Débuts et difficultés de la Troisième République (1870-1914)


| La difficile fondation de la Troisième République |
C'est en effet dans une France vaincue, occupée pour la
moitié de son territoire, avec sa capitale
assiègée, qu'eurent lieu les
élections législatives du 8 février 1871. Aucune
véritable campagne électorale n'avait été possible, les réunions ayant
été interdites et les journaux censurés par les Allemands dans les 42
départements occupés. En outre, près de 400 000 soldats retenus
prisonniers et plusieurs milliers de réfugiés ne purent pas voter. De
plus, le scrutin départemental à un tour favorisait les notables
locaux. Tout avait été fait pour persuader les électeurs de voter pour
ceux qui avaient
accepté de traiter avec l'ennemi, avec des conditions pourtant très favorable à l'Allemagne. Dans les campagnes,
les conservateurs avaient rallumé la grande peur de 1789,
agitant le
chiffon rouge de la levée en masse et de la Vendée. Rien
d'étonnant donc, que les
républicains sincères, rassemblés derrière
Gambetta, qui voulaient
poursuivre la
guerre, fussent donc battus à plates coutures par les royalistes
et les libéraux conservateurs réunis autour d'Adolphe
Thiers. Un
tiers des nouveaux parlementaires était des nobles et l'on dénombrait 250 gros
propriétaires fonciers !
Lissagaray écrit:
"Quelle
douleur! Après l'invasion, la Chambre introuvable. Avoir rêvé une
France régénérée qui, d'un vol puissant, s'élancerait vers la lumière
et se sentir refoulé d'un derni-sièple en bas, sous le joug du jésuite,
du hobereau brutal, en pleine congrégation Il y eut des hommes
dont le
coeur éclata. Beaucoup parlaient de s'expatrier. Des étourneaux
disaient: cette Chambre est d'une heure, sans autre mandat que la paix
ou la guerre. Ceux qui avaient suivi la conspiration, qui virent ces
dévots des soutanes violettes, comprirent que de tels hommes
n'abandonneraient pas la France avant de l'avoir passée sous leur
rouleau. Quand les échappés de Paris, frémissant encore de patriotisme,
les yeux caves, mais brillants de foi républicaine, arrivèrent au grand
théâtre de Bordeaux oit l'Assemblée se réunit, ils trouvèrent devant
eux quarante années de haines affamées. Notoriétés de bourg, châtelains
obtus, mousquetaires écervelés, dandys cléricaux, réduits pour exprimer
des idées de 1815 aux troisièmes rôles de 1849, tout un monde
insoupçonné des villes rangé en
bataille contre ce Paris, l'athée, le révolutionnaire qui avait fait
trois Républiques et bousculé tant de Dieux. Dès la première séance
leur .fiel creva. Au fond de la salle, un vieillard, seul sur son banc,
se lève et demande la parole. Sous son grand manteau brille une chemise
rouge. C'est Garibaldi. A l'appel de son nom il a voulu répondre, dire
d'un mot qu'il résigne le mandat' dont Paris l'a honoré. Les hurlements
couvrent sa voix. Il reste debout, élève cette main desséchée qui a
pris un drapeau aux Prussiens, les injures redoublent. Le châtiment
tombe des tribunes. « Majorité rurale! honte de la France! » jette une
voix sonore, Gaston Crémieux de Marseille. Les députés se retournent,
menacent. Les bravos et les défis des tribunes tombent encore. Au
sortir de la séance, la foule applaudit Garibaldi. La garde nationale
lui présénte les armes malgré M. Thiers qui apostrophe l'officier
commandant. Le peuple revint le lendemain, forma une haie devant le
théâtre, obligea les députés réactionnaires à subir ses acclamations
républicaines. Mais ils savaient leur force et à l'ouverture de la
séance ils attaquèrent. Un rural montrant les représentants de Paris «
Ils sont couverts du sang de la guerre civile » Un des élus de Paris
crie « Vive la Républidue » les ruraux ripostent « Vous n'êtes qu'une
fraction du pays. » Le jour suivant, le théâtre fut entouré de troupes
qui refoulèrent au loin les manifestants.En même temps, les journaux
conservateurs unissaientleurs sifflements contre Paris, niaient jusqu'à
ses souffrances. (Lissagaray, opus cité,
Gallica, p.85)
Le 18 mars, Thiers mit en
œuvre son ultime provocation contre
Paris : il voulut la désarmer de ses canons. L'opération fut lancée le
18 mars 1871, au petit matin. Mais Thiers avait sous-estimé la volonté
de résistance des parisiens, blessés dans leur honneur, eux qui avaient
tant donné et souffert durant les six mois de siège. Non seulement
cette opération fut un fiasco, mais elle déclencha l'insurrection des
parisiens. Le comité central se rendit maître de l'hôtel de Ville d'où
les membres du gouvernement avaient été chassés et la débandade de
l'armée et de l'administration restées fidèles à Thiers se poursuivit
toute la nuit.
ini sa mission.
Le 28 avril, Beslay
qui présidait la séance inaugurale du Conseil de la
Commune, déclara :| La question sociale à nouveau posée |

| Les républicains à l'épreuve du pouvoir |






| Vices et travers du parlementarisme |




| Le climat moral et intellectuel de la fin du siècle |
Les
artistes furent aussi évidemment
les souffre-douleurs des
anti-modernistes. Rappelons-nous les attaques qu'avaient déjà subi
Flaubert pour son roman Madame Bovary et Baudelaire pour
ses Fleurs du Mal, tous deux poursuivis devant les tribunaux en 1857.
Si
le premier fut acquitté, Baudelaire en revanche verra son œuvre
interdite et sera condamné à une lourde amende pour « offense à la morale
religieuse » et « outrage à la morale publique et aux bonnes
mœurs »."
L’odieux y coudoie l’ignoble ; le repoussant s’y allie à l’infect.
Jamais on ne vit mordre et même mâcher autant de seins dans si peu de
pages ; jamais on n’assiste à une semblable revue de démons, de
fœtus, de diables, de chloroses, de chats et de vermine. Ce livre est
un hôpital ouvert à toutes les démences de l’esprit, à toutes les
putridités du cœur ; encore si c’était pour les guérir, mais elles
sont incurables..." écrivit le journaliste Gustave Bourdin
dans Le Figaro du 5 juillet 185
7. 



| Le Boulangisme |
"Le
boulangisme : substantif masculin singulier, aspiration vague et
mystique d'une nation vers un idéal démocratique, autoritaire,
émancipateur ; état d'âme d'un pays qui, à la suite de déceptions
diverses que lui ont fait éprouver les partis classiques dans lesquels
il avait foi jusque là, cherche, en dehors des voies normales, autre
chose, sans savoir quoi ni comment, et rallie à la recherche de
l'inconnu tous les mécontents et tous les vaincus."
Arthur Meyer, directeur du journal
Le Gaulois,, le 11 octobre 1889


|
L'antiparlementarisme de droite
|

C'est au
moment de
l'affaire Dreyfus que Charles Maurras, fondateur de la Ligue d'Action
française, commence à faire parler de lui.
L'écrivain provençal "monté à Paris" en
1885 n'est encore qu'un obscure écrivain-poète et
journaliste chroniqueur, côtoyant le milieu intellectuel
catholique et nationaliste parisien. En 1894, il
collabore à la La Cocarde
de Maurice Barrès et rejoint le camp ses antidreyfusards. En mars
1908 paraît le premier numéro du quotidien L’Action Française,
"organe du nationalisme intégral" affichant un royalisme
militant. La synthèse se fait alors entre le nationalisme
patriotique et le mouvement contre-révolutionnaire et catholique
intégriste. Le mouvement des "Camelots du Roi" créé
en 1911, en sera la phalange. | L'antiparlementarisme de gauche |
Le
mouvement ouvrier et socialiste français se
reconstitue difficilement après l'écrasement de la
Commune de Paris en 1871 et la disparition de la première
Internationale (A.I.T) en 1875. Il reste profondément
divisé entre les partisans de la révolution
immédiate (blanquistes et guesdistes) et ceux qui gardent
confiance en la démocratie et la république pour
réaliser les transformations sociales et politiques qui
pourraient permettre l'avènement du socialisme. Bref, le
débat entre révolutionnaires et réformistes
était relancé.
Le 22
mars 1848, Proudhon publie La Solution du probléme social
où il livre ses réflexions sur la révolution de
février et met en garde le peuple de ne pas se laisser voler sa
révolution. Dans le chapitre 2, intitulé La democratie, il définit ce que
devrait être une vraie démocratie : "Ainsi
l'on suppose d'abord que le Peuple peut être consulté ; en second lieu
qu'il peut répondre ; troisièmement que sa volonté peut être constatée
d'une manière authentique ; enfin, que le gouvernement, fondé sur la
volonté manifestée du Peuple, est le seul gouvernement légitime, Telle
est, notamment, la prétention de la DÉMOCRATIE, qui se présente comme
la forme de gouverment qui traduit le mieux la souveraineté du Peuple.

La répression des communards amena
à un durcissement des positions des
anarchistes. En 1876, au
congrès international de
Berne, Malatesta déclara "la
guerre continuelle aux institutions établies, voilà ce que nous
appelons la révolution en permanence !"
(...) "La
révolte permanente par la parole, par
l'écrit, par le poignard, le fusil, la dynamite (...), tout est bon
pour nous qui n'est pas la légalité."
C'est
le 25 décembre 1880 que
Pierre Kropotkine, dans son
journal le Révolté, développa
cette nouvelle stratégie de "propagande par le fait". Elle fut adoptee en 1881 au
Congrès international anarchiste de Londres.
Une vague d'attentats va alors toucher l'Europe et les Etats-Unis
(attentats
contre l'impératrice
d'Autriche, le roi Humbert d'Italie, le président des États-Unis
McKinley, attentats manqués contre le roi
Édouard VII à Bruxelles et, en 1900, contre les jeunes souverains
d'Espagne, le jour de leur mariage. Des bombes éclatent également
à Chicago en 1887 et dans un théâtre de Barcelone en 1894.
En France, une brève flambée terroriste marque les années
1892-94. Le cordonnier
Léauthier poignarde le ministre de Serbie à Paris. La même année, une
bombe explose dans la
Chambre des députés. Un anarchiste malchanceux, le belge
Pauwels, saute sur le parvis de la Madeleine, le 15 mars 1894,
avec
l'engin qu'il transportait. Le 4 avril, une bombe explose dans un
restaurant et, le 24 juin 1894, le président de la République,
Sadi
Carnot, est poignardé. Mais il est parfois difficile de distinguer
l'anarchiste
partisan de l'action directe du criminel de droit commun. C'est le cas
de
François Claudius Kœningstein, dit Ravachol et des « Bandits
tragiques », appelés aussi « bande à Bonnot ».




