreneurs. Ils prenaient la forme d'arrêts ou de refus de travail (45 jours de grève des ouvriers tondeurs à Sedan en 1750) de rassemblements, de rixes contre les forces de l'ordre et même parfois de véritables émeutes.
C'est précisément à Lyon en 1744 qu'éclate l'une des plus importantes "cabales" ouvrières du siècle. Elle concerne déjà la question des prix d'achat ("tarifs") que veulent imposer les employeurs-négociants aux ouvriers de la soie (canuts) travaillant à domicile sur leur métier à tisser. Les employeurs obtiennent, en juin 1744, le droit de fixer librem
Canuts_lyonnais_1831ent ces tarifs qui auparavant étaient négociés entre les deux parties. Aussitôt la grève est décidée et des milliers d'ouvriers descendent dans la rue, bravant les interdits. Le 6 août, au moins 10 000 personnes, tous métiers confondus, campent sur les places et les rues du centre-ville. Pour calmer le peuple, les autorités locales abrogent l'arrêté de 1744, mais Versailles le rétablit quelques mois plus tard et fait occuper la ville par la troupe. Deux prétendus meneurs sont pendus et plusieurs sont envoyés aux galéres. Idem en 1786, lors des évènements appelés "guerre des  2 sous" (l'augmentation de 2 sous revendiquée par les ouvriers est refusée par les négociants). Le 8 août, des milliers d'ouvriers envahissent les quartiers du centre. L'armée intervient et trois ouvriers snt condamnés à mort et pendus.

Les évènements qui ont lieu en novembre 1831 relèvent du même scénario : les tisserands lyonnais de la Croix Rousse, frappés par la baisse des prix, demandent au préfet du Rhône la tenue d'une commission de patrons et d'ouvriers pour obtenir l'établissement d'un tarif. La commission se met d'accord sur un tarif, mais une majorité de négociants refuse de l'appliquer, ce qui provoque le soulèvement des ouvriers. Le 21 novembre 1831, ils arrêtent le travail, dressent des barricades et commencent à marcher sur Lyon, drapeau noir en tête. Le 22 novembre, ils occupent la caserne du Bon Pasteur et en prennent les armes. Plusieurs corps de garde de l'armée ou de la Garde nationale sont attaqués et incendiés. L'armée est impuissante, tandis que la Garde nationale, dont nombre de membres se recrutent parmi les canuts, passe du côté des émeutiers. Au terme d'une rude bataille qui cause plus d'une centaine de morts, les émeutiers se rendent maîtres de la ville et occupent l'Hôtel de Ville. Un comité insurrectionnel est formé sous l'impulsion de quelques républicains, mais ne reçoit pas l'adhésion des canuts qui refusent de voir leur mouvement récupéré à des fins politiques. La reprise en main est ordonnée le 28 novembre par le roi Louis-Philippe. Le tarif est annulé, le préfet destitué, la Garde nationale dissoute, une importante garnison placée dans la ville. Le gouvernement décide la construction d'un fort, pour séparer la Croix-Rousse de la ville de Lyon. 90 ouvriers sont arrêtés, dont 11 seront poursuivis.

 Mais l'insurrection reprend de plus belle le 9 avril 1834, faisant suite à un procès intenté contre des ouvriers grévistes. L'armée occupe la ville et rapidement des fusillades éclatent avec la troupe, qui tire sur la foule désarmée. Aussitôt, les rues se couvrent de barricades et la ville est à nouveau entre les mains des insurgés. Adolphe Thiers, ministre de l'Intérieur, va alors appliquer une tactique qu'il rééditera en 1871 pour écraser la Commune de Paris : se retirer de la ville, l'abandonner aux insurgés, l'encercler, puis la reprendre. Le 11 avril, le quartier de la Croix Rousse est bombardé. Le 12 avril, la troupe attaque et prend le quartier insurgé de la Guillotière, après avoir détruit de nombreuses maisons avec l'artillerie. Le 14 avril, l'armée reconquiert progressivement la ville et attaque pour la troisième fois le quartier de la Croix-Rousse, massacrant de nombreux ouvriers. Le 15 avril marque la fin de la "Sanglante semaine" à Lyon, qui fit plus de 600 victimes. 10 000 insurgés faits prisonniers seront jugés à Paris en avril 1835, et seront condamnés à la déportation ou à de lourdes peines de prison. Cette terrible répression marque le début d'une méthode dure qui ne cessera d'être appliquée contre les insurrections, comme en juin 1848 et en 1871 contre les communards. Cela aura une répercussion sur l'évolution du mouvement ouvrier français, caractérisé par un lutte féroce entre patronnat et classe ouvrière, qualifiée de "dangereuse". C'est ainsi que dans le Journal des Débats, le 8 décembre 1831, Saint Marc Girardin, conseiller d'État, écrivait ceci : "Les barbares qui menacent la société ne sont point au Caucase ; ils sont dans les faubourgs de nos villes manufacturières"  Et Casimir Perier, président du conseil, déclara à la Chambre des députés en 1831 :  "Il faut que les ouvriers sachent qu'il n'y a de remède pour eux que la patience et la résignation."
 Sur le drapeau noir (synonyme de deuil) on pouvait lire :
"Vivre en travaillant ou mourir en combattant"

 Débuts du mouvement ouvrier : le chartisme anglais
Feargus_O'Connor_chartisme                                                                                                                                 
Feargus O'Connor (1794-1855) 

 

En 1837, il fonda le journal radical Northern Star, qui allait devenir un des forums clé pour les débats tactiques et stratégiques des chartistes. Vendu de main à la main, lu à haute voix lors des réunions, le journal était le fil à plomb d'une bonne partie du mouvement chartiste. Il fut un des chefs de file du Chartisme. En 1845, alors que les signes avant coureurs du Chartisme se manifestaient, il fonda la Chartist Land Company, organisation qui avait pour but d'acquérir de grosses parcelles de terre afin de les diviser en petites parcelles destinées à être exploités par des fermiers indépendants en échange d'un loyer. 70 000 personnes ont apporté de l'argent à ce projet. O Connor croyait qu'avec ce dispositif, la société pouvait être transformée. Des ouvriers dans des logements insalubres en ville retrouveraient une vie plus saine à la campagne. Le départ de ces ouvriers de la ville réduirait le chômage. Le projet devint très populaire, mais ce système ne s'avéra pas viable. Les ouvriers industriels faisaient souvent des fermiers peu doués, les chartistes ne pouvaient pas acheter de la terre de très bonne qualité. Au final, seulement 250 familles furent établies sur leurs fermes et l'organisation fit faillite en 1851. (Wikipédia)
                                  

 Le Royaume Uni fut le premier à opérer sa "revolution industrielle", et c'est donc tout naturellement  dans ce pays  que les ouvriers, nombreux dans le textile, les mines de charbon et la métallurgie, cherchèrent à s'organiser pour améliorer leur sort et accéder aux droits politiques. Le mouvement ouvrier qui se développa au cours des années 1838-1848 tire son nom de la Charte du peuple, document exposant six revendications majeures : suffrage universel pour les hommes à partir de vingt et un ans ; éligibilité de tous les citoyens ; élection annuelle du Parlement ; scrutin secret ; indemnité parlementaire ; redistribution des circonscriptions. L'originalité de ce mouvement tient au fait qu'il se limite à des revendications d'ordre politique uniquement et se déroule dans un cadre pacifique, principalement par la pétition . Il faut dire que la diversité du prolétariat est encore très grande, ne permettant pas une conscience de classe elevée et des revendications plus révolutionnaires. Et le socialisme n'en est encore qu'à ses balbutiements.
 Le 12 juillet 1839, une pétition demandant l'application de la Charte, forte de 1 280 000 signatures, est soumise au Parlement qui la refuse. Les meneurs les plus radicaux (dont le journaliste O'Connor) déclarent alors une grève générale pour un mois (« le mois sacré ») Mais le droit de grève n'est pas encore reconnu en Angleterre et beaucoup d'ouvriers ne suivent pas le mot d'ordre. Une deuxième pétition sera formulée en 1842, toujours sans succès. Mais, cette fois, des troubles éclateront par endroits, entre autres dans le pays de Galles, permettant d'emprisonner plusieurs meneurs, dont O'Connor.  
 Le mouvement reprend de plus belle avec la grande crise économique de 1846-1848, surtout dans le Lancashire et les comtés du Nord. Les réunions publiques rassemblent des foules énormes et une pétition est signée par des millions de personnes. Le gouvernement redoute une menace révolutionnaire suivant l'exemple de la France. Le 10 avril 1848, O'Connor va porter à Westminster les rouleaux de la pétition. Un examen attentif du document fera apparaître bon nombre de signatures apocryphes sur les quelque six millions de noms inscrits au bas des rouleaux. Habilement exploitée, cette fraude permet de faire sombrer dans le ridicule les prétentions du mouvement et celui-ci ne s'en relèvera pas. Certains chartistes, tel Ernest Jones, se tourneront alors vers le socialisme révolutionnaire, mais le mouvement ouvrier anglais restera peu marqué par le marxisme, à la différence de la France ou de l'Allemagne.



 Juillet 1830, la révolution confisquée

trois_glorieuses_1830

Le mardi 27 juillet au soir, place de la Bourse.  Lithographie de Langlumé d'aprèsVictor Adam (Musée Carnavalet)
La foule amène
devant un poste de garde, le cadavre d'un homme tué rue Saint-Honoré. Le poste où se sont réfugiés des gendarmes et bombardé de pierres puis incendié. On y voit les ouvriers en blouses cotoyer les bourgeois en beaux habits.

  Le retour des rois en 1815 et la contre-révolution menée par l'aristocratie et l'Eglise ne réussirent pas à briser l'idéal démocratique et républicain qui avait germé en 1789 et continuait de couver sous les cendres de la défaite napoléonniènne. Dès 1820, l'agitation populaire réapparut, sous forme de manifestations de rue en faveur des libertés. L'opposition "libérale" se reconstitua à travers des société secrètes, telle la Charbonnerie. En 1822, des mouvements insurrectionnels se déclenchèrent dans plusieurs villes (La Rochelle, Belfort, Colmar) mais ils furent réprimés, entraînant une plus forte restriction des libertés. Le mouvement reprit en 1827, à l'occasion des élections à la Chambre, qui avaient donné une majorité à l'opposition libérale. Des barricades furent dressées dans Paris, où l'on vit apparaître celui qui deviendra l'une des grandes figures des émeutiers parisiens jusqu'à la fin du siècle, Auguste Blanqui. Mais c'est en 1830 que l'insurrection parisienne tourna véritablement à la révolution. Les ordonances  promulguées par Charles X (dissolution de la Chambre élue en 1827, limitation de la liberté de la presse et réduction du corps électoral) mirent le feu aux poudres. Paris se couvrit de barricades les 27, 28 et 29 juillet. Ce furent les "Trois Glorieuses", immortalisées par le peintre Delacroix. Le peuple parisien tout entier se retrouvait uni, comme en 1789, contre les Bourbons et la noblesse qui avait retrouvé son arrogance. Sur les barricades, on put voir, à côté du petit peuple, des banquiers, des journalistes, des députés, des avocats et des jeunes étudiants comme Michelet qui deviendra le grand historien que l'on connaît. Le 3 aôut, une armée de milliers de volontaires, menée par le vieux Lafayette, arriva au palais de Rambouillet où s'était réfugié Charles X. Celui-ci capitula sans condition pour s'enfuir en Angleterre, mettant un terme au long règne de la dynastie des Bourbons.

 Mais l'insurrection populaire, récupérée par la bourgeoisie, ne put accoucher d'une république, qui restait encore synonyme de désordre et de violence. Les députés de la Chambre désignèrent à la majorité le duc d'Orléans comme"roi des français", un roi présentable car fils du jacobin régicide surnommé Philippe Egalité, et à sa  réputation libérale. Une monarchie parlementaire imparfaite voyait le jour, qui fut surtout au service de la bougeoisie d'affaire, dans le cadre d'un capitalisme triomphant et d'une misère sociale grandissante. Les républicains, frustrés, s'organisèrent autour du Parti du Mouvement et dans des sociétés secrètes comme celle des Amis du peuple, la Société des Droits de l'homme, les Carbonari, ou encore derrière les Saint-Simoniens. Les émeutes et insurrections populaires, mêlant désormais revendications sociales et politiques, se  multiplièrent à Paris (1831, 1832, 1834) ainsi qu'en province. Le point d'orgue fut l'émeute de la rue Transnonain en 1834, faisant
suite à l’interdiction des associations. L’émeute fut écrasée dans le sang, donnant le pretexte à l'arrestation de 164 meneurs républicains dont Ledru-Rollin, Blanqui, Raspail, Leroux, Barbès, Carnot (Un véritable 'Comité central"!) et la promulgation des lois de septembre 1835 interdisant toute critique de la personne du roi, tout rassemblement public et imposant la censure préalable à toute chose imprimée, sous peine de bagne. 

 Mais la situation, aggravée par la crise économique
de 1846-47, redevint explosive, au point qu'Alexis de Tocqueville, alors député, jugea nécessaire d'attirer l'attention de ses collègues par son discours à la Chambre du 27 janvier 1848, soit un mois avant le déclenchement de la révolution : «On dit qu’il n’y a point de péril, parce qu’il n’y a pas d’émeute; on dit que, comme il n’y a pas de désordre matériel à la surface de la société, les révolutions sont loin de nous. Messieurs, permettez-moi de vous dire que je crois que vous vous trompez. Sans doute le désordre n’est pas dans les faits,mais il est entré bien profondément dans les esprits. Regardez ce qui se passe au sein de ces classes ouvrières qui, aujourd’hui, je le reconnais, sont tranquilles. Il est vrai qu’elles ne sont pas tourmentées par les passions politiques proprement dites, au même degré où elles ont été tourmentées jadis ; mais ne voyez-vous pas que leurs passions, de politiques, sont devenues sociales ? Ne voyez-vous pas qu’il se répand peu à peu dans leur sein des opinions, des idées, qui ne vont point seulement à renverser telles lois, tel ministère, tel gouvernement même, mais la société, à l’ébranler sur les bases sur lesquelles elle repose aujourd’hui ? N’écoutezvous pas ce qui se dit tous les jours dans leur sein ? N’entendez-vous pas qu’on y répète sans cesse que tout ce qui se trouve au-dessus d’elles est incapable et indigne de les  gouverner ; que la division des biens faite jusqu’à présent dans le monde est injuste ; que la propriété repose sur des bases qui ne sont pas les bases équitables ? Et ne croyez-vous pas que, quand de telles opinions prennent racine, quand elles se répandent d’une manière presque générale, quand elles descendent profondément dans les masses, elles doivent amener tôt ou tard, je ne sais pas quand, je ne sais comment, mais elles doivent amener tôt ou tard les révolutions les plus redoutables ? Telle est, Messieurs, ma conviction profonde : je crois que nous  nous endormons à l’heure qu’il est sur un volcan, j’en suis profondément convaincu…»  (Discours prononcé à la Chambre des députés dans la discussion du projet d’adresse en réponse au discours de la couronne) Bibliothèque de la Pléiade, Oeuvres, tome I, Gallimard, 1991.


Le premier socialisme, dit "utopique" 

  On doit à Karl Marx et Friedrich Engels cette dénomination péjorative d'"utopistes" pour désigner les penseurs qui proposèrent, dès le début du XIXème siécle, des solutions à la "question sociale", pour les différencier du modéle socialiste prétendu "scientifique" qu'ils proposaient. Mais la pensée du jeune Karl Marx n'était pourtant pas très éloignée de celle de Proudhon, lorsqu'il écrivait par exemple : "La classe laborieuse, dans le cours de son développement, substituera à l’ancienne société civile une association qui exclura les classes et leur antagonisme, et il n’y aura plus de pouvoir politique proprement dit, puisque le pouvoir politique est précisément le résumé officiel de l’antagonisme dans la société civile." (Misère de la philosophie, 1847) La société communiste envisagée par Marx est restée elle aussi une utopie, et l'application léniniste de la "dictature du prolétariat", une funeste expérience totalitaire.
 C
'est Pierre Leroux qui revendiqua l'invention du terme de socialisme :"C'est moi aussi qui le premier me suis servi du mot de socialisme. C'était du néologisme alors, un néologisme nécessaire. Je forgeai ce mot par opposition à individualisme, qui commençait à avoir cours" (La grève de Samarez, Paris, Dentu, 1859,I,p.255) Terme qu'il définira ainsi par la suite : "Nous sommes socialistes si l’on veut entendre par socialisme la doctrine qui ne sacrifiera aucun des termes de la formule liberté, fraternité, égalité, unité, mais qui les conciliera tous ».
 Ce premier socialisme fut incroyablement foisonnant et prolifique, mais aussi très hétérogène. Peu de rapports en effet entre les rêves communautaires de Fourier, Owen ou Cabet, l'Association universelle souhaitée par les saint-simoniens, le fédéralisme proudhonien, le socialisme associatif de Leroux, sinon une répulsion partagée vis à vis des inégalités sociales et de la misère ouvrière, un profond humanisme et un sens aigu de la fraternité. « Je sais ce que c'est que la misère. J'y ai vécu. Tout ce que je sais, je le dois au désespoir. » écrivit Proudhon.

  Le principe d'association fut sans doute le dénominateur commun de toutes les doctrines du premier socialisme. Il partait de l'idée que la fraternité et la solidarité sont les valeurs essentielles de la société, sans lesquelles celle-ci devient une jungle.
L'association fut déclinée sous toutes ses formes : politique, avec le Parti des travailleurs créé par les saints-simoniens, coopérative dans les "villages de la coopération et de l’amitié" établis par Robert Owen, hédoniste et libertaire dans les phalanstères fourieristes, communiste dans l'Icarie d'Etienne Cabet, fraternelle et autogestionnaire dans les fédérations et mutualités proudhoniennes. 
  Les socialistes utopiques furent tous des formidables penseurs. Des "doux rêveurs", ont plutôt dit leurs contempteurs, qui leur reprochaient leur vision étriquée de la politique, leur religiosité et leur naïveté. Il est vrai que leur confiance, très rousseauiste, en une bonté naturelle de l'homme et leur pacifisme, pouvaient apparaître comme de l'angélisme. Mais c'était avant l'assassinat de Jaurès et la Grande guerre. Il est vrai aussi que le destin des expériences communautaires fut éphémère. Mais si l'on considère leur influence à long terme, elle fut considérable, puisque on la retrouve dans le mouvement anarchiste, libertaire, syndicaliste, associatif, autogestionnaire, ainsi que dans le mouvement hippie et soxante-huitard ou actuellement dans la mouvance écologiste ou altermondialiste.
Quant à la relation du socialisme utopique avec l'idéal démocratique, il est évident. Car quoi de plus démocratique que le principe d'association ?

Pierre Leroux Pierre Leroux, injustement tombé dans l'oubli, est sans doute celui qui est allé le plus loin dans l'analyse philosophique de la notion de solidarité. Dans son oeuvre maîtresse intitulé De l'humanité, de son principe et de son avenir, il considère la solidarité non pas comme un simple devoir moral (tel que la charité chrétienne ou la vertu républicaine) mais comme la spécifité même de l'espèce humaine (qu'il nomme humanité). L'homme étant par nature un être social, il ne peut exercer tout seul sa liberté, qui ne peut être complète que dans un rapport d'égalité avec l'autre. Dans une situation de soumission, l'exploité n'est pas libre, mais l'exploiteur non plus. "Et en effet, si les hommes ne sont pas égaux, , comment voulez-vous les proclamer tous libres ; et s'ils ne sont ni égaux ni libres, comment voulez-vous qu'ils s'aiment d'un fraternel amour ? écrit-il dans son livre De l'Egalité.  Mais Leroux est aussi conscient, comme son contemporain Tocqueville, des dangers de "la passion de l'égalité" pouvant conduire au despotisme et à la terreur comme en 1793, et il rejette toute théorie prônant un égalitarisme niveleur. La fraternité, expression de la solidarité, est donc selon lui, la seule capable de concilier individu, société et Etat" la fraternité est le lien entre la liberté de chacun et la liberté de tous ou égalité". Pierre Leroux peut être considéré comme le créateur du socialisme républicain, fondé sur l'idée que le socialisme n'est que la pleine réalisation de l'idée républicaine issue de la révolution française, idée que reprendra Jaurès avec sa "République sociale". Rejetant aussi tout recours à la violence au nom de la fraternité, il a confiance en la puissance de la loi et des institutions démocratiques (à condition de les réformer) pour réaliser le socialisme, sans recourir à la révolution.

Proudhon, à la différence de Leroux, ne pense pas que le socialisme (terme qu'il n'aime guère) puisse se réaliser dans le cadre d'une démocratie représentative, si bonne soit-elle, le pouvoir politique étant par nature oppresseur. C'est ainsi qu'il réfute la notion d'"Etat serviteur" préconisée par Louis Blanc. Sa théorie politique est résumée par sa formule : "Plus de partis. Plus d'autorité. Liberté absolue de l'homme et du citoyen " (Les confessions d'un révolutionnaire, 1849, III) En fait, la politique ne l'intèresse guère, privilégiant l'action sur le champ économique et social. Il pense que la révolution suppose en premier lieu une transformation radicale des rapports de production et d'échange, la réforme politique en découlant nécessairement. Mais il n'est pas pourtant partisan du recours à la violence, s'avouant "révolutionnaire mais non bousculeur" et même partisan d'un "réformisme révolutionnaire". Proudhon
:Proudhon, auteur de la célèbre formule "la propriété, c'est le vol", ne pronait cependant pas l'abolition de celle-ci, comme on le croit souvent, mais sa répartition équitable. Sa conception de l'égalité était pour lui le partage plutôt que la mise en commun, ce qui l'éloignera des idélogies communistes ou communautaristes. Il conçoit une société sans Etat, régie par le mutuellisme signifiant :"partage de la terre, division des propriétés; indépendance du travail, séparation des industries, spécialité des fonctions, responsabilité individuelle et collective, selon que le travail est individualisé ou groupé; réduction au minimum des frais généraux, suppression du parasitisme et de la misère." (De la capacité politique des classes ouvrières, 1865, II, Chap 4)

 Devenu un ennemi farouche de la démocratie représentative après l'echec de la Seconde République, (voir sa violente diatribe dans le Chapitre 2 de La Solution du probléme social) [Voir l'analyse au chapitre 5] il en appelle désormais à la "séparation" du prolétariat de la démocratie bourgeoise. Aux élections législatives de 1863, il lance un appel à l'abstention qu'il justifie, dans une brochure intitulée Les Démocrates assermentés et les Réfractaires comme un moyen de resistance à l'Empire."C'est une représentation respectueuse par laquelle le pouvoir est informé de l'impuissance morale où le peuple est mis de voter, et mis en demeure d'y pourvoir." Un an plus tard, dans sa Lettre aux ouvriers, il ira encore plus loin en prônant l'abstention systématique de la classe ouvrière aux élections, "seul moyen que nous avons d'affirmer notre droit et, comme parti politique, de nous faire connaître." Dans la même logique, à l'occasion du Manifeste des soixante, il dénoncera la présentation d'un candidat ouvrier aux élections législatives de 1864, position qu'il expliquera dans sa dernière oeuvre

Cependant la pensée de Proudhon, considéré comme le fondateur de l'anarchisme, a évolué à la fin de sa vie. En 1862, il écrit : 'Si en 1840, j'ai débuté par l'anarchie, conséquence de ma critique de l'idée gouvernementale, c'est que je devais finir par la Fédération, base nécessaire du droit des gens européens et plus tard de l'organisation de tous les Etats" (Lettre à Millet citée par Anne-Sophie Cambost, Proudhon, l'enfant terrible de la République, A Colin, 2009, p 243) prétendant que le "fédéralisme est le seul système politique qui puisse se concilier avec la vraie révolution et réaliser l'égalité économique" (lettre  à Dentu, ibid) Et c'est en 1863 qu'il publie Du Principe fédératif et de la nécessité de reconstituer le Parti de la Révolution pour exposer sa théorie politique définitive, mais qu'il n'aura pas le temps de développer suffisamment.


doctrine_saint-simonienneLe duc de Saint-Simon (1760-1825) grand aristocrate un peu illuminé mais plein de génie, converti aux idées de la révolution française, laissa derrière lui de nombreux disciples qui fondèrent l'école saint-simonienne. De leur maître, compagnon d'Auguste Comte, ils conservèrent la foi positiviste, pensant que le progrès scientifique, technique et économique pouvait être mis au service du bien-être de tous, grâce à l'éducation et à l'organisation sociale, seuls moyens d'améliorer le sort de "la classe qui n'a point d'autres moyens d'existence que le travail de ses bras". La doctrine saint-simonienne fut exposée par le polytechnicien Prosper Enfantin et Saint-Amand Bazard, qui firent paraître en 1829
 Ils y reprennent l'idée générale d''Association universelle imaginée par Saint-Simon, la définissant comme : "l'état où toutes les forces humaines seront harmonieusement combinées (...) Toute trace d'antagonisme doit disparaître, et avec lui, toute oppression exercée par le faible sur le fort (...) Ces termes peuvent être résumés dans la formule adoptée par l'école de Saint-Simon  :  Amélioration constante, sous le rapport intellectuel, moral et physique, de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre." (p 21) Puis, ils dressent une véritable théorie historique de la lutte des classes, que Marx et Engels reprendront plus tard. "L'exploitation n' a pas cessé. Elle se continue à un très haut degré dans la relation des propriétaires et des travailleurs, des maîtres et des salariés.(...) Le rapport du maître avec le salarié est la dernière transformation qu'a subi l'esclavage." (p. 23) Selon eux, l'exploitation de l'homme par l'homme a pour cause "la constitution actuelle de la propriété et sa transmission par la naissance (qui) perpétuent le fait d'une classification contraire à ces droits naturels, contraire aux goût et aux aptitudes," et qui donc "doivent être changées." (p.25)  La solution qu'ils proposent est une véritable collectivisation des moyens de production :: "l'Etat et non plus la famille héritera des richesses accumulées , en tant qu'elles forment ce que les écononomistes appellent les fonds de production. (p. 26) Précisant bien que ce qu'ils réclament n'est pas la "communauté des biens", ni le "partage égal de la propriété", mais " l'abolition des privilèges de la naissance et la destruction de l'héritage. (p. 27)  Ils demandent " que tous les instruments du travail, les terres et les capitaux, qui formrnt aujourd'hui le fonds morcelé des propriétés particulières soit réunis en un fonds social  et que ce fonds soit exploité par association et hiérarchiquement, de manière que la tache de chacun soit l'expression de sa capacité, et sa richesse la mesure de ces oeuvres." (p.27)

Journaux saint-simoniens

ruche_populaire_journal_saint-simonien  Pour assurer l'éducation des ouvriers, le saint-simonien Vinçard fonda le "Parti  socialiste des travailleurs" qui possédait son journal, La ruche populaire, ouvrant ses pages à tous ceux qui le désiraient : Le but principal de la Ruche populaire est deindiquer les misères cachées aux riches bienfaisants. Elle ouvre en outreaux ouvriers une tribune où chacun d'entre eux peut  faire entendre ses justes réclamations exprimer ses voeux légitime, ses espèrances d'amélioration (...) 
 A NOS FRERES
Nous voulons dire au plus malheureux de nos frères, gémissant sur la voie publique ou bien abandonne dans son grenier :
"Te voilà sans travail et tu en demandes; tu es sans logement, sans vêtement et sans nourriture,  incertain du lendemain ou sans providence; aucune main amie ne vient toucher la tienne, donc tu as à te plaindre.
Eh ! Bien, si ta plainte est digne, viens nous l'apporter; il ne t'en coûtera rien pour l'imprimer. Et tu parleras à la société, n'étatn justifiable en ceci que de la majorité de tes frères d'infortune."

journal_féministe-Saint-SimonienRevue féministe fondée en 1832 par les saint-simoniennes
 Désirée Véret, Marie-Reine Guindorf et Suzanne Voilquin
 
    Beaucoup de femmes s'engagèrent dans la lutte politique derrière les saint-simoniens, affichant leur volonté d'égalité entre les sexes et réclamant le droit de vote femminin. C'est Eugénie Niboyet, femme de lettres et fondatrice du journal La voix des Femmes, qui organisait les réunions politiques du mouvement et gérait les caisses de secours aux ouvriers, dispensant aide financière, soins de santé et enseignement. Citons aussi Jeanne Déroin, directrice du journal L'opinion des Femmes, qui dénonçait le mariage et réclamait le droit au divorce. ainsi que les célèbres Vésuviennes qui composèrent une Marseillaise des cotillons en 1848 commençant par : "Tremblez tyrans portant culotte". Les femmes furent nombreuses à monter sur les barricades en février 1848 ou à s'engager dans le combat politique, comme la célèbre Georges Sand, ou encore Jenny d'Héricourt, fondatrice de la Société pour l'émancipation des femmes et auteur de La femme affranchie paru en 1860, qui connaîtra un immense succès en Europe et aux Etats-Unis.
Rendons aussi hommage à Flora Tristan, saint-simonienne qui deviendra une socialiste convaincue. Dans un ouvrage de 1835 Nécessité de faire un bon accueil aux femmes étrangères, elle imagine les statuts d'une association destinée à fournir accueil et logement aux femmes seules. Elle deviendra l'amie de Charles Fourier et de Robert Owen, militant pour le droit au divorce ou l'abolition de la peine de mort. En 1843, elle publie son ouvrage le plus important, l'Union ouvrière, et elle entame un tour de France pour en assurer la promotion, voyage qui l'épuisera, puisqu'elle mourut à Bordeaux en novembre 1844.
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Robert Owen, Charles Fourier et Etienne Cabet peuvent être regroupés sous l'appellation de communautaristes, dans la mesure où ils  proposaient, un peu comme Platon avec sa République ou Thomas More et son Utopie, des systèmes de cités ou communautés idéales (New Harmony, phalanstère et familistère, Icarie) Mais, à la différence de leurs ancêtres, leurs projets furent mis en pratique avec malheureusement peu de succès. A côté de l'organisation de ces communautés, qui étaient censées se généraliser pour fonder une nouvelle société harmonieuse, chacun à sa façon élabora une réflexion théorique sur les moyens de changer la société et de mettre fin à l'exploitation capitaliste.
 Owen_billet_de_travail
  Billet  créé par Robert Owen, équivalent à une heure de travail                                                                                                                                         
 Au mois de septembre 1832, Robert Owen ouvrait à Londres le Marché national et équitable du travail (National and Equitable Labour Exchange) Les billets de travail y furent mis en circulation dès l'ouverture du marché, en reposant sur un mode de calcul qui n'était pas aussi simpliste qu'on a pu le croire. Owen non seulement tenait compte de la valeur de la matière première contenue dans chaque article, mais également du fait qu'a des types de travail ou de qualification différents il fallait que correspondent des valeurs différentes. L'on ajoutait ainsi la valeur en argent de la matière première, calculée au prix coûtant du marché extérieur, la rémunération offerte sur ce même marché pour les heures de travail passées à la fabrication de l'article, un penny par shilling comme contribution au fonctionnement de l'institution et l'on divisait le tout par six, six pence représentant l'estimation du prix moyen d'une heure de travail, là encore sur le marché extérieur. Le résultat était censé fournir le nombre d'heures de travail contenues dans l'article, chaque objet trouvant de la sorte un prix figurant sur le billet de travail remis à son producteur et permettant l'acquisition d'autres produits, de valeur équivalente, déposés par d'autres producteurs. Le marché national et équitable du travail de Londres et ses billets de travail connurent un succès initial considérable. Les produits affluèrent, provenant de sociétés coopératives ou apportés par des artisans, des travailleurs à domicile ou encore par des représentants de syndicats engagés dans la production coopérative. La direction dut du reste fermer les locaux durant plusieurs journées afin de procéder aux nécessaires opérations d'évaluation et de stockage. L'enthousiasme était tel que certains commerçants locaux acceptaient les billets de travail comme moyen de paiement..... Lire la suite sur :  http://www.silesfemmescomptaient.com/fr/bibliographie/silence_robertowen_5-6.htm


Godin-Familistère
Couverture d'un journal Illustré représentant Jean-Baptiste Godin,
 disciple de Charles Fourier et créateur du Familistère de Guise

 La pensée de Charles Fourier, touffue, complexe, passionnée et passionnante, est souvent réduite à l'utopie phalanstérienne qui n'en n'est qu'un aspect. Voici comment le voit Laurence Bouchet, membre de l'Association d'Etudes fourieristes, qui développe depuis de longues années un site web admirable et on ne peut plus complet : http://www.charlesfourier.fr/
Dans la première moitié du XIXe siècle Charles Fourier (1772-1837) critique la civilisation de son temps et, s’inspirant des découvertes de Newton sur l’attraction, il imagine la possibilité d’une société harmonieuse fondée sur l’épanouissement des passions. Au cœur de sa pensée on trouve par exemple : le travail « attrayant », l’éducation attentive à chacun, la liberté sexuelle, l’émancipation des femmes. Ses écrits empreints à la fois de philosophie, d’humour et d’imagination ont inspiré des écrivains et des poètes ; ils ont aussi fait des émules, suscité des « expériences sociales » c’est-à-dire des tentatives de communautés ou phalanstères en France, aux Etats-Unis et ailleurs. Aujourd’hui encore, l’utopie (?) de Charles Fourier peut éveiller chacun de nous en lui donnant à rêver et à penser. 
                                                                                                                                                    
Sur le Familistère de Guise, voir : http://www.cndp.fr/tdc/tous-les-numeros/les-villes-imaginaires/videos/article/le-familistere-de-guise-un-modele-dhabitat-social.html  


Cabet_Icarie     Etienne Cabet est l'exemple même de cette génération des "hommes de 48", romantiques, rêveurs, débordant d'imagination et d'illusions, qui ont marqué cette époque si riche en créativité. C'est ainsi, en tout cas, que le présente un temoin de l'époque Pierre Joigneaux* :
"Son système, à lui, se rapprochait beaucoup de celui des jésuites du Paraguay, tel que l’avait décrit Châteaubriand avec une chaleur entraînante et une richesse de style propres à faire des prosélytes (...) Le fait est que Cabet inspirait une grande confiance et avait réussi à grouper autour de lui quantité de gens de cœur, plus prompts à l’enthousiasme qu’au raisonnement et prêts à tous les sacrifices. Après tout, leur confiance s’expliquait par la parfaite honorabilité de leur chef, dont les convictions étaient profondes et incontestables.(...) Cabet et ses disciples, que l’on désignait sous le nom d’Icariens, applaudirent nécessairement à la Révolution de février 1848. Ils crurent que les temps étaient venus et que la réalisation de leurs projets allait se faire en France même. Cette illusion ne dura guère (...) Voyant que la politique républicaine, au lieu de souffler dans ses voiles, ne le protégeait même pas contre l’ennemi commun, il prit le parti de s’expatrier et d’aller planter sa tente sous des cieux plus cléments. Il choisit un coin des États-Unis, non loin de Saint-Louis, et aussitôt qu’il fut possible de s’y installer, un premier convoi quitta la France et alla se fixer sur la terre promise. Il y eut un second convoi, un troisième, puis d’autres encore, qui portèrent le nombre des émigrants à plusieurs centaines. Il s’y trouvait surtout des artisans, de bons ouvriers, qui avaient vendu ce qu’ils possédaient en France, qui emportaient tout avec eux et allaient verser leur avoir dans la communauté. (...) Cabet, qui avait été le fondateur de la communauté, en fut un instant l’idole et se fit appeler le père. Il était difficile que l’idole fût longtemps vénérée ; on trouva bientôt que le père ressemblait trop à un maître, qu’il [page 220] était trop chez lui et que ses fidèles n’étaient pas assez chez eux. L’harmonie de la lune de miel devait se gâter au renouveau et elle se gâta.(...) Avons-nous besoin de rappeler que la désunion la plus violente se produisit chez les collectivistes d’Icarie ; qu’il se forma deux partis, l’un fidèle à Cabet, l’autre acharné contre lui ; que la comm Zunauté eut son coup d’État et que Cabet, vaincu par le nombre, dut quitter précipitamment l’établissement qu’il avait créé et qu’il mourut de chagrin en partant, non loin de là, à Saint-Louis ? "( A lire sur : http://www.1851.fr/hommes/joigneaux/tome_1_21.htm )
  Pour des informations plus complètes sur l'Icarie, voir le site web de Rachel Gibert :  https://sites.google.com/site/rachelgibert/utopies/voyage-en-icarie-cabet
 


Journal_l'AvenirDans le cadre de cet immense mouvement de pensée visant à émanciper l'homme de l'exploitation capitaliste et le conduire vers une société plus égalitaire et fraternelle, il faut aussi citer le courant baptisé socialisme chrétien ou catholicisme social. Loin de la doctrine officielle de l'Eglise, il fut le fait de personnalités diverse, des croyants sincères comme l'historien Frédéric Ozanam fondateur de la Société Saint-Vincent de Paul en 1832, ou l'ex-saint-simonien Buchez, créateur en 1834 de l'Association des bijoutiers en doré, l'une des premières coopératives françaises et du journal l'Atelier * où Buchez écrivait le 26 mars 1848 : " Il faut que dans un prochain avenir disparaisse la catégorie des maîtres  et des ouvriers et qu'on ne voie partout que des travailleurs associés. » Avec l'abbé dominicain Lacordaire, ils fondèrent en 1848 le journal L'Ere nouvelle, plaidant pour une prise en compte de la misère sociale. " Fille du christianisme et de la raison, la démocratie moderne est le dernier terme des progrès sociaux : elle peut être la meilleure des sociétés..." put-on lire sous la plume de Maret dans le n° 13. Citons aussi le très célèbre prêtre Félicité de Lamennais, l'un des  les plus importants idéologues chrétiens, élu député en 1848, co-fondateur avec son frère de la Congrégation de Saint-Pierre, puis avec Lacordaire et Montalembert, du journal L'Avenir où il se fait l'apôtre de l'"humanitarisme" démocratique.

lire des extraits du journal



  La révolution de 1848 et l'espoir déçu d'une démocratie sociale

fevrier_1848_hagnauer
Comme en juillet 1830, trois journées d'insurrection populaire, les 22, 23 et 24 fevrier 1848, suffirent à faire tomber le régime et chasser le roi Louis-Philippe. La royauté était cette fois-ci enterrée pour de bon. Comme pour les "Trois Glorieuses, c'est une étincelle qui met le feu à la poudrière (une manifestation interdite, suivie d'une atrocité commise par un garde municipal éventrant à la baïonnette un manifestant) et la tactique des barricades hérissées dans le lacis des ruelles parisiennes qui permet la prise en main rapide de Paris par le peuple. Mais la ressemblance s'arrête là. Du côté du pouvoir, la force publique était beaucoup plus considérable, répartie entre la garde municipale, nationale, dragons, et une garnison de 60 000 militaires aux portes de Paris. En face, une population plus  nombreuse (Paris dépassait le million d'habitants) mais  beaucoup plus misérable qu'en 1830 et donc aussi plus détérminée. Car  la crise  économique qui sévissait alors avait entraîné des dégâts économiques et sociaux considérables : misère paysanne, exode rural, faillite des petites entreprises, baisse des salaires et chômage massif, crise financière, etc. A Paris, le monde de la petite bourgeoisie, artisans et boutiquiers qui faisait travailler la majorité de la population avait été durement touché. C'est lui qui descendit dans la rue le premier, rejoint par la garde nationale, issue du même milieu, qui se mutina pour s'interposer entre le peuple et les soldats, dont beaucoup finirent par fraterniser eux aussi avec les insurgés. Des leaders politiques comme le très populaire Lamartine ou le socialiste Louis Blanc, des journalistes tels Marrast, du journal La Réforme, ou Flocon du National, et de nombreux membres de sociétés secrètes feront le reste.
 Le 24 au soir, un gouvernement provisoire fut présenté par Lamartine à la Chambre des députés envahie par la foule. Restait le passage plus difficile par l'Hôtel de ville, encerclé par les insurgés en armes qui réclamaient la République tout de suite et des délégués du peuple. Lamartine, par son courage et son habilité, réussit à trouver un compromis : Louis Blanc, l'ouvrier Albert, Marrast et Flocon sont nommés secrétaires du Gouvernement et la République est provisoirement instaurée en attendant sa ratification par le peuple souverain. Le suffrage universel (pour les hommes) fut proclamé le jour même. Le lendemain 25 février, la liberté de réunion, d'association et le droit au travail furent reconnus par un décret proclamant:"Le gouvernement provisoire de la République française s'engage à  l'existence de l'ouvrier par le travail. Il s'engage à garantir du travail à tous les citoyens. Il reconnait que les ouvriers doivent s'associer entre eux pour jouir du bénéficé légitime de leur travail". La peine de mort pour raisons politique sera abolie le 26 février, la peine d'exposition publique le 12 avril et l'esclavage dans les colonies le 27 avril.
Sur le détail des évènements, lire le témoignage irremplaçable de Maxime Du Camp : Souvenirs de l'année 1848

         Incendie du Château- d'Eau, place du Palais royal, le 24 février 1848  (peinture d'Eugène HAGNAUER)                                


députés_democrates-socialistes-1849Les députés de la gauche démocrate et socialiste élus à la chambre des députés en mai 1849
  Lithographie anonyme parue dans le journal "La Montagne" (Paris, BN)
Zoomer sur l'image pour l'agrandir et lire le nom des députés

  Sous la vigilance du peuple mobilisé, un embryon de "republique sociale" semblait voir le jour. Il faut dire que, depuis 1830, les idées socialistes avaient fait leur chemin. En 1840 avaient été pubiés simultanément L'Organisation du travail de Louis Blanc, Mémoires sur la propriété de Proudhon et l'Humanité de Pierre Leroux. Trois théoriciens d'importance, aux idées très différentes, mais cherchant tous à améliorer le sort des ouvriers, lutter contre la pauvreté et l'inégalité sociale. C'est cette triade d'éminents penseurs, à laquelle il faut ajouter Victor Considérant, disciple de Fourier et fondateur de L'école Sociétaire, qui va se retrouver à l'Assemblée constituante élue le 8 avril 1848, puis à la chambre des députés dans le groupe de la Gauche démocrate et socialiste ("démoc.soc") en 1849, vite soutenue par Victor Hugo. Un véritable laboratoire d'idées qui illuminera les débuts de la Seconde République.
 
  Louis Blanc fut le premier à utiliser le terme de democratie sociale. Souvent considéré à tort comme partisan d'un socialisme étatisé, il était au contraire très attacné au principe associatif, aussi bien au niveau politique que économique. Mais, comme Leroux, il faisait confiance au régime représentatif et à l'Etat pour entreprendre les réformes pouvant conduire à un socialisme autogestionnaire Il s'installa dans le fauteuil en velours de la présidence du Sénat au Palais du Luxembourg pour présider la Commission pour les travailleurs, réunissant des délégués des différents corps de métiers. La première mesure fut la création des Ateliers nationaux qui ne seront qu'une pauvre caricature des Unités de production autogérées dont Louis Blanc rêvait. ils se limitèrent à de misérables chantiers de terrassement destinés à donner du travail aux chômeurs. En mars, plus de 20 000 chômeurs y seront inscrits, pour toucher leur 2 francs par jour. Cependant le travail de la Commission du Luxembourg fut loin d'être négligeable. Elle règla de nombreux conflits du travail et favorisa la création de coopératives ouvrières et même un projet de participation aux bénéfices pour les ouvriers des sociétés de chemin de fer, qui devaient être nationalisées. Elu à l'Assemblée Nationale en 1849, Louis Blanc plaidera vainement pour la création d'un ministère du travail et du progrès. Mais, faute d'être entendu, il démissionna et s'exila à Londres après les évènements de juin 1848.

 
Pierre Leroux, délégué à la commission d'élaboration de la constitution, proposa : "Que les prolétaires soient spécialement représentés à la Chambre, que les lois protectrices de la santé et du salaire  y soient votées, que des travaux publics soient entrepris par l'Etat, que les retraites ouvrières soient instituées, enfin que l'instruction et l'éducation soient données à tous."
 Victor Considérant, de son côté, y plaida pour l'extension du droit de vote aux femmes. Il
se prononcera, dans Le socialisme devant le vieux monde, pour le respect de la dignité de la femme et le droit au divorce.

Il faut préciser que le mouvement féministe fut très actif pendant la période post-révolutionnaire de 1848. Les femmes furent nombreuses à manifester pour exiger l'ouverture d'atelers nationaux femminins, soutenues par des journalistes comme Eugénie Niboyet, créatrice du journal La voix des Femmes ou encore Désirée Gay, éditrice de La Politique des femmes. Elue déléguée auprès du Gouvernement provrisoire, celle-ci réussit à se faire nommer chef de la division de l'atelier de la cour des Fontaines. Les femmes réclamèrent  le droit de vote mais aussi celui d'être élues. Jeanne Deroin, fondatrice de l'Opinion des femmes, se présenta aux élections législatives de 1849. Citons aussi Jenny d'Héricourt créatrice de la Société d'émancipation des femmes, qui plaida pour la création de crèches et de restaurants collectifs. Elle participa à la rédaction d'un Manifeste pour l'organisation du travail des ouvriéres.

  Quant à Proudhon, qui était opposé à toute démocratie représentative, sa présence à l'Assemblée ne s'expliquait que par son désir de s'en servir de tribune pour exprimer ses idées. Aussitôt élu, il  proposa, dans son journal Le représentant du Peuple, de déposer une pétition à l'Assemblée Nationale pour qu'elle décrète l'effacement d'un tiers de toutes les dettes, loyers et fermages. Puis il réclama la création d'un impôt sur le revenu et d'une Banque du Peuple pratiquant le crédit gratuit. Sans se décourager devant l'hostilité suscitée par son projet, il décida de créer lui-même sa banque du peuple le 31 janvier 1849, en se proclamant gérant, mais celle-ci ne survivra que 3 mois !  Mais c'est le 31 juillet 1848 que l'infatiguable franc-comtois réalisa son coup de génie. Thiers l'ayant pris à partie et sommé de clarifier son projet, il profita de l'occasion pour exposer toute sa théorie politique dans un discours mémorable de trois heures, au milieu des rires et des quolibets, multipliant les provocations du genre : "Je regrette, citoyens, que ce que je vous dis vous fasse tant rire, parce que ce que je dis vous tuera. ! Cette intervention valut à Proudhon un blâme de l'Assemblée, mais surtout une popularité telle qu'il fit la une des journaux.
N'oublions pas aussi le rôle joué par Victor Hugo dans sa croisade contre la pauvreté, surtout littéraire (voir plus loin), mais aussi exprimée à la tribune de l'Assemblée Nationale (voir son discours du 9 juillet 1849)
 
 
 Révolution contre suffrage universel

 Dès le mois de mars, un vif débat divisa républicains et socialistes au sujet de la fixation de la date des futures élections pour l'Assemblée constituante. Les uns, par hostilité au système représentatif, comme Proudhon et Considérant, voulaient réaliser tout de suite la "révolution économique et sociale" ; d'autres, redoutant (avec raison) le verdict des urnes, voulaient se donner le temps de mettre en place des mesures favorables au petit peuple ("faire le bien", disait Louis Blanc) et de préparer la campagne électorale. Mais la majorité des membres du Gouvernement Provisoire, dont Lamartine et Ledru-Rollin, voulaient des élections immédiates pour s'assurer une légitimité populaire. Georges Sand écrivit dans le Bulletin de la République : "Les élections, si elles ne font pas triompher la vérité sociale, si elles sont l'expression des intérêts d'une caste, arrachée à la confiante loyauté du peuple, les élections, qui devraient être le salut de la République, seront sa perte, il n'en faut pas douter."
Blanqui_Auguste
  Pour faire pression sur la gouvernement, une manifestation fut organisée le 17 mars. Ce fut un succès : plus de 200 000 manifestants défilèrent pour demander le report des  élections de l'Assemblée constituante. Le Gouvernement provisoire accepta de les repousser de 15 jours. Une secnde manifestation populaire eut lieu le 16 avril. Les ouvriers portaient des bannières sur lesquelles étaient écrites: "Organisation du travail" ; "Cessation de l’exploitation de l’homme par l’homme." Mais cette fois, ils se heurtèrent violemment à la Garde nationale."A bas les communistes!", avait-on entendu crier.
 

Le 23 avril 1848 eut lieu l'élection de l'Assemblée constituante, première élection au suffrage universel en France. Ce fut un jour de liesse et on se bouscula pour aller voter (84 % de participation). Les démocrates radicaux et les socialistes obtinrent 105 députés. Louis Blanc et Ledru-Rolin étaient passés de justesse, tandis que Blanqui et Raspail avaient été battus. Le parti des républicains modérés, représenté par Lamartine, avait obtenu la majorité de 500 députés et la droite conservatrice et monarchiste atteignait 250 députés. La France avait montré son visage politique : Oui à une république de petits propriétaires ; Non au socialisme. Mais il faut préciser qu'une mesure impopulaire d'augmentation des impôts touchant les paysans avait passablement influencé le vote ! Dés l'annonce des résultats, des manifestations se produisirent dans plusieurs villes de France, dont Rouen où la répression fit des dizaines de victimes. Une nouvelle manifestation de soutien à la Pologne, le 15 mai, dégénèra. Un groupe, mené par Huber et Blanqui [1], décida d'aller envahir l'Assemblée Constituante pour exiger sa dissolution. La troupe intervint et les meneurs furent arrêtés, dont Blanqui, Raspail, ainsi que Barbès et Albert (élus députés, ils s'étaient ralliés aux insurgés). L'écrasement de l'émeute ouvriére en juin (voir plus bas) mit définitivement fin aux espoirs de démocratie sociale.

 On s'attendait à une une victoire écrasante de Louis-Napoléon Bonaparte aux élections présidentielles du 10 décembre 1848, ce fut un raz de marée : 74 % des votants ! Tous les paysans, mais ausi beaucoup d'ouvriers et de petites gens, avaient voté en masse pour le neveu de l'Empereur, censé réincarner Napoleon qui avait su ramener l'ordre, la prospérité et préserver la petite propriété. Les contemporains furent incrédules, les républicains abasourdis, Lamartine blessé à mort. Chacun y alla de son commentaire: "la pire fin de la République" (Tocquville), "Le coup d'Etat des paysans" (Karl Marx), "La défaite du rationalisme démocratique par un nom." (Montalembert) et les historiens en discutent encore.

C'est naturellement la droite conservatrice (le "parti de l'ordre") qui triompha aux élections législatives du 13 mai 1849, les républicains modérés ayant été décapités. Mais le fait surprenant fut la bon score des démoc.soc avec 180 députés et la totalité de la députation dans 14 départements. Il s'agissait principalement des régions du Nord-Ouest du Massif central, du pourtour méditerranéen, ou des regions de montagne; pays de terres pauvres, de très petites propriétés ou de viticulture, gravement touchés par la crise et plus perméables aux idées socialistes.

 L'affrontement entre Droite et Gauche atteignit son point culminant lors de la décision prise par Louis-Napoléon Bonaparte, avec l'appui de la Droite, d'envoyer un corps expéditionnaire à Rome pour rétablir le pape au Vatican, évincé lors de la création d'une république romaine le 9 février 1849. Victor Considérant et Ledru-Rollin déposèrent le 7 mai 1849 une pétition visant à mettre en accusation le Président et ses ministres pour "violation de la constitution", s'appuyant sur le cinqième point du préambule. La pétition fut repoussée par 347 voix contre 138. Les pétitionnaires décidèrent alors de lancer un appel à une manifestation pacifique le 13 juin. Le droit à "se rassembler paisiblement et sans armes" avait été reconnu par la nouvelle constitution (art.8) mais cela n'empêcha pas le gouvernement d'envoyer la troupe contre des députés de la République. Et plusieurs locaux de journaux républicains ou socialistes furent mis à sac. L'état de siège fut proclamé et 14 personnalités de l'opposition furent jugées par la Haute Cour et condamnés à la déportation, dont Considérant, Ledru-Rollin et Arago. Mais ils avaient déjà choisi l'exil. Les manifestations en province furent également nombreuses et la répression féroce (150 tués ou blessés à Lyon) Même des paysans armés de faux avaient été dispersés dans l'Allier ! L'heure de la revanche contre la démocratie sociale et du "retour à l'ordre" était venue et la voie grande ouverte à un nouveau despote, neveu de l'ancien !

[1] Auguste Blanqui, surnommé l'Insurgé, fut sans doute la figure la plus populaire des combattants pour la république et la démocratie du XIXème siécle, le plus adulé par le petit peuple de Paris et le plus détésté par les bourgeois. "Un homme (...) dont le souvenir m'a toujours rempli de dégoût et d'horreur (...) Il semblait avoir vécu dans un égout et en sortir", dira de lui Alexis de Tocqueville. Mais le grand baron feignait d'ignorer que Blanqui avait déjà passé plusieurs années de sa vie en prison, dont quatre au terrible pénitencier du Mont Saint-Michel, après sa condamnation à mort, commuée en prison à vie, en 1839, avec son camarade Barbès, période pendant laquelle son épouse bien-aimée était morte sans qu'il ait pu la revoir. Il avait été aussi blessé plusieurs fois dans des combats de rue. Car depuis 1827, il fut de tous les combats, toutes les manifestations, toutes les nsurrections, toutes les barricades. Activiste, plus que théoricien, il avait gardé de son passage dans la Charbonnerie, le goût de la conspiration. A partir du printemps 1848, il participera à toutes les grandes "journées" des 17 mars, 16 avril, 15 mai. Condamné à nouveau à 10 années de prison pour sa participation à l'invasion de la Chambre des députés, il n'en ressortira qu'en 1859, et y retournera aussiitôt, pour avoir fait paraître une brochure clandestine. Sa réapparition en 1870 est fracassante : Le peuple, qui a envahit l'Hôtel de Ville àprès la capitulation de l'Empereur contre l'armée prussienne, le nomme chef du gouvernement provisoire. Il ne le sera que quelques heures ! Arrêté, il sera condamné à mort par un conseil de guerre le 19 mars 1871 et ne pourra participer à la Commune de Paris, dont il avait portant vocation d'en devenir, sinon le chef, du moins le héros. Amnistié en 1879, il fondera le journal Ni Dieu, Ni maître, avant de mourir en 1881. Louise Michel prononcera son éoge funèbre et Eugène Pottier écrira son épitaphe :
"Contre une classe sans entrailles, luttant pour le peuple sans pain,
Il eut vivant quatre murailles, mort quatre planches de sapin"


 La tragédie parisienne de juin 1848
                
                     Les Morts de 1848. Dessin à l'aquarelle d'Hervier

répression_juin_1848

  Seulement trois mois après la révolution de février 1848, des barricades se dressent à nouveau dans Paris. Mais cette fois-ci, les insurgés ne sont plus tout à fait les mêmes et l'on n'y voit plus de bourgeois paradant dans leurs beaux habits. Car les 4000 barricades sont toutes dans les arrondissements de l'Est, le Paris populaire. Les visages sont fermés et les cris de desespoir ont remplacés les slogans de joie et de victoire. "Du pain ou du plomb" scandent les milliers ouvriers défilant rue Saint-Jacques."A bas Lamartine !", entend crier Victor Hugo du haut de son balcon, place des Vosges. "La liberté ou la mort", hurle la foule attroupée place de la Bastille, après s'être agenouillée pendant le discours du jeune Pujol, devenu le héros du jour. Car pas un leader politique connu n'est avec eux. Pujol, âgé de 26 ans, ancien séminariste qui s'est engagé dans l'armée d'Afrique, avait mené la délégation des ouvriers devant l'Assemblée Nationale, pôur protester contre le décret du 21 juin annonçant la fermeture des Ateliers nationaux. Et au député Marie qui lui avait affirmé que le gouvernement n'hésiterait pas à employer le force, il avait répondu :"C'est bien. nous savons maintenant cc que nous voulions savoir (...) Que la Commission éxécutive n'a jamais voulu sincérement l'organisation de travail. Adieu, citoyen." C'est donc sans illusions et sans espoir que tous les miséreux, les chômeurs, dont beaucoup arrivés fraîchement de la province, mais aussi tout le petit monde des ouvriers et des artisans, charretiers, charbonniers, débardeurs, carriers, bronziers, ébénistes, cabaretiers, chiffonniers, dockers, sont derrière les barricades, armés grâce au renfort de la garde nationale des quartiers-Est. Le gouvernement provisoire est dépassé, abattu, sachant que la négociation est devenue impossible et que la décision appartient à l'Assemblée tenue par la droite. Lamartine se risque vers une barricade, mais est reçu par des coups de fusil, Ledru-Rollin est terré dans son bureau, Arago, essayant de haranguer la foule place du Panthéon s'entend répondre :"Ah! Monsieur Arago,  rous n'avez jamais eu faim, vous ne savez pas ce que c'est que la misère." Ils sont presque soulagés quand l'Assemblée vote l'état de siège et donne les pleins pouvoirs au général Cavaignac. Au moins, ils ne seront pas directement responsables du carnage!Seule, une voix se fait entendre à l'Assemblée pour s'opposer à la répression, celle de Victor Considérant. Il rédige le 23 juin, dans son journal La démocratie pacifique, une proclamation demandant à L'Assemblée d'agir avec modération avec les émeutiers, puis le 24, il implore les députés : "Dans ce moment terrible, une parole de l'Assemblée nationale pourrait plus, pour comprimer ou dissiper l'émeute, que la force armée elle-même", mais on lui répond que ce serait pactiser avec l'émeute. Il écrivit le lendemain dans son journal: "La République n'a t-elle que du plomb et du fer  pour répondre aux cris de ceux qui ont faim et meurent martyrs de la misère ?" Dans son ouvrage Le socialisme devant le vieux monde, Il analysera les évenements de juin en écrivant : Si l'on ne veut pas compter avec la force vive des intêrets du prolétariat et du Travail, avec la marée des droits nouveaux (...) l'on marchera à grands pas à la guerre sociale universelle.."

Le bilan de la répression des journées du 23 au 26 juin fut terrible : près de 3000 tués  chez les insurgés, 1500 fusillés sans jugement, 4000 déportés en Algérie. et
1600 tués ou blessés dans les forces de l'ordre. Les conséquences politiques seront aussi considérables. Non seulement l'idée de république sociale était enterré, mais le principe même de la république, souvent qualifiée de gueuse, était remis en cause. Louis-Napoléon Bonaparte fut élu triomphalement aux élections présidentielles de décembre et les royalistes firent un retour en force aux élections législatives de 1849. L'ancien roi Louis-Philippe, depuis son exil, avait déclaré cyniquement : " La république a bien de la chance, elle peut tirer sur le peuple."

Sources : La seconde République, Inès Murat, Fayard, 1987, chap VIII  et  Victor Considérant : démocrate fouriériste, Michel Vernus, Virgile, 2009

 1848, "le printemps des peuples" en Europe

La révolution française de 1789 avait déjà ébranlé toute l'Europe, surtout du fait de la politique extérieure des dirigeants Jacobins et Girondins, poursuivie et amplifiée parr Napoléon. Tous croyaient ou faisaient croire (argument toujours utilisé de nos jours) que les idées révolutionnaires et la démocratie pouvaient s'exporter par la guerre et l'occupation, politique bien résumée par cette formule de Saint-Just, au moment du vote de la déclaration de guerre à l'Autriche :
" le peuple français vote la liberté du monde"
. Notons que Robespierre fut l'un des seuls à s'opposer à la déclaration de guerre en 1792. Il dit dans un discours : "La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d'un politique est de croire qu'il suffise à un peuple d'entrer, la main armée, chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et sa Constitution."
 Après la défaite napoléonienne, les pays vassaux ou rattachés au Grand Empire (Belgique, Italie, Croatie, Pologne, etc.) se révoltèrent pour ne pas retomber sous la tyrannie. Si la Belgique, à la suite d'une insurrection populaire, put rapidement obtenir son indépendance en 1830, il n'en fut pas de même pour la Pologne où la révolution fut écrasée dans le sang par l'armée russe. Les pays vivant sous la domination turque se révoltèrent également pour obtenir leur indépendance, telles la Serbie entre 1804 et 1817 et la Grèce qui mena un combat héroïque contre les turcs entre 1821 et 1830. La volonté d'émancipation se propagea jusqu'en Amérique Latine qui se libéra du joug espagnol entre 1810 et 1825,  entraînée par Simon Bolivar, grand admirateur de Napoléon.
 
Mais c'est surtout la révolution parisienne de février 1848 qui donna le feu vert à un large mouvement révolutionnaire en Europe. Il faut dire que la grave crise économique de 1847-48 avait préparé le terrain en amenant chômage et misère. Des émeutes éclatèrent à Vienne et à Berlin pour exiger des constitutions, puis le mouvement se propagea dans tous les pays de l'Empire Austro-Hongrois pour réclamer plus d'autonomie ou l'indépendance. L'Italie s'embrase et la république est proclamée à Venise, Florence et Rome où des constituitons, souvent très démocratiques, sont instaurées, telle celle de la République romaine. Le long processus du Resorgimento était amorcé, qui mènera à l'unité et l'indépendance italienne en 1861.

 Insurrection_des_5jours_Miman_1848revolution_hongroise_1848.jpgBarricades_Berlin_1848Bakounine_par_NadarPrague_1848Nicolae_Balescu_révolution_roumaine_1848

republique_romaine_1849Garibaldi            Révolte_Venise_1848                                                                                                                                                                                                          
                                       Timbre imprimé à l'occasion du centenaire de la proclamation de la République romaine en 1849                         Garibaldi, héros de l'indépendance italienne                      Timbre imprimé à l'occasion du centenaire la proclamation de la République de Venise en mars 1848



  Bakounine, connu comme l'un des fondateurs de l'anarchisme ou socialisme libertaire, fut de tous les combats du printemps des peuples. Arrivé à Paris pendant la révolution de 1848, il en partit  en avril pour rejoindre ses frères slaves insurgés, s'arrêtant en route à Francfort, Cologne, Berlin, Leipzig pour donner un coup de main aux insurgés. Mais c'est surtout à Prague, puis à Dresde en 1849, où il se fit arrêter,  qu'il entra dans la légende, admiré pour son énergie, sa bravoure  et sa  stature de Titan. Condamné à mort en 1850, il connut la prison en Allemagne puis en Sibérie, d'où il réussit à s'échapper. On le retrouve à Londres en 1861, puis en Italie, où il collabore avec les acteurs du risorgimento.
En 1868, Bakounine fonde l'Alliance internationale de la démocratie socialiste. Considérant, avec Proudhon, la démocratie représentative comme une supercherie, il déclara en 1870 : Il faut abolir complètement, dans le principe et dans les faits, tout ce qui s'appelle pouvoir politique ; parce que tant que le pouvoir politique existera, il y aura des dominateurs et des dominés, des maîtres et des esclaves, des exploiteurs et des exploités. Le pouvoir politique une fois aboli, il faut le remplacer par l'organisation des forces productives et des services économiques. » (Michel Bakounine, Les ours de Berne et l'ours de Saint-Pétersbourg, 1870.) 

  Nicolae Balcescu est un écrivain, historien, et révolutionnaire roumain. Présent à Paris, comme Bakounine, lors de la révolution de 1848, il retournera à Bucarest en juin pour mener la révolution et fut pendant deux jours le ministre des affaires étrangères dans le gouvernement provisoire. Il écrivit : "La révolution de 1821 a crié pour la liberté et a voulu que toute romain soit libre et égal, que l'Etat soit Roumain.  Elle a été une révolution démocratique. La  révolution de  1848 a voulu que le Roumain soit non seulement libre mais aussi propriétaire. Pour cela on ajouta à sa devise le mot de fraternité, cette condition principale du progrès social.»"

Garibaldi est le type du héros romantique par excellence, à la fois aventurier et révolutionnaire. En 1833, il rejoint la société secrète fondée par Mazzini, Jeune Italie, dont le but est de libérer l'Italie de la présence étrangère. Condamné à mort pour conspiration , il vivra en exil en France, puis au Brésil et en Uruguay où il s'enrôlera dans l'armée et participera à la guerre contre l'Argentine, forgeant sa réputation de chef de guerre et son surnom de héros des deux mondes. De retour en Italie en 1848, il partira combattre les Autrichiens au côté du roi Charles-Albert de Piemont, puis participera
avec Mazzini à la fondation de la République romaine qu'il défendra contre l'intervention française. Il réapparait en Italie en 1854, pour devenir ce héros mythique de la guerre d'indépendance italienne, avec son épopée des Mille et ses chemises rouges. Sa popularité fut alors immense, comme le prouve l'accueil triomphale qu'il reçut au Congrés pour la paix de Genève en 1867, où il partagea la vedette avec Bakounine. Les deux baroudeurs de la révolution étaient réunis pour parler de la paix ! " Cette rencontre solennelle des deux vieux combattants de la révolution produisit une impression étonnante. Tout le monde se leva et il y eut des applaudissements prolongés et enthousiastes", raconte un participant.



  Alexis de Toqueville, analyste de la démocratie américaine
Portrait d'Alexis de Tocqueville 
 (Gravure de la série des représentants de 1848 © AD Manche/A.Poirier)

Tocqueville  Issu d'une grande famille aristocratique parisienne, Alexis De Tocqueville , fervent lecteur des philosophes du 18ème, embrassa l'idéal des Lumières pour la liberté et l'égalité. Mais l'arrestation de ses parents pendant la Terreur et l'exécution de son grand-père Malesherbes restèrent un traumatisme qui l'amènera à condamner la violence révolutionnaire, tout en acceptant son bilan. Devenu juge, il est envoyé aux États-Unis en 1831 pour y étudier le système pénitentiaire. Fasciné par le système politique américain, Alexis de Tocqueville se lance dans la rédaction d'un livre d'analyse et de réflexion politique intitulé De la démocratie en Amérique (le premier tome est publié en 1835, le second en 1840). élu député en 1839, il soutiendra activement la révolution de 1848, participant à la rédaction de la nouvelle Constitution, puis devenant ministre des Affaires étrangères en 1849. Le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte en décembre 1851 met un terme à sa carrière politique. Tocqueville reprend alors ses voyages et se lance dans un travail d'historien avec son livre L’Ancien Régime et la Révolution, qui reste encore un ouvrage de référence [1]

 Souvent étiqueté comme représentant de la pensée libérale, Tocqueville, qui ne fut pourtant pas tendre envers les socialistes quarante-huitards, ne le fut pas plus vis à vis des libéraux doctrinaires comme Guizot. La liberté, chère à ses yeux, est pour lui inséparable de l'égalité (il avait d'ailleurs voulu intituler le Tome II de De la démocratie en Amérique : L’influence de l’égalité sur les idées et les sentiments des hommes) Pour Tocqueville, la marche de l'humanité vers la démocratie est irrésistible,"le fait le plus continu, le plus ancien et le plus permanent que l'on connaisse dans l'histoire." (D.A., I, 1) Car "Le développement graduel de l'égalité des conditions est un fait providentiel, il en a les principaux caractères: il est universel, il est durable, il échappe chaque jour à la puissance humaine; tous les évènements, comme tous les hommes , servent à son développement." (D.A., I, 4)  Tel est le sens de l'histoire selon Tocqueville (concept de nécessite historique utilisé aussi par Hegel et Marx)

 Mais de quelle égalité s'agit-il lorsque Tocqueville parle d'égalité de condition ? Il nous en dit plus dans le tome II : " tous les hommes  ayant à peu près la même façon de penser et de sentir, chacun d'eux peut juger à un moment des sensations de tous ls autres (D.A., II, p. 171). Cette égalité dans la ressemblance visible dans la société américaine, Tocqueville l'oppose à la société de castes et de conflits propre à la société européenne : "Lorsque les citoyens sont divisés en castes et et en classes, non seulement ils différent les uns des autres, mais ils n'ont ni le goût ni le désir de se ressembler... Alors que "Quant un peuple  a un état social démocratique (...) les hommes se ressemblent, et ils souffrent en plus de ne pas se ressembler... et ceux mêmes naturellement qui ne se ressemblent pas ne demandent qu'à devenir semblables et se copient." (Ibid, p. 288)  L'égalité de condition n'est donc pas l'égalité économique, ni même l'égalité juridique (qui même reconnue, n'est jamais effective) mais l'égalité qui se noue entre des individus libres et autonomes, différents par nature, mais semblables et identiques par culture, du fait de leur appartenance à une même société et une même nation. [2]
Une notion
de l'égalité, donc, imaginaire et abstraite, culturelle et sociologique,assez éloignée de l'égalité "de naissance et en droit" affirmée par l'article I de la Déclaration de 1789.

On a reproché à Tocquevile sa vision trop idéalisée de la société politique américaine, par exemple lorsqu'il dit : "Le peuple règne sur sur le monde américain comme Dieu sur l'univers. Il est la cause et la fin de toutes choses; tout en sort et tout s'y absorbe."
(D.A. , I, 56) Il se leurre sans aucun doute sur la souveraineté effective qu'y exerce le peuple, mais, de plus, il voit dans le régime politique des USA la "seule forme de gouvernement que puisse se donner la démocratie (D.A., I, Chap. II) voyant dans le modèle américain une société apaisée et consensuelle, à l'abri des révolutions violentes ou des tyrannies. Il reviendra  encore sur cette conviction, dans son Avertissement de la deuxième édition de 1848, en affirmant : "Le peuple américain a été non seulement le plus prospère, mais le plus stable de tous les peuples de la Terre." Il ignorait évidemment que, peu de temps après, les USA allaient se lancer dans une guerre civile meurtrière.  

Mais Tocqueville sait rester clairvoyant en dénonçant tous les
risques de dérive qui menacent la démocratie. Il les nomme "tyrannie de la majorité", "passion de l'égalité", "État tutélaire" ou encore  "immobilisme" et "recherche excessive du bien-être", risques qu'avaient déjà dénoncés Platon et Aristote et que nous connaissons trop bien aujourd'hui, avec ce qu'on appelle individualisme, dérive oligarchique ou ploutocratique, populisme, totalitarisme, fascisme ou intégrisme. Parmi les moyens d'écarter ces risques, Tocqueville préconise une large autonomie des pouvoirs locaux, telle que le permet le système fédéral américain, mais aussi le renforcement de l'égalité et de la vertu citoyenne : " Il faut donc que les législateurs des démocraties et tous les hommes honnêtes et éclairés qui y vivent s'appliquent sans relâche à y soulever les âmes et à les tenir dressées vers le ciel" (D.A. II, p 150)

Alexis de Tocqueville termine son ouvrage en concluant : " Ne faudrait-il pas alors considérer le développement graduel des institutions et des mœurs démocratiques, non comme le meilleur, mais comme le seul moyen qui nous reste d'être libres; et même sans aimer le gouvernement de la démocratie, ne serait-on pas disposé à l'adopter comme le remède le mieux applicable et le plus honnête qu'on puisse opposer aux maux présents de la société ? " (ibidem, chap 9)
Et nous ne pouvons qu'adhérer à sa conception idéale de la démocratie qu'il exprime ainsi "Nul ne différant alors de ses semblables, personne ne pourra exercer un pouvoir tyrannique; les hommes seront parfaitement libres, parce qu'ils seront tous entièrement égaux; et ils seront tous parfaitement égaux parce qu'ils seront entièrement libres. C'est vers cet idéal que tendent les peuples démocratiques. Voilà la forme la plus complète que puisse prendre l'égalité sur terre..."  (D. .A. , Tome II, 2ème partie, chap. 1)


1 - Voir par exemple l'analyse de François Furet dans son ouvrage Penser la révolution, Folio Histoire, 1985, p 209 à 256
2 - Voir l'interprétation qu'en donne Marcel Gauchet dans Tocqueville, l'Amérique et nous, La condition politique, Gallimard, 2005, VII, p. 347 et ss

  Les débats sur la démocratie directe au XIXème siècle
 
  Après l'enterrement de la Seconde République par Napoléon III, les républicains , la plupart en exil, vont tenter de tirer les leçons de leurs erreurs et imaginer une nouvelle forme de démocratie moins vulnérable et ne reposant plus essentiellement sur la seule représentation. Ils la nommeront "gouvernement direct"


  Le premier à utiliser la formule fut le socialiste allemand Moritz Rittinghausen qui publie en décembre 1850 : La législation directe par le Peuple ou la véritable démocratieIl lance une crtitique radicale de la démocratie représentative, qualifiant les Assemblées législatives d'"incarnation de l'incapacité", puis expose son idée de législation directe qui revient à faire délibérer et voter les lois par des sections de 1000 habitants, les votes pour et contre étant ensuite comptabilisés au niveau national pour décréter la loi. L'idée n'est pas nouvelle puisqu'elle reprend, grosso-modo, le principe des Assemblées primaires souhaitées par Condorcet et reconnues par la constitution de 1793. Pour réfuter les objections prévisibles, telle que le manque d'éducation du peuple pour voter les lois, il répond : "pour faire des lois justes et sages, il faut surtout du bons sens, ce bons sens social que vicie souvent une éducation pleine de préjugés mercantiles..."
Victor_Considérant
 Victor Considérant écrivit la même année une brochure intitulée «. Il met en exergue la citation bien connue de J.J Rousseau sur la souveraineté inaliénable, mais aussi une citation de Fourier, som maître : "Si vous voulez soustraire le grand nombre à l'oppression du petit nombre,cherchez l'art de corporer le grand nombre et de lui donner une puissance active qui ne soit jamais déléguée".  Il mène une attaque impitoyable contre le principe de la représentation, affirmant par exemple, que l'élection d'une Assemblée constituante en 1848 avait volé au peuple sa souverainété. Mais il s'en prend aussi à ses ex-collègues démocrates socialistes de l'Assemblée, prétendant que , même dans l'hypothèse où ils auraient été majoritaires, ils se seraient déchirés dans leurs divisions sans pouvoir régler quoique ce soit. "Les hommes d'un sentiment démocratique très chaud, trés dévoué, qui voudrait se substituer au peuple pour le sauver, pour faire ses affaires au lieu de le laisser faire ses affaires, et se sauver lui-même, violeraient de facto leurs principes" (p. 36) Et plus loin : "Les chefs démocrates ne s'aperçoivent pas qu'ils deviennent eux-mêmes, par la délégation, des aristocrates et des monarques."..(p. 41)  Mais, refusant toute idée de Constitution, il reste volontairement vague au sujet de la mise en oeuvre de la souveraineté directe du peuple, prétendant  qu'il faut faire confiance en l'esprit d'initiative et de responsabilité du peuple libre et souverain, capable de légiferer dans son intérêt et de s'autocontrôler. "Le peuple dans ses sections fait directement la loi et décide directement de tous les actes du gouvernement" (p 51)  L'organisation politique qu'il conçoit n'est finalement pas très éloignée de celle de Rittinghausen, fondée sur la décentralisation de l'Assemblée Souveraine du Peuple tout entier dans des "sections" (assemblées communales ou cantonnales), seules habilitées à déliberer, voter des lois et les faire appliquer (les textes de lois pouvant être éventuellement préparés par des commissions nationales). Quant à la "question sociale", la souveraineté politique du peuple, qui résoud la question politique, met en même temps le problème social en bonne voie de solution prochaine" (p 43) Revenu en France en 1870, après 20 années d'exil et d'expériences communautaires avortées aux Etats-Unis, il saluera la Commune de Paris comme une expérience de démocratie authentique.
Ledru-rollin
  Ledru-Rollin en exil à Londres publie de son côté, en février 1851, Du Gouvernement direct du peuple. En parfait disciple du Jacobinisme révolutionnaire, il rappelle l'inaliénabilité de la souveraineté du peuple et prend comme base de son projet la constitution de 1793, légèrement retouchée : En résumé, la forme de gouvernement que nous proposons est celle-ci :
Le Peuple exerçant sa souveraineté, sans entraves, dans les assemblées électorales, tellcs que la police en a été règlée par ta Constitution de 1793
Ayant, dans les termes de cette même Constitution, l'initiative de toute loi qu'il juge uti!e ;
 Votant expressément les lois, c'est-à-dire, adoptant ou rejetant, par oui ou par non, les lois discutées et préparées par son assemblée de délégués.
Une assemblée de délégués ou commissaires, nommés annuellement, préparant les lois, et pourvoyant, par des décrets, aux choses secondaires et de grande administration.
Un président du pouvoir exécutif, chargé de pourvoir a l'application de la loi et des décrets, de choisir les agents ministériets, président élu et révocable par la majorité de l'Assemblée. (p 12)
Ledru-Rollin récuse, par contre, l'élection du président au suffrage universel et revendique la révocabilité constante du pouvoir exécutif par l'assemblée des délégués.


Citons aussi les importants débats qui ont traversé la Commune de Paris de 1871, qui fut l'occasion d'une expérience politique innovante de démocratie directe, inspirée des idées proudhoniennes, mais aussi des débats des années 1860. Consulter à ce sujer l'article de Rougerie : La Commune et la démocratie  http://www.commune-rougerie.fr/la-commune-est-la-democrat,fr,8,77.cfm  

  Victor Hugo, ami et aimé du peuple

Funérailles_Victor_Hugo_1895

Funérailles nationales de Victor Hugo le 1er juin 1895 devant une foule immense. Même les prostituées de Belleville étaient descendues en groupe pour rendre un dernier hommage à celui qui avait écrit un poème en leur honneur.
Dans son testament, il avait écrit : "Je donne 50 000 francs aux pauvres. Je désire être porté au cimetiere dans leur corbillard.  Je refuse l'oraison de toutes les églises...3

 

Notre grand écrivain national a sa place dans une histoire du combat pour la démocratie puisqu'il consacra sa vie à dépeindre et défendre le petit peuple des pauvres et des misérables, en l'honneur desquels il écrivit la plus connue de ses œuvres. Si son engagement politique pour la République fut tardif, il fut toujours un démocrate sincère, un défenseur acharné de la liberté et des droits de l'homme, un pacifiste convaincu et un adversaire farouche de l'oppression, comme le témoignent ces vers écrits en 1830 (il n'avait alors que 28 ans) dans Les feuilles d'automne:

Victor_ HugoJe hais l'oppression d'une haine profonde.
Aussi, lorsque j'entends, dans quelque coin du monde,
Sous un ciel inclément, sous un roi meurtrier,
Un peuple qu'on égorge appeler et crier…
Alors, oh! Je maudis, dans leur cour, dans leur antre,
Ces rois dont les chevaux ont du sang jusqu'au ventre.
Dans ce poème de 1833 intitulé Le bal de l'Hôtel de Ville, il s'en prend à l'arrogance des riches, contrastant avec la misère qui pousse les femmes à la prostitution :
Vous vivez, vous brillez, vous ne voyez pas même,
Tant vos yeux éblouis de rayons sont noyés,
Ce qu'au –dessous de vous dans l'ombre on foule aux pieds.
 Vous allez à ce bal, et vous ne songez pas
Que parmi ces passants amassés sur vos pas,
En foule émerveillée des chars et des livrées;
D'autres femmes sont là, non moins que vous parées,
Qu'on farde et qu'on expose à vendre au carrefour;
Spectres où saigne encor la place de l'amour
Dans un autre poème écrit en 1835, il dénonce la misère des femmes et des enfants, sacrifiés au nom de la révolution industrielle :
Oh ! N'insultez jamais une femme qui tombe !
Qui sait sous quel fardeau la pauvre âme succombe !
Qui sait combien de jours sa faim a combattu !
Quand le vent du malheur ébranlait leur vertu (...)
La faute en est à nous ; a toi, riche ! En ton or !
Ou encore celui-là, écrit en 1856, intitulé Mélancholia, qui prendra place dans Les Contemplations :
 Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux être pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu'on voit chemeiner seules ?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules ;

Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison, le même mouvement (…)
Travail  mauvais qui prend l'âge tendre en sa serre (…)
Ô Dieu ! qu'il soit maudit au nom du travail même,
Au nom du vrai travail, saint, fécond, généreux,
Qui fait le peuple libre et qui rend l'homme heureux !

 

Enthousiasmé par la révolution de février 1848, il s'engage en politique et, élu député, il va défendre la cause du peuple et des libertés fondamentales, réclamant par exemple l'abolition de la peine de mort, "signe spécial et éternel de la barbarie", la liberté de la presse, "'arme de cette civilisation que nous défendons ensemble" et aussi l'instruction gratuite, obligatoire et laïque, déclarant à la Chambre des députés : "Partout où il y a un champ, partout où il y a un esprit, qu'il y ait un livre !" Il s'opposa à la remise en cause du suffrage universel proposée par Thiers, auquel il répliqua à l'Assemblée : " Hommes qui nous gouvernez, savez-vous ce qui tue votre loi ? C'est qu'au moment où elle vient furtivement dérober le bulletin, voler la souveraineté dans la poche du faible et du pauvre, elle rencontre le regard sévère et terrible de la probité nationale." Il plaida également en faveur de l'égalité juridique et politique des femmes, en affirmant: "Je ne me lasserai pas de le redire, le problème est posé, il faut le résoudre ; qui porte sa part du fardeau doit avoir sa part du droit ; une moitié de l’espèce humaine est hors de l’égalité, il faut l’y faire rentrer : donner pour contre-poids au droit de l'homme le droit de la femme. " (Actes et paroles) Mais c'est surtout avec son discours du 9 juillet 1849, véritable plaidoyer contre la misère, qu'il mènera son plus beau combat. Il proclama devant la Chambre :"  La misère peut disparaître, comme la lèpre a disparu", concluant son discours par cette phrase magistrale : "Messieurs, songez-y, c'est l'anarchie qui ouvre les abîmes, mais c'est la misère qui les creuse. Vous avez fait des lois contre l'anarchie, faites maintenant des lois contre la misère ! "

Rappelons aussi son combat acharné pour s'opposer au coup d'Etat du 2 décembre 1951 de Louis-Napoléon Bonaparte, en appelant à l'insurrection et en participant aux barricades. Puis son exil pour échapper à la police de Napoléon-Le-Petit et à la lourde condamnation qui l'attendait. Mais l'infatigable Hugo continuera le combat depuis Jersey, sa terre d'exil, en poursuivant son œuvre littéraire et enchaînant discours, appels, lettres, manifestes pour la paix, contre la peine de mort (comme l'exécution de John Brown, l'esclave américain révolté)  ou pour soutenir les peuples en lutte contre l'oppression. Il réalise peu à peu que la République qu'il souhaite ne saurait exister sans une démocratie sociale et déclare au Congrès de la paix à Lausanne en 1869 : "Je demande l'embrassement de la République et du Socialisme. Son retour en France en 1871 est marqué par les évènements de la Commune. Très affecté, il écrit un poème admirable pour condamner la terrible répression de la Semaine sanglante :
Portrait_de_Victor_Hugo

(...) Ce n’est pas le canon du noir vendémiaire,
Ni les boulets de juin, ni les bombes de mai,
Qui font la haine éteinte et l’ulcère fermé.
Moi, pour aider le peuple à résoudre un problème,
Je me penche vers lui. Commencement : je l’aime.
Le reste vient après. Oui, je suis avec vous,
J’ai l’obstination farouche d’être doux,
Ô vaincus, et je dis : Non, pas de représailles !
Ô mon vieux cœur pensif, jamais tu ne tressailles
Mieux que sur l’homme en pleurs, et toujours tu vibras
Pour des mères ayant leurs enfants dans les bras.

Quand je pense qu’on a tué des femmes grosses,
Qu’on a vu le matin des mains sortir des fosses,
Ô pitié ! quand je pense à ceux qui vont partir !(...)


( Extrait de "A Ceux qu'on foule aux pieds", L'année terrible, Bruxelle 1872 )
Lire l'intégralité du poème





     La Commune de Paris de  1871 : les femmes dans la bataille

Club_de_femmes_Commune_de_Paris

 La forte présence des femmes (les "communeuses") fut un élément remarquable de la Commune de Paris (sur laquelle nous reviendront au chapitre suivant). Mais rien d'étonnant, si on se souvient du rôle important qu'elles jouèrent depuis le début et pendant toute la révolution de 1789-93. Louise Michel ou André Léo sont les plus connues, mais c'est par milliers qu'on les vit participer activement aux réunions des comités, pour donner leur avis sur l'éducation, la religion, le droit au travail et à l'assistance, le problème de la prostitution, et aussi pour soigner les blessés et combattre sur les barricades. "Pour nous autres, la plaie sociale qu'il faut d'abord fermer, c'est celle des patrons qui exploitent l'ouvrier et s'enrichissent de ses sueurs. Plus de patrons qui considèrent  l'ouvrier comme une machine de produit. Que les travailleurs s'associent entre eux, qu'ils mettent leur labeur en commun et ils seront heureux.  Un autre vice de la société actuelle, ce sont les riches qui ne font que bien boire et bien s'amuser, sans prendre aucune peine. Il faut les extirper, ainsi que les prêtres et les religieuses. Nous ne serons plus heureuses que lorsque nous n'aurons plus ni patrons,  ni riches, ni prêtres." Ainsi s'exprimait la déléguée d'un comité de femmes siégeant dans l'église de la Trinité (Cité par J.Rougerie,  Paris libre, 1871, Le Seuil)

   Barricade de femmes, place Blanche (Penny illustrated News)
barricades_de_femmes_place_Blanche_Commune_1871   Au matin du 18 mars 1871, lorsque Thiers envoya ses soldats pour prendre les canons de Montmartre, ce furent les femmes qui, les premières, vinrent au devant des soldats pour les arrêter."Celles du 18 Mars, bronzées par le siège elles avaient eu double ration de misère n'attendirent pas leurs hommes. Elles entourent les mitrailleuses, interpellent les chefs de pièce «'C'est indigne qu'est-ce que tu fais la ? » Les soldats se taisent. Quelquefois un sous-officier « Allons, bonnes femmes, éloignez-vous » La voix n'est pas rude elles restent.", raconte Lissagaray dans son Histoire de la Commune

 Le 11 avril 1871, lorsque les "versaillais" lancent l'offensive pour reprendre en main la capitale, un groupe de femmes lancent un appel aux citoyennes de Paris : "Citoyennes, le gant est jeté, il faut vaincre ou mourir ! Que les mères, les femmes qui se disent :"que m'importe le triomphe de notre cause, si je dois perdre ceux que j'aime !" se persuadent que le seul moyen de sauver ceux qui leur sont chers, - le mari qui la soutient, l'enfant en qui elle met son espoir -, c'est de prendre une part active à la lutte engagée pour la faire cesser, et à tout jamais, cette guerre fratricide qui ne peut se terminer que par le triomphe du peuple (...) Citoyennes, toutes résolues, toutes unis, veillons à la sûreté de notre cause! Préparons nous à défendre et à venger nos frères ! Aux portes de Paris, sur les faubourgs, dans les barricades, n'importe ! Soyons prêtes au moment donné, à joindre nos efforts aux leurs ; si les infâmes qui fusillent les prisonniers, qui assassinent nos chefs, mitraillent une foule de femmes désarlées, tant mieux ! Le cri d'horreur et d'indignation de la France et du monde achèvera ce que nous aurons tenté. "

 Partout les femmes se mobilisent pour s'engager comme ambulancières ou former des compagnies militaires, comme celle des Amazones de la Seine. Dans tous les arrondissements sont créés des Comités de citoyennes patriotes (tel le Comité de vigilance de Montmartre animé par Béatrix Excoffon) et des clubs rattachés à l'Union des femmes, créée par Nathalie Lemel et Elisabeth Dmitrieff. Des ateliers sont ouverts pour donner du travail aux femmes, et André Léo crée le journal La Sociale dans lequel elle écrira le 12 avril, dénonçant les sarcasmes des hommes envers les femmes-soldats : "Au temps où nous sommes, c'est l'idée plus que la force du bras qui gagne les batailles. Tout être humain a l'instinct de conservation et ce n'est pas la barbe qui surmonte cet instinct ; mais une passion supérieure. Or les femmes parisiennes ont à l'heure actuelle cette passion. Il ne s'agit plus aujourd'hui  que de  défense nationale, mais au lieu de se rétrécir, le champ de bataille s'est agrandi. Il s'agit de défense humanitaire des droits de la liberté."   (Souces : Histoire de la Commune de Paris de 1871, Gérald Dittmar, Editions Dittmar , 2008) 
Arthur Rimbaud rendit hommage à ces femmes courageuses dans un poème : 
Elles ont pâli, merveilleuses, 
Au grand soleil d'amour chargé, 
Sur le bronze des mitrailleuses,
A travers Paris insurgé.     

Nathalie_Lemel_Commune_de_Paris_1871

Nathalie Lemel, née à Brest en 1827, vint à Paris où elle travailla comme relieuse. Elle eut trois enfants. Elle adhère à L'internationale (AIT) en  1866. Amie d'Eugène Varlin, elle crée avec lui La Marmite dont l'objet est de donner aux ouvriers des aliments à petit prix et organise la grève des relieurs en 1865. Le 11 avril 1871, elle met sur pied l'Union des femmes, avec Elisabeth Dimitieff, pour les soins à donner aux blessés et la défense de Paris. Au cours de la semane sanglante, elle combat sur les barricades, place Pigale, avec des dizaines de femmes.  Elle se bat avec grand courage, portant le drapeau rouge. Arrêtée le 21 juin, elle est comdamnée à la déportation en Nouvelle-Calédonie, avec Louise Michel. Graciée en 1879, elle rentre à Paris où elle travaille au journal l'Intransigeant, et poursuit ses activités politiques. Devenue aveugle, elle s'éteint à l'hôpital d'Ivry le 8 mai 1921.

  
 Procés des femmes de la Commune devant le conseil de guerre 
procès_des_femmes_de_la_Commune


Pendant 3 ans, 26 conseils de guerre prononcèrent 10 137 condamnations, dont 3 313 par contumace. Les peines prononcées se repartissaient ainsi :
Peine de mort :                                  270, dont 8 femmes
Travaux forcée :                                410, dont 29 femmes
Déportation en enceinte fortifiée :    3 989, dont 20 femmes
Déportation simple :                        3 507, dont16 femmes
Détention :                                      1 289, dont 8 femmes
Emprisonnement de 3 mois à un an :1 622, dont 50 femmes 
Emprisonnement de plus d'un an :     1 344, dont 15 femmes 
Enfants envoyées en maison de correction :  56


voir aussi : femmes dans la Commune de Paris :  http://chipluvrio.free.fr/gdes%20femmes/gdes-femmes4-2.html

 

                                                                                                                                          



      Quelle république ?

  La guerre contre la Prusse fut fatale à Napoléon III, fait prisonnier à la bataille de Sedan. La proclamation de la république le 4 septembre 1870, imposée pour la troisiéme fois en France pâr le peuple parisien, ralluma l'espoir d'une république sociale. D'autant plus que, avec la révolution industrielle, le nombre des prolétaires n'avait cessé de croître. Mais le scénario de 1848 se reproduisit presqu'à l'identique. Les élections législatives de février 1871 envoyèrent à la Chambre une majorité ultra-conservatrice dirigée par Thiers, qui tenta le 18 mars de désarmer Paris et sa garde nationale. Le peuple parisien réagit en créant son propre pouvoir communal dont les délégués furent élus le 26 avril. Ce fut le début de la Commune de Paris, qui tenta de mettre en oeuvre de dombreuses avancées sociales. Mais l'expérience ne dura que 72 jours et la répression fut impitoyable. 
 La France échappa alors de peu à une nouvelle restauration monarchique et il fallut 4 ans pour donner des institutions définitives à la République. La constitution de la 3ème République fut un mélange curieux de survivances monarchiques et de parlementarisme. A partir de 1876, les républicains réussirent enfin par obtenir la majorité et la garder à toutes les élections législatives qui suivirent, preuve que la république avait fini par être acceptée par le peuple français des villes et des campagnes.  La république française s'établit sur un consensus autour de valeurs rassurantes d'ordre et de paix sociale, incarné par Gambetta qui déclara : "Vous avez compris qu’après 91 ans de luttes acharnées, un jour enfin devait se lever pour la patrie, un jour où, dans un unanime élan, tous les Français, ceux des villes et ceux des champs, l’armée, le peuple, tous, et même les plus indifférents aux luttes de la politique, tous, entraînés par l’amour de la France, se réuniraient d’un bout à l’autre du territoire et acclameraient, réunis, indissolubles, la France et la République. (Discours de Paris, XXe arrondissement, 14 juillet 1880) Mais les attentes de réformes sociales et politiques trop longtemps promises et repoussées vont, à plusieurs reprises, casser ce onsensus fragile. Et les débuts de la Troisième république seront marqués par des crises politiques et des explosions sociales violentes.
 Puis l'ancienne fracture entre droite et gauche se déplace progressivement à l'intérieur du camp républicain. Les anciens royalistes se convertissent en républicains conservateurs et les socialistes se réorganisent, commençant à envoyer des députés à la Chambre à partir de 1893. Les républicains opportunistes, entrâinés par Jules Ferry, mènèrent à terme la bataille de l'école, avant de devenir inopportuns en relançant l'aventure coloniale. La gauche radicale ne le sera vraiment que dans son anticléricalisme. Quant au mouvement socialiste, il s'épuisa longtemps en querelles stériles avant de s'unifier en 1905. Les scandales et l'instabilité ministérielle finiront par ternir cette Troisième République qui se lancera aveuglément dans la guerre de 1914.

  La république en France restera marquée jusqu'à aujourd'hui par cette ambiguité originelle. Pour les uns, elle reste fondamentalement de gauche, rattachée àux révolutions de 1789-92 et de 1848, porteuse des espérances de démocratie sociale et directe ; pour les autres, elle symbolise l'ordre et la concorde, la démocratie représentative, la patrie. Comme le souligne l'historienne Mona Ozouf : "Il y a alors deux imageries rivales, celle d'une république convenable et paisible et celle d'une république contestataire ou, du moins, martiale. La première de ces dames est assise, la seconde debout. La première porte des fleurs, c'est une Cérès opulente, la seconde piétine des chaînes. Chacune d'elle incarne une république différente ; la première, une république achevée qui ne pense qu'a faire calmement fructifier ses conquêtes; la seconde, une république militante, l'oeil fixé sur un horizon où se dressebt encore des bastilles. A bien regarder le décor de 1880, est-ce vraiment cette république dressée qui triomphe? Les statues officielles, celles que les municipalités ont installées dans les carrefours, appartiennent plutôt au premier genre."

Marianne_piétinnant_des_chaînes_1848



  La lutte des ouvriers pour le respect de la dignité humaine

   
                                                   
1er_mai-1891_FourmiesOn connaît bien la condition ouvrière au XIXéme siècle grâce aux romanciers tels Emile Zola en France, Charles Dickens en Grande-Bretagne ou Upton Sainclair aux Etats-Unis. Ces écrivains nous ont aussi décrit la naissance du syndicalisme et les premières grandes grèves ouvrières se terminant la plupart du temps par des affrontements violents avec les forces de l'ordre, tel le massacre de Haymarket square à Chicago le 1er mai 1886, qui a fait de ce jour une journée de commémoration internationale appelée aussi fête du travail. Comme ce fut le cas à Chicago en 1886, le combat pour la réduction du temps de travail, qui dépassait souvent les 12 heures journalières six jours sur sept, fut généralement la première grande revendication qui mobilisa les ouvriers. C'est lors du congrés de Paris en 1889, réunissant des responsables politiques et syndicaux du monde entier, que fut décidé l'organisation d'une journée internationale de revendication pour la journée de 8 heures: la date du 1er mai fut choisie. (1)

  En France, c'est le 10 février 1889 que fut organisée par les socialistes et les blanquistes une grande journée de mobilisation pour la journée de 8 heures. Dans 60 villes de France, des ouvriers cse mirent en grève et allèrent manifester. Ils furent 10 000 à Lyon. La mobilisation du ier mai 1890, minutieusement préparée par un comité formé de guesdistes, de blanquistes et de syndicalites, fut  un succès, malgré le déploiement massif de l'armée (onze régiments d'infanterie mobilisés à Paris) Une foule immense s'était massée place de la Concorde, et l'on y apercevait les écharpes tricolores des élus socialistes du conseil municipal de Paris, dont Longuet et Vailland. Des délégués portèrent au Palais-Bourbon une pétitition pour la journée de 8 heures. Ils furent reçus par un député socialiste du Var. En province, manifestations et arrêts de travail furent également nombreux. Peu d'incidents furent à déplorer, safurentuf à  Vienne, où la manifestation, conduite par des anarchistes, dont Louise Michel, fut violemment chargée par les gendarmes. Des barricades furent érigées et une usine textile pillée. Les meneurs furent arrêtés et des grèves spontanées se poursuivirent durant une semaine.
Mais, c'est pour la manifestation du 1er mai de l'année suivante qu'eurent lieu les incidents les plus graves. A Fourmies, petite ville industrielle du Nord, l'armée tire sur un cortège de jeunes gens, faisant 10 morts, dont Maria Blondaux, jeunes fille de 19 ans qui menait le cortège, ainsi que plusieurs enfants. L'emotion fut immense dans toute la France qui désormais, comme les Etats-Unis, eut ses martyrs du 1er mai.

Dans la derniere décennie du siècle, les grèves se multiplient en France du fait de l'essor des syndicats reconnues depuis 1884 (139 000 syndiqués en 1890, pour 400 000 en 1894) et surtout de la création des Bourses du travail (2) qui font l'originalité du mouvement ouvrier français. Les Bourses du tra­vail (on en compte 51 en 1898) regrou­paient les syn­di­cats sur une base inter­pro­fes­sion­nelle au niveau local. Elles prenaient en charge des ser­vi­ces sociaux que l'Etat n'assurait pas encore, comme la recherche d’emploi, la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, la santé et aussi l’éducation et la culture. Mais elles étaient aussi un centre de résis­tance, de reven­di­ca­tions et d’actions ouvriè­res en organisant des grèves et créant des caisses de secours pour les ouvriers grèvistes. C'est ainsi que des grèves longues peuvent se mener, comme celle des mineurs de Vigoigne en 1891dans le Nord qui dura 87 jours, ou encore la grève des verriers de Carmaux en 1895 qui dura environ quatre mois, évènement qui reste associé à l'ascension de Jean Jaurès.
 Un salarié de la Verrerie Sainte-Clotilde fut licencié en raison d’une absence liée à son activité syndicale. Afin de le soutenir, les autres ouvriers répliquèrent par une grève générale . Intransigeant, Eugène Rességuier imposa un lock-out. Malgré le soutien apporté par Jean Jaurès aux ouvriers, Rességuier parvint, avec l’appui des autorités préfectorales, à redémarrer l’usine en employant des ouvriers recrutés dans toute la France. Les anciens salariés grévistes de la verrerie décidèrent, avec l’appui de Jean Jaurès et de donateurs, de créer, en 1896, une nouvelle verrerie entièrement autogérée à Albi.

  Le syndicalisme français de la fin du XIXéme siècle était aussi très pénétré par les anarchistes, méfiants vis à vis des partis politiques, et qui pensaient que le syndicat pouvait se suffire à lui même pour mener à bien l'emancipation des travailleurs. Cette orientation, appelée syn­di­ca­lisme révo­lu­tion­naire ou anarcho-syndicalisme, restera longtemps prédominante au sein de la CGT créée en 1895 et qui fusionnera avec la Fédération des Bourses du travail en 1902. Elle sera réaffirmée par la Charte d'Amiens en 1906 qui précise:" Le Congrès confédéral d’Amiens confirme l’article 2, constitutif de la CGT: la CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat. (...) le syndicalisme...prépare l’émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste; il préconise comme moyen d’action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupe de production et de répartition, base de réorganisation sociale."

(1)  Voir par exemple  Historique du 1er mai par Gabriel Deville, 1896:  et  Petite histoire du ier mai en images
(2) Voir l'histoire des Bourses du travail écrite par Fernand Pelloutier qui fut pendant  longtemps le délégué général de la Fédération des Bourses du travail.


       Le mouvement coopératif


 L'idée de se grouper en vue de produire, de s'approvisionner et de vendre sa production est sans doute très ancienne. On en connaît des exemples datant du XVIIème siècle, comme celui des fabricants de fourches de Sauve dans le Languedoc, des fabricants de soie à Lyon ou de viticulteurs ou producteurs de lait dans le Haut Beaujolais, en Savoie et surtout dans le Jura. Les "fruitières" jurassiennes, aux origines très anciennes et dont beaucoup existent toujours, ont largement inspiré les penseurs utopistes franc-comtois comme Proudhon, Fourier et Considérant. Ce n'est pas un hasard si le mouvement coopératif franc-comtois fut et reste l'un plus actifs de France. Ainsi la Fraternelle de Saint-Claude, avec sa Maison du peuple, fondée en 1896 par Henri Ponar, est l'une de premières coopératives ouvrières françaises.
 Les théoriciens du socialisme dit utopique [voir plus haut], en mettant le principe associatif au coeur de leur pensée, érigent la coopérative en modéle économique et  politique. Ils sont rejoints par les socialistes chrétiens comme Buchez ou Charles Gide. Karl Marx lui même, dans son adresse inaugurale à la Première Internationale (AIT) en 1864, vanta la supériorité de la coopération, qualifiée « d’économie politique du travail», sur «l’économie politique du capital». Au congrès de Genève, en 1866, une motion rédigée par Marx affirme:
«Nous reconnaissons dans le modèle coopératif un des ressorts de la transformation de la société présente qui repose sur l’antagonisme des classes. Son grand mérite consiste à montrer pratiquement que le système actuel paupérisant t despotique de l’asservissement du travail au capital peut être supprimé par le système créateur de bien-être et républicain, qui consiste en l’association de producteurs libres et égaux.» (1) Cependant les socialistes qui se reconstituent dans les années 1880 montrent peu d'intérêt pour les coopératives. Les guesdistes y sont même franchement opposés, prétendant que celles-ci détournent les travailleurs de l'action révolutionnaire. Il faudra attendre Jean Jaurès pour repenser les rapports de la coopération et du socialisme. Celui-ci déclarera : "lorsque trois actions sont aussi essentielles que l'action syndicale, l'action coopérative et l'action politique, il est vain de régler entre elles un ordre de cérémonie et il faut les utiliser toutes les trois au maximum." 
 La Gauche républicaine, au contraire, remet en avant le principe d'association comme moyen d'émancipation ouvrière. C'est sur l'impulsion de Waldeck-Rousseau que l
e gouvernement de Jules Ferry légalise les syndicats en 1884, puis qu'est votée la loi de 1901 sur les associations. 1884 est aussi l'année de la création de la Chambre consultative des associations ouvrières de production de France. Celle-ci a son journal L'Association ouvrière, puis elle s'adjoindra, en 1893, une Banque coopérative des associations ouvrières de production (BCAOP), financée par des capitaux publics. 110 associations y sont affiliées en 1900, il y en aura 358 en 1907. Henry Buisson, secrétaire de la Chambre, s'inspirant de Fourier, introduira l'idée de répartition des bénéfices selon la proportion: travail (5/12e), capital (4/12e) et talent (3/12. Parallélement se développent des coopératives de consommation. Le 27 juillet 1885, à Paris,a lieu le premier congrès des sociétés coopératives de consommation: 85 coopératives y participent. La Fédération Nationale des Coopératives de Consomation fut créée par Gide et Jaurès en 1912. Elle comptait 1000 sociétés. (2)
Notons cependant que le mouvement coopératif français fut relativement tardif, surtout par rapport à la Grande-Bretagne où fleurissait depuis 1840 la célèbre Société des Equitables Pionniers de Rochdale. Une Alliance Coopérative Internationale, regroupant 17 pays sera finalement créée.                                  

 

        1 -  Façade de la coopérative La Bellevilloise (1910)                                                                      2 - Coupe transversale  La Maison du Peuple de Saint-Claude
 
                                                                                                                                                                                    par Charles Meunier, 1902.                3 -  Action de la Verrerie ouvrière de Carmaux              Journal de la Société populaire de Nimes                                                                                                                                                                               
Cooperative_La_BellevilloiseSaint-Claude_Maison_du_peupleVerrerie-ouvriere_de-Carmeaux_actionGide_Emancipation


 1 - Coopérative La Bellevilloise
Elle est la plus ancienne de France, qui fut créée par une vingtaine d’ouvriers en 1877, au lendemain de la Commune de Paris
; Une documentation importante est disponible sur
 : http://fondation-patrimoine.fondation-total.org/fiches-projets/projet-97
  http://www.labellevilloise.com/notre-histoire/
  http://www.le-tigre.net/Une-Bellevilloise-sans-histoire.html

2  - La
Fraternelle de Saint_Claude
 avait la particularité de ne pas redistribuer les dividendes qui servaient à alilmenter un fonds social finançant une assurance maladie et viellesse, des activités sportives et culturelles. La
Maison du peuple, immense bâtisse de 7 étages fut inauguré en 1910. Concue d'abord comme une coopérative alimentaire, elle disposait d'une boulangerie, d'une boucherie, d'une épicerie, et d'une crémerie, d'entrepôts commerciaux, caves à vin, chambres froides, et mêmed'un atelier de torréfaction. Associant producteurs et consommateurs, la coopérative garantissait des prix bas grâce à l'achat en gros et la vente groupée. Elle possèdait aussi une Bourse du travail, des bureaux et des salles de réunion accueillant syndicats et mutuelles.Elle disposait aussi d'une bibliothèque, un théâtre, un cinéma, un café, un restaurant, des sociétés sportives ou culturelles, l’Université Populaire..La Maison du peuple, grâce à son imprimerie, était également le centre de diffusion du journal Le Jura socialiste. Notons tout de même que les femmes ne pouvaient en effet pas êtrmembres à part entière de la coopérative. Seules les veuves géraient les parts héritées ou celles de leurs enfants. Deux salles de cinéma ont été aménagées en 1984 et l'imprimerie a été réhabilitée en 1991   http://www.maisondupeuple.fr/presentation.

 3 - Coopérative des verriers de Carmaux
 J
ean Jaurès, député de Carmaux, demande l'arbitrage du gouvernement puis l'interpelle à la Chambre des Députés, mais en vain. Face à l'intransigeance de Rességuier, les grévistes, soutenus par Jaurès, envisagent alors la création d'une nouvelle verrerie. "Il faut vivre.Il faut que vous viviez...Il y aura une verrerie aux verriers où trouveront un abri ceux que l'arbitrage patronal veut chasser et affamer", écrit alors le député. Des souscriptions sont lancées dans tout le pays pour constituer le capital qui est divisé en 5000 actions de 100 francs chacune. Une généreuse donatrice, Mme Dembourg remet une somme de 100 000 francs, qui permet l'achat du terrain. En son honneur, les verriers demandent à ce que son nom soit celui de l'avenue menant à la verrerie. En octobre 1896, la verrerie ouvrière d'Albi peut commencer à produire. Les ouvriers coproprietaires touchent une participation aux bénéfices, le reste servant à alimenter une caisse de retraite et de secours. Elle existe encore de nos jours. Voir : http://www.carmaux.fr/Patrimoine-verrier-_33.php.

  4 - En 1884 fut fondée à Nimes la Société d'Economie Populaire.
 Elle est née de la fusion de La Solidarité, une association ouvrière créée par l'ouvrier Auguste Favre et de l'Abeille nimoise, une coopérative fondée par Edouard de Boyve en 1883. Outre la coopérative, elle gère les services d'une bourse du travail, d'une société d'éducation populaire et 'une imprimerie qui permet d'éditer le Journal L'émancipation dont Charles Gide devient le directeur. Charles Gide est issu, comme Edouard Boyve, du milieu intellectuel protestant proche des thèses solidaristes de Lèon Bourgeois. Ses articles théoriques seront une référence pour le mouvement coopératif, celle de l'Ecole de Nimes. En 1887 Charles Gide crée la Revue d'Economie Politique, dans laquelle il écrira par exemple: "Modifier pacifiquement mais radicalement, non pas par la violence et la coercition arbitraire, le régime économique, son système, sa fonction, son mécanisme établi depuis le début du XIXe siècle, mais en faisant passer la possession des instruments de production et avec elle la suprématie économique des producteurs qui les détiennent actuellement, aux mains des consommateurs. Lorsque la coopération deviendra la règle de vie économique, la production et la consommation ne serviront plus le profit individuel. Il ne s'agit donc rien moins que d'un régime économique nouveau destiné à succéder au régime capitaliste. On peut donc bien y voir une révolution." Voir : http://www.nemausensis.com/Nimes/CharlesGide/EcoleDeNimes.pdf


Notes :

(1)  Cité par Gueslin André, L’invention de l’économie sociale. Idées, pratiques et imaginaires coopératifs et mutualistes dans la France du xixe siècle,Paris, Économica,1998, p. 281
(2) Source : Aux origines de la coopérative de production, Cahiers d'Histoire Sociale, par André GUESLIN, professeur d’histoire contemporaine à Paris VII-Paris Diderot http://www.ihs.cgt.fr/IMG/pdf_Cahier126Dossier.pdf3) Cité dans :  


 

 Le socialisme républicain de Jean Jaurès

                                            Portrait de Jean Jaurès  (Archives naioJean_Jaurèsnales)

Jaurès, le grand tribun politique, porte-parole des verriers et des mineurs de Carmaux, le défenseur de la cause de Dreyfus, le rassembleur des socialistes français en un seul parti, l'homme qui engagea sa personne et sa vie, qu'il perdit, pour éviter la guerre de 1914, fut d'abord et avant tout un fervent défenseur de la démocratie incarnée à ses yeux dans la République. Elu député du Tarn en 1886, mais pas encore socialiste, il avait déjà déclaré :"Je n'ai jamais séparé la République des idées de justice sociale sans lesquelles elle n'est qu'un vain mot." C'est donc naturellement qu'il va adhèrer aux idées socialistes, mais en refusant le sectarisme et l'intransigeance révolutionnaire des partisans de Jules Guesde. Elu de nouveau député en 1893, il devient le porte-parole du groupe socialiste à la Chambre. Dès son entrée en fonction, il interpelle le gouvernement sur sa politique générale, en déposant l'ordre du jour suivant : « La Chambre, convaincue que le gouvernement ne peut combattre le socialisme sans déserter les principes républicains et condamnant énergiquement la politique rétrograde et provocatrice du ministère, passe à l'ordre du jour. » Et il défend de pied ferme la république sociale qu'il appelle de ses voeux :
Oui, par le suffrage universel, par la souveraineté nationale, qui trouve son expression définitive et logique dans la République, vous avez fait de tous les citoyens, y compris les salariés, une assemblée de rois. C'est d'eux, c'est de leur volonté souveraine qu'émanent les lois et le gouvernement ; ils révoquent, ils changent leurs mandataires, les législateurs et les ministres ; mais au moment même où le salarié est souverain dans l'ordre politique, il est dans l'ordre économique réduit à une sorte de servage. Oui ! au moment où il peut chasser les ministres du pouvoir il est, lui, sans garantie aucune et sans lendemain, chassé de l'atelier. Son travail n'est plus qu'une marchandise que les détenteurs du capital acceptent ou refusent à leur gré. Il peut être chassé de l'atelier, il ne collabore pas aux règlements d'atelier qui deviennent tous les jours plus sévères et plus captieux, et qui sont faits sans lui et contre lui. Il est la proie de tous les hasards, de toutes les servitudes, et à tout moment, ce roi de l'ordre politique peut être jeté dans la rue ; à tout moment, s'il veut exercer son droit légal de coalition pour défendre son salaire, il peut se voir refuser tout travail, tout salaire, toute existence par la coalition des grandes compagnies minières. Et tandis que les travailleurs n'ont plus à payer, dans l'ordre politique, une liste civile de quelques millions aux souverains que vous avez détrônés, ils sont obligés de prélever sur leur travail une liste civile de plusieurs milliards pour rémunérer les oligarchies oisives qui sont les souveraines du travail national. (Applaudissements répétés sur plusieurs bancs à l'extrémité gauche et à l'extrémité droite de la salle.) Et c'est parce que le socialisme apparaît comme seul capable de résoudre cette contradiction fondamentale de la société présente, c'est parce que le socialisme proclame que la République politique doit aboutir à la République sociale, c'est parce qu'il veut que la République soit affirmée dans l'atelier comme elle est affirmée ici ; c'est parce qu'il veut que la nation soit souveraine dans l'ordre économique pour briser les privilèges du capitalisme oisif, comme elle est souveraine dans l'ordre politique, c'est pour cela que le socialisme sort du mouvement républicain. C'est la République qui est le grand excitateur, c'est la République qui est le grand meneur : traduisez-la donc devant vos gendarmes ! (Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs.) Et puis, vous avez fait des lois d'instruction. Dès lors, comment voulez-vous qu'à l'émancipation politique ne vienne pas s'ajouter, pour les travailleurs, l'émancipation sociale quand vous avez décrété et préparé vous-mêmes leur émancipation intellectuelle ? Car vous n'avez pas voulu seulement que l'instruction fût universelle et obligatoire : vous avez voulu aussi qu'elle fût laïque, et vous avez bien fait..." (extrait de son discours du 21 novembre 1893 à l'Assemblée Nationale )

    Le socialisme français ne pouvait être réalisé selon lui que dans l'achèvement de la République et l'épanouissement de la démocratie, dans la continuité de la Grande Révolution et en respectant la spécificité française. "Non, ce n'est ni le socialisme germanique, ni celui d'un autre pays, c'est le socialisme humain, et si, à ce socialisme humain il fallait donner une nuance nationale, c'est la nuance de la France, du premier peuple émancipé, que porterait à cette heure le socialisme universel...." affirmait-il dans son discours du 3 juillet 1897 à l'Assemblée Nationale. La particularité du mouvement socialiste français, laissant cohabiter des sensibilités diverses (que l'on retrouve ancore aujourd'hui dans les "tendances" du Parti Socialiste français) est due en grande partie à la synthèse jauréssienne de 1905 avec la création de la SFIO. Elle affirme la nécessité de la liaison du combat démocratique pour la justice, la tolérance et la liberté, avec le combat contre l'exploitation capitaliste, la pauvreté, les inégalités et pour l'émancipation du prolétariat. C'est la conjonction de ces deux combats menés de front qui permettra d'aboutir à la "République sociale" Jaurès, profondément pacifiste et internationaliste, fut aussi farouchement opposé à la déclaration de guerre contre l'Allemagne en 1914, position qui lui coûtera la vie (Lire son dernier discours à Lyon)

Sur la biographie de Jean Jaurès consulter par exemple :http://alarecherchedejeanjaures.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/02/26/temp-a9d964864c073a4de0050da2fc326f7b.html


  La bataille pour la laïcité
Séparation_église_Eat_1905
Loi de séparation des Eglises et de l'Etat de 1905  (cliquer ici pour zoomer)
 
 Lorsque la République fut rétablie en 1871, l'Eglise catholique contrôlait encore une grande partie des écoles et conservait une influence puissante sur les esprits, la vie sociale et politique. La contruction
débutée en 1789 de la démocratie républicaine, fondée sur la souveraineté du peuple et la loi des hommes, ne pouvait connaître son achèvement que par son émancipation de la tutelle catholique.
La loi sur l'école du 28 mars 1882, proclamait "le principe fondamental de la neutralisation de l'école, de la laïcisation du programme, de la séparation de l'école et du temple, de l'indépendance réciproque du prêtre et de l'instituteur." Elle fut complétée par la loi du 30 octobre 1886 instituant la laïcisation progressive du personnel des écoles publiques
et par la loi du 7 juillet 1904 qui supprimait les congrégations religieuses enseignantes.

 La bataille pour la laîcisation de l'Etat en 1905 fut beaucoup plus difficile. La mobilisation des catholiques fut très forte et de nombreux incidents tournant parfois à l'émeute se produisirent, principalement au moment où les fonctionnaires des Domaines vinrent procéder aux inventaires des objets du culte dans les églises. Les forces de l'ordre durent souvent déloger de force les paroissiens et leur curé retranchés dans leurs églises. A Tourcoing par exemple, des catholiques, aiguillonnés par l'extrême-droite, organisérent la résistance, transformant la ville en véritable camp retranché. Des bagarres éclatèrent avec des contre-manifestants venus des quartiers ouvriers, faisant de nombreux bléssés. Il fallut pas moins de 500 militaires pour rétablir l'ordre. Toute cette agitation finit par faire tomber le gouvernement.

 Les socialistes avaient rejoint les radicaux dans la bataille. Jean Jaurès s'exprima ainsi dans sans discours de Castres du 30 juillet 1904 :
"[...] il n’y a pas égalité des droits si l’attachement de tel ou tel citoyen à telle ou telle croyance, à telle ou telle religion, est pour lui une cause de privilège ou une cause de disgrâce.[...] si la démocratie fonde en dehors de tout système religieux toutes ses institutions, tout son droit politique et social, famille, patrie, propriété, souveraineté, si elle ne s’appuie que sur l’égale dignité des personnes humaines appelées aux mêmes droits et invitées a un respect réciproque, si elle se dirige sans aucune intervention dogmatique et surnaturelle, par les seules lumières de la conscience et de la science, si elle n’attend le progrès que du progrès de la conscience et de la science, c’est-a-dire d’une interprétation plus hardie du droit des personnes et d’une plus efficace domination de l’esprit sur la nature, j’ai bien le droit de dire qu’elle est foncièrement laïque, laïque dans son essence comme dans ses formes, dans son principe comme dans ses institutions, et dans sa morale comme dans son économie. Ou plutôt, j’ai le droit de répéter que démocratie et laïcité sont identiques.[...] Qui dit obligation, qui dit loi, dit nécessairement laïcité.[...]Mais, si laïcité et démocratie sont indivisibles, et si la démocratie ne peut réaliser son essence et remplir son office, qui est d’assurer l’égalité des droits, que dans la laïcité, par quelle contradiction mortelle, par quel abandon de son droit et de tout droit, la démocratie renoncerait-elle a faire pénétrer la laïcité dans l’éducation c’est-a-dire dans l’institution la plus essentielle, dans celle qui domine toutes les autres, et en qui les autres prennent conscience d’elles-mêmes et de leur principe ? Comment la démocratie, qui fait circuler le principe de laïcité dans tout l’organisme politique et social, permettrait-elle au principe contraire de s’installer dans l’éducation, c’est-a-dire au cœur même de l’organisme ? "
Voir l'intégralité du discours sur : http://www.biosophos.net/article/jean-jaures-leducation-laique-discours-de-castres-juillet-1904

 Le combat des femmes pour le droit de vote

   Depuis que le droit de vote existe, les femmes ont toujours combattu pour en jouir à égalité avec les hommes. En France, les femmes ont revendiqué ce droit dés la révolution de 1789 (voir plus haut). Le 17 août 1907, 58 déléguées venues de pays d’Europe et d’outre-mer se rencontrent à la première conférence de l’Internationale socialiste des Femmes à Stuttgart, et décident d’établir un secrétariat international sous la direction de Clara Zetkin qui dirige depuis 1890, Die Gleichheit (L’égalité), importante revue comptant jusqu’à 125 000 abonné(e)s. La conférence adopte une résolution sur le droit de vote des femmes. Lors de deuxième conférence de Copenhague en 1910, Clara Zetkin propose, pour la première fois, que les femmes socialistes de tous les pays organisent tous les ans une journée des femmes qui servira en premier lieu la lutte pour le droit de vote des femmes. La date choisie est le 19 mars en commémoration de la Commune de Paris. La première Journée internationale des femmes, le 19 mars 1911, occasionne des manifestations impressionnantes dans un grand nombre de pays d’Europe et aux Etats-Unis. On compte jusqu'à 40 000 participantes à Berlin et 30 000 à Vienne. Outre le droit de vote, les femmes exigent le droit de travailler, d’occuper des fonctions publiques et l’élimination de la discrimination au travail.

C'est surtout en Grande Bretagne que le mouvement prit une ampleur de lutte massive et organisée avec le mouvement des suffragettes. En 1905, par exemple, les soeurs Kenney préférent la prison à l'amende réclamée pour avoir troublé une réunion politique du Parti Libéral. Elles déclarèrent que: "Puisqu'elles devaient obéir aux lois, elles avaient le droit de participer à leur création." .  En France, les états généraux du féminisme se tinrent en 1929. A l'ordre du jour: la réunion de toutes les activités féminines en vue des réformes souhaitées, parmi lesquelles la suppression de l'incapacité civile de la femme mariée, et les droits civiques. A court terme, le principal succès des états généraux fut d'ordre symbolique : la presse rendit abondamment compte de l'événement, et les actualités filmèrent les participantes faisant preuve de leur sérieux.
Voir : tableau chronologique  de  la conquête du droit de vote des femmes
 http://www.thucydide.com/realisations/comprendre/femmes/femmes6.htm ;  
 http://snadgi-cgt93.pagesperso-orange.fr/Huit-mars.html   

                                                                            

                Nouvelle-Zélande                                   Grande-Bretagne                               Etats-Unis                                        Allemagne                                                           France

Suffragettes_New-ZelandEmmeline_PankhurstSuffrage_parade_New-York_City-May_6_1912Frauentag_1914Suffragettes_Paris_1908
                                                                        
1 - Femmes manifestant en Nouvelle-Zélande,  premier pays à avoir attribué le droit de vote aux femmes le 27 novembre 1893.  Près d'un quart des femmes adultes du pays avaient signé la pétition.  
2 - Emmeline Pankhurs, créatrice  en 1898 du Women's Social and Political Union.  Le droit de vote sera accordé qu'en 1920 en Grande-Bretagne pour les femmes de plus de 30 ans. Il faudra attendre 1938 pour qu'ells obtiennent le droit de vote  en égalité d'âge avec les hommes
3 - Suffrage parade à New-York, 6 Mai 1912. Le droit de vote fut accordé aux femmes américaines en 1920 par le président Wilson, après la lutte d'Alice Paul et Lucy Burns, du National Women Party. Elles sont connues sous le nom de Iron Jawed Angels, car elles ont fait la grève de la faim, on été forcées à manger, ont subi des violences physiques mais n'ont jamais abandonné.
4 - Affiche allemande de 1914 appelant les femmes à manifester pour lobtention du droit de vote. Il sera acordé le 12 novembre 1918, lendemain de la signature de l'armistice.
5- Suffragettes françaises, Paris, 1908 : Au premier rang,  Hubertine Auclert,  pionniére du mouvement féministe.  En 1880, elle avait lancé une révolte des femmes contribuables en défendant l’idée que, faute de droits civiques, les femmes ne devraient pas être imposables. Le 13 février 1881, elle fonda le journal féministe La Citoyenne. En 1884, elle propose l’idée d’un contrat de mariage entre conjoints avec séparation de biens.  En 1908, elle brisa symboliquement une urne électorale à Paris lors des élections municipales et se déclara candidate aux élections législatives de 1910.
Parmi les autres manifestantes, Caroline Kaufmann, secrétaire générale de l'association Solidarité des femmes.  Le 24 octobre 1904,  elle avait envahi, avec d'autres manifestantes, la salle de conférence de la Sorbonne où se déroulait la célébration du centenaire du code civil, qu'elles avaient qualifié de "Bastille pour les femmes." Elles se rendirent ensuite devant le Palais Bourbon  pour brûler un exemplaire de ce code.              .                                                                                                                                                                                                                                                                                           
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                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                            Aller au chapitre suivant
5 - Les vicissitudes de la république retrouvée (1870-1914)
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                            



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Petite histoire illustrée du combat pour la démocratie et l'égalité



SOMMAIRE

 

4- Quel modèle démocratique pour la France ?

 

14 juillet 1790 : La révolution semble terminée

La construction des groupes politiques

10 août 1792 : le peuple impose la déposition du roi

Les sans-culottes, gardiens de la révolution

Condorcet, le démocrate

Les femmes prennent la parole

1793 : Démocratie directe contre démocratie représentative

La révolution ternie par la Terreur

Pourquoi Napoléon ?

La révolution et l'Europe

L'idéal cmmuniste de Gracchus Babeuf

La révolte des canuts lyonnais en 1831 et 1834

Débuts du mouvement ouvrier : le chartisme anglais

Juillet 1830, la révolution confisquée

Le premier socialisme, dit "utopique"

Février 1848, l'espoir d'une démocratie sociale

 La tragédie de juin 1848

1848, "le printemps des peuples"

Alexis de Tocqueville, analyste de la démocratie américaine

Les débats sur la démocratie directe au 19émé siècle

Victor Hugo, ami et aimé du peuple

La Commune de Paris de 1871 : les femmes dans la bataille

Quelle république ?

La lutte des ouvriers pour le respect de la dignité humaine

Le mouvement coopératif

Le socialisme républicain de Jean Jaurès

 La bataille pour la laïcité

Le combat des femmes pour le droit de vote



Annexes






Députés démocrates socialistes en 1849


   
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                                         Grande séance aux Jacobins en janvier 1792.( ANONYME.)                                                                                                                                    
Décret_cercle-social

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